Les dirigeants du Rockfest ont annoncé jeudi soir avoir déposé un avis d’intention de recourir aux dispositions de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité

Rockfest: une dette accumulée de 5 M$

Le gouffre financier du Rockfest de Montebello se chiffre à plus de 5 millions de dollars.

C’est ce qu’a confirmé au Droit Gilles Corriveau, vice-président de la firme Enigma spécialisée en gestion de crise et embauché par le Rockfest pour répondre aux médias, lors d’une entrevue téléphonique tenue vendredi.

« C’est une dette accumulée de plus de 5 millions de dollars qui fait en sorte que quelque chose doit être fait. Ce n’est pas une dette qui vient de l’édition de cette année », a précisé M. Corriveau.

Rappelons que les dirigeants du Rockfest ont annoncé jeudi soir, par voie de communiqué, avoir déposé un avis d’intention de recourir aux dispositions de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, soutenant que cette procédure visait à restructurer les activités du festival dans le but de garantir la pérennité de celui-ci. Cette nouvelle survient alors que la 13e mouture de l’événement s’est terminée il y a moins d’une semaine, avec comme toile de fond des rumeurs de déménagement alimentées par le fondateur du Rockfest, Alex Martel.

« Dans les circonstances, c’est la meilleure procédure à retenir. Il y aurait eu d’autres procédures à prendre si l’intention du conseil d’administration avait été de fermer ou de liquider le Rockfest. [...Il y a une volonté ferme et une détermination de la part de la direction de maintenir l’activité. Actuellement, il s’agit de réajuster l’ensemble des opérations à différents niveaux », a expliqué M. Corriveau, à propos du geste posé jeudi par les administrateurs du festival.

Pour le moment, les causes ayant mené à cette dette demeurent inconnues. « Tout est une question de revenus et de dépenses. Est-ce tous les revenus ont été exploités ? Est-ce que toutes les dépenses ont été optimisées ? Est-ce qu’il y a des choses qu’on peut faire différemment ? Toute cette réflexion doit être faite », a souligné M. Corriveau.

L’organisation du Rockfest de Montebello dispose maintenant de six mois pour dresser un plan de restructuration.

« La priorité est de rembourser tout le monde. Le deuxième objectif, c’est de faire en sorte que les décisions qui seront prises vont assurer une pérennité du festival », a affirmé M. Corriveau.

Il n’y a pour le moment aucune garantie que l’événement sera de retour en 2019 et encore moins que le futur du Rockfest se passera à Montebello. M. Corriveau s’est limité à dire que « tout est sur la table ». « Il n’y a pas de garantie de rien. La seule garantie, c’est la volonté ferme des dirigeants de faire en sorte que le Rockfest va continuer », a mentionné le porte-parole.

Le député est préoccupé

Le député de Papineau, Alexandre Iracà, n’a pas tardé à réagir à la nouvelle, vendredi matin. Il s’est dit hautement préoccupé par la situation, alors que son gouvernement vient d’accorder pour 2018 une enveloppe de 506 000 $ au Rockfest, dans le cadre d’une entente de financement du festival réparti sur trois ans pour les années 2017 à 2019.

« Il faut savoir que le gouvernement du Québec subventionne l’organisme à la hauteur d’un demi-million pour une période de trois ans chaque année. On s’attend à ce que les organismes qui reçoivent une subvention de cette ampleur gèrent bien leurs sous », a déclaré le député à des journalistes présents à Montebello pour une annonce concernant un tout autre dossier.

M. Iracà mentionne que plusieurs questions demeurent en suspens pour l’instant.

« Je trouve ça très malheureux d’entendre une nouvelle comme celle-là. Les informations que j’avais, c’était qu’il y avait beaucoup de clientèle et qu’il y avait beaucoup de monde qui se pointait ici pour acheter des billets. C’est certain qu’on va poser des questions. Il faut savoir ce qui est arrivé. Est-ce que c’est en lien avec la gestion ? Est-ce que c’est en lien avec un pépin technique majeur ? », a indiqué le député, disant être « de tout cœur » avec les créanciers.

La priorité sera maintenant d’assurer la survie de l’événement, a ajouté M. Iracà.

Au cœur du village de Montebello, des citoyens croisés par Le Droit ont confié être « surpris » par la nouvelle, même si la plupart disent avoir remarqué un achalandage de festivaliers moins élevé cette année.

Chez les commerçants, cette épée de Damoclès qui pend au-dessus de l’événement suscite l’inquiétude.

Marie-Claude Montreuil, gérante du resto-pub Le Zouk, soutient que le festival permet de gonfler ses ventes chaque année. « Le Rockfest, c’est à Montebello. Quand tu parles de Montebello, c’est au Rockfest que les gens pensent. C’est une grosse semaine pour nous durant le festival. On espère que ça va se régler », a-t-elle dit.