Une mésaventure sur les Montagnes Noires à Ripon coûtera cher à la municipalité.

Ripon doit payer 15 000$ après un accident de glissade

La municipalité de Ripon vient d’être condamnée par un juge de la Cour du Québec à verser la somme de 15 000 $ à titre de dommages et intérêts à une femme qui s’est blessée sévèrement alors qu’elle dévalait l’une des pentes de glisse du Parc des Montagnes noires.

L’histoire remonte au 6 mars 2015. Ginette Dupras se rend au Parc des Montagnes noires pour y glisser avec son conjoint et ses petits-enfants, une activité qu’elle pratique en famille une à deux fois par année, depuis 2010, sur ce site. L’endroit où on retrouve un chalet d’accueil propose deux pistes de glisse gérées et entretenues par la municipalité de Ripon et accessible gratuitement au public.

Avec sa luge, Mme Dupras décide alors d’emprunter une pente dite davantage « familiale », soit un corridor de six pieds de large bordé d’arbres qu’elle dévale généralement à vitesse peu élevée.

« Il semble que la piste soit un peu plus glacée qu’habituellement, mais rien qui lui semble particulier. Rien dans la température des journées précédentes ne lui fait craindre quoi que ce soit. D’ailleurs, aucune contre-indication (affiche, pancarte, poteau ou autre) ne laisse entendre que la piste n’est pas sécuritaire », précise le juge de la Cour du Québec, Steve Guénard, dans sa décision rendue le 18 février dernier.

Au moment de la descente, Mme Dupras entre d’abord en contact avec une première bosse, « ce qui lui fait perdre en partie l’équilibre et qui soulève la luge hors de terre ».

« Elle heurte très peu de temps par la suite une seconde bosse avec la même conséquence. Ce nouveau vol plané fait en sorte qu’elle se retrouve sur le dos, dans la luge. C’est à ce moment qu’elle sort du corridor, passe par-dessus la petite butte de neige et heurte, violemment, un arbre situé tout près du corridor », écrit le juge Guénard.

La femme est ensuite transportée en ambulance à l’Hôpital de Buckingham où elle y restera une nuit, avant d’être transférée à l’Hôpital de Hull. Souffrant d’une fracture à la hanche et de la rotule du genou gauche, Mme Dupras doit subir une chirurgie au cours de laquelle les médecins lui installent une prothèse complète au niveau de la hanche. Elle restera hospitalisée jusqu’au 10 mars.

Des dizaines de rendez-vous médicaux suivront l’intervention, dont plusieurs séances de physiothérapie qui s’échelonneront jusqu’en juin 2015.

La femme dit aujourd’hui avoir conservé d’importantes séquelles de l’incident du 6 mars 2015. « Elle ne peut plus courir, comme auparavant, elle qui a toujours été une femme très active ; elle pouvait, auparavant, prendre de longues marches (notamment avec son chien), soit pour des périodes d’environ 90 minutes — ce n’est plus le cas dorénavant — les marches ne pouvant dépasser une période de 30 minutes. [...] Elle boîte dorénavant et continuera de boiter, vraisemblablement, pour le reste de ses jours », écrit notamment le juge Guénard.

Responsabilité de la municipalité

Lors d’une conversation téléphonique entre le conjoint de Mme Dupras et la directrice générale de Ripon, dans les jours ayant suivi l’incident, cette dernière « soumet, et concède, que Ripon aurait pu mettre des balles de foin afin de protéger les lieux », peut-on lire dans le document de la cour. « M. Cadieux (le conjoint de la plaignante) rapporte également que Mme Ricard (la directrice générale de la municipalité) lui mentionne qu’un équipement normalement utilisé — soit un dozer — n’avait pu être utilisé le 6 mars. »

« À tout événement, dans l’optique où l’équipement habituellement utilisé [...] était défectueux le 6 mars 2015, il appartenait assurément aux préposés de Ripon d’intervenir en fermant l’accès aux lieux, en y plaçant un poteau, une affiche, une pancarte quelconque. Rien de tout cela, hélas, ne survient », précise le juge dans sa décision.

Celui-ci soutient que « la jurisprudence a établi que le danger que le participant (à un sport de glisse sur une piste enneigée) assume est le risque de blessure prévisible, raisonnable et inhérent à l’activité qui est pratiquée ».

Dans le cas de Mme Dupras, « il n’est certes pas inhérent à l’activité de glisse d’être projeté à l’extérieur du couloir de glisse, heurtant par le fait même un arbre situé à proximité », tranche le juge Guénard qui condamne Ripon à payer la totalité de la somme que réclamait Mme Dupras dans cette affaire, soit 15 000 $.