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Josée Filion, PDG du CISSSO
Josée Filion, PDG du CISSSO

La PDG du CISSSO a «l’impression de toujours être un lundi ou un mardi» [VIDÉO]

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
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RETOUR SUR 2020 / Le jour de l’entrevue, c’était un vendredi. Mais pour la grande patronne du réseau de la santé de l’Outaouais, ça ne changeait pas grand-chose. Depuis le printemps, Josée Filion a « l’impression de toujours être un lundi ou un mardi ». Semaine ou fin de semaine, « il n’y a pas vraiment de distinction ». Et « au-delà de la gestion de la COVID », elle s’efforce de « penser à après-demain » : la campagne de vaccination, le nouvel hôpital, l’éternel manque de personnel. Et tout le reste.

Ça faisait à peine un an que Josée Filion était présidente-directrice générale du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) lorsque la menace de la COVID-19 est arrivée sans dans son rétroviseur, en février 2020. C’est ce mois-là — qui paraît déjà si lointain — que le CISSSO a créé « une cellule de crise pour se préparer ». Le mois suivant, l’Organisation mondiale de la santé déclarait que le monde faisait face à une pandémie causée par un nouveau coronavirus — le SRAS-CoV-2.

Il a été décidé que l’Hôpital de Hull serait le « centre désigné COVID-19 » pour tout l’Outaouais, soit l’établissement qui s’occuperait de tous les patients aux prises avec des complications du virus. « Ce qu’il fallait faire, c’est de créer un hôpital dans un hôpital », a rappelé Mme Filion lors d’une entrevue de fin d’année avec Le Droit.

Il fallait aussi prévoir quelles activités allaient devoir être délestées. « Les médecins, ils ont aussi une grande préoccupation parce que ce sont des gens qui sont formés pour traiter et soigner les gens, la population, et ils doivent prendre des décisions difficiles aussi, [pour] dire ‘qui j’opère, donc qui a le droit à ce moment-là qui devient si précieux dans un contexte comme aujourd’hui ?’ », a souligné Mme Filion.

Les journées de la grande patronne du CISSSO « commencent tôt ». « Vers les 7 h, le nez est déjà dans le cellulaire et dans les courriels pour voir ce qui se passe […]. Ça finit tard, parce que les informations arrivent à toute heure du jour et de la nuit. […] On peut avoir des rencontres la fin de semaine, et bien évidemment, je suis ce qui se passe tous les week-ends. »

Il y a aussi ces jours où les bilans font état d’un ou de plusieurs décès causés par le virus dans la région. « On ne peut pas être insensible à ça, c’est clair, note Mme Filion. On a beau être gestionnaire, on est humain avant tout. […] Chaque décès est un décès de trop. »

Les défis

Josée Filion se dit particulièrement fière du « leadership » et de la « mobilisation » des employés de l’organisation qu’elle dirige. Le CISSSO a su « se positionner et s’adapter rapidement » malgré les directives qui changeaient parfois à une vitesse folle en début de crise.

Cela ne signifie toutefois pas que le parcours était exempt d’embûches. La pénurie de main-d’œuvre, qui sévissait déjà au Québec et plus intensément en Outaouais, a été l’un des principaux obstacles. « L’arrivée de la COVID est venue exacerber cette situation-là, puisqu’avec toute l’ouverture de nouveaux services, ça a pris des centaines de personnes, que ce soit dans nos cliniques de dépistage et d’évaluation ou au niveau des équipes d’enquête. »

Il a aussi fallu déployer du personnel dans des résidences privées pour aînés touchées par des éclosions de COVID-19, tout ça en considérant que des dizaines d’employés du CISSSO ont été infectés par le virus et que plusieurs autres ont dû s’isoler de manière préventive après avoir été en contact étroit avec un cas confirmé.

« Le volet de la communication » s’est aussi avéré être un « enjeu » de la présente crise sanitaire. « On est une grande organisation avec plus de 90 installations, 11 000 employés, près de 700 médecins », énumère Mme Filion, qui devait s’assurer que les informations pertinentes « arrivent au bon moment sur le terrain ». Des réunions, il y en a eu « des milliers ». Sur tout ce qui entoure la COVID-19, mais aussi sur plein d’autres dossiers qui doivent continuer d’avancer malgré la pandémie. Le portrait global de la gestion de crise « n’est pas parfait », avoue la présidente-directrice générale du CISSSO, qui estime toutefois que l’organisation « s’est améliorée ».

Josée Filion a également décidé, au début novembre, d’utiliser un arrêté ministériel pour imposer des horaires à temps plein aux préposés aux bénéficiaires, aux infirmières auxiliaires et aux infirmières des hôpitaux de Hull et de Gatineau.

« Ça a été la décision la plus difficile, dit-elle sans hésiter. Comme PDG, j’étais consciente de l’impact que ça pouvait avoir […] sur les relations, sur le climat de travail. Mais en même temps, la raison d’être du CISSSO, c’est d’offrir des soins et services adaptés à la population et je n’avais pas le choix.

Horaire

Pendant l’été, Josée Filion a «pris une petite pause» de présence au bureau, mais ce n’était pas une réelle pause du travail. Réunions virtuelles, lecture de courriels et envoi de réponses ont continué à faire partie de son quotidien. Elle ne prévoyait pas non plus de pause pour le temps des Fêtes.

«C’est sûr qu’il y a des journées où je ressens un peu plus de fatigue, dit-elle. C’est humain et c’est un peu normal. […] En même temps, [je sais] qu’il y a une équipe sur qui on peut compter, je ne suis pas toute seule dans la gestion.»

Avenir

À travers toute cette crise, le CISSSO doit penser à l’après-COVID. «Pour moi, le meilleur exemple, c’est le nouvel hôpital, indique Mme Filion. On aurait pu dire, dans le contexte de la COVID, ‘oublions la rédaction, les travaux en lien avec le plan clinique et toutes les discussions en lien avec le nouvel hôpital, on n’a pas le temps’. Mais pour moi, j’aurais fait fausse route. Il faut que je regarde en avant, il faut que je regarde plus loin et pour moi, je considère que c’est mon rôle, comme PDG, de déjà travailler l’après-demain.»

À plus court terme, il faut planifier la vaccination contre la COVID-19, qui a commencé le 21 décembre en Outaouais. La campagne s’étirera sur des mois. Elle nécessite toute une logistique et du personnel, bien évidemment. «Un autre casse-tête» pour le CISSSO. «Mais c’est un beau casse-tête, insiste Josée Filion. Parce que c’est notre lumière au bout du tunnel.»