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Caroline Mulroney
Caroline Mulroney

Année de progrès pour la francophonie en Ontario

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Initiative de journalisme local — Le Droit
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TORONTO — L’année 2020 fut très certainement une meilleure année que 2018 pour la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney.

C’est elle-même qui l’a avoué, lors d’une entrevue de fin d’année accordée au Droit, tout juste avant le congé des Fêtes, où elle a rappelé les bons coups de son gouvernement en francophonie et le travail qu’il reste à faire au cours de la prochaine année.

La ministre Mulroney se réjouit d’abord que son gouvernement ait acheminé le développement économique au sein des discussions à propos des enjeux francophones au cours de la dernière année.

Il s’agit d’ailleurs de son dossier préféré, a-t-elle dévoilé durant l’entrevue.

Pour l’année à venir, le développement économique de la francophonie ontarienne représentera certainement une priorité pour son ministère, garantit Mme Mulroney.

« On a fait beaucoup de progrès cette année, et on veut bâtir là-dessus. »

Dans le registre des bonnes nouvelles : après de longues années d’attente, les Ontariens ont enfin appris, en septembre, que leurs accents français pourront être ajoutés sur leur permis de conduire.

Certains députés ont observé que des annonces comme celle-ci ne représentaient qu’une fraction des demandes de la communauté francophone.

« Des bonbons de fond de sacoche », comme l’a d’ailleurs déclaré la députée libérale Amanda Simard lorsque l’Ontario a annoncé que le drapeau franco-ontarien deviendrait un emblème officiel de la province, ou encore « des miettes », comme l’a pour sa part qualifié le député néo-démocrate Guy Bourgouin.

Mais ces commentaires imagés importent peu à Caroline Mulroney.

Elle observe d’ailleurs que les députés qui ont critiqué l’annonce des accents sur les permis de conduire « n’ont même pas d’accent dans leur nom ».

« L’opposition va toujours dire que ce n’est pas assez, que ça ne répond pas aux besoins, mais moi je peux vous dire que ça répond aux besoins que moi j’entends de la communauté, des recommandations de l’AFO, d’organismes communautaires et d’autres porte-parole. (...) La députée néo-démocrate France Gélinas dépose pétition après pétition pour qu’on ait les accents sur les cartes. »

La ministre espère finir le travail au cours de la prochaine année en permettant également les accents sur les cartes santé des résidents ontariens.

La survie des organismes francophones, ravagés en grands nombres par la pandémie de COVID-19, continuera aussi d’être dans la mire du ministère des Affaires francophones.

Le plus récent budget de la province inclut un Fonds de secours de la COVID-19 pour les organismes francophones sans but lucratif qui contient une enveloppe de 1 million $ pour l’année 2020-2021 et une autre du même montant pour l’année suivante.

Il existe également un groupe de travail, mené par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, qui veille à ce que les fonds annoncés par les différents programmes soient dirigés vers les organismes francophones éligibles, à mettre à jour les données recueillies par l’AFO depuis le début de la crise sanitaire et à solidifier le PAFO.

« C’est un groupe qui travaille beaucoup et qui travaille fort, donc on va continuer dans cette veine pour voir si les mesures proposées répondent aux besoins. »

La modernisation de la Loi sur les services en français, qui est « vraiment l’un des plus grands enjeux », juge-t-elle, sera au haut de la liste des priorités de la ministre Mulroney en 2021.

À ce sujet, les consultations sont toujours en cours. Il s’agit d’un travail en deux étapes, rappelle la ministre.

« Il faut consulter à l’interne avec les ministères qui sont responsables de la prestation des services, et ensuite on consulte à l’externe. »

Mais la pandémie a mis un frein aux progrès en créant des délais dans les échéances, se désole Mme Mulroney. « Je peux dire que ma détermination à moderniser la Loi n’a pas été changée par la pandémie, mais avec la pandémie, c’est difficile de donner une date. On continue à travailler. C’est un travail compliqué et on doit bien le faire. »

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LE JEUDI NOIR : SOMBRE SOUVENIR POUR LA MINISTRE MULRONEY

Lors d’une entrevue accordée au Droit, la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney a admis que le jeudi noir l’avait affectée sur le plan personnel.

« C’était un moment difficile. En tant que politicienne, ce sont des décisions politiques, mais il y a toujours un impact personnel », s’est rappelé celle qui a dû annoncer aux Franco-Ontariens le troisième jeudi de novembre 2018 que son gouvernement s’apprêtait à faire des coupes importantes en francophonie. 

Rappelons que le Parti progressiste-conservateur, récemment élu, avait annoncé l’abandon du projet de l’Université de l’Ontario français et l’abolition du Commissariat aux services en français.

Longtemps critiquée pour avoir suivi à la lettre et sans écart les lignes directrices de son parti, Mme Mulroney a avoué, en entrevue, avoir trouvé cette période « très difficile ». 

« Je suis membre du gouvernement qui a pris cette décision, donc les lignes du gouvernement à ce moment étaient très importantes, on était dans un grand déficit, et il fallait prendre des décisions. Des décisions difficiles, très difficiles. Et moi, je comprends très bien pourquoi la communauté a réagi de cette façon. » 

D’ailleurs, le mouvement créé par la communauté, la Résistance, « a eu un impact très profond sur le gouvernement », pense la ministre. 

« Ça a communiqué l’importance des enjeux francophones à certaines personnes qui n’avaient pas nécessairement cette sensibilisation. »

Depuis lors, un partenariat entre la province et le gouvernement fédéral a permis de remettre l’Université de l’Ontario sur les rails. 


« Ça a communiqué l’importance des enjeux francophones à certaines personnes qui n’avaient pas nécessairement cette sensibilisation. »
Caroline Mulroney

Le poste de commissaire aux services en français n’a toujours pas retrouvé son bureau indépendant, mais il s’agit de l’une des demandes importantes de la communauté francophone de la province dans la refonte de la Loi sur les services en français. 

Aujourd’hui, tous les députés du gouvernement Ford ont été sensibilisés à la cause francophone, assure la ministre Mulroney. « Les manifestations ont eu le résultat espéré. »

Néanmoins, elle soutient que plusieurs députés libéraux ayant participé aux manifestations du 1er décembre 2018 ont eu pendant 15 ans l’occasion de bâtir l’Université de l’Ontario français et de la financer, sans jamais le faire. 

« On a écouté la communauté, et on a finalement réalisé ce partenariat (avec le gouvernement fédéral) pour mettre l’université sur pied. Ce n’est peut-être pas la route que j’aurais choisie, mais je suis très heureuse d’être rendue où on en est maintenant. »

Une autre confidence : le portfolio des Affaires francophones est le préféré de Caroline Mulroney. 

« Depuis mon arrivée au gouvernement, j’adore le ministère des Affaires francophones. Il est petit, mais il est important. Et on peut s’impliquer dans les dossiers de tous les autres ministères. »

La ministre souligne aussi apprécier énormément le dossier du développement économique francophone, sur lequel plusieurs partenaires francophones ont travaillé au cours de la dernière année, et sur lequel elle a l’intention de continuer de se pencher en 2021.