Les Algonquins bloquaient les accès aux territoires de chasse à l'orignal dans la Réserve faunique La Vérendrye depuis deux semaines dans la région de Kitigan Zibi, près de Maniwaki.
Les Algonquins bloquaient les accès aux territoires de chasse à l'orignal dans la Réserve faunique La Vérendrye depuis deux semaines dans la région de Kitigan Zibi, près de Maniwaki.

Réserve faunique La Vérendrye: les Algonquins de Kitigan Zibi forcés de lever leurs barrages

Michel Ducas
Initiative de journalisme local - La Presse canadienne
VAL D’OR — Les Algonquins de Kitigan Zibi devront lever leurs barrages dans la Réserve faunique La Vérendrye pendant au moins 10 jours.

La juge Marie-Josée Bédard, de la Cour supérieure, a accueilli favorablement la demande d’injonction provisoire déposée par l’Association de chasse et pêche de la région de Mont-Laurier, qui gère la ZEC Petawaga, dans la partie sud-ouest de la Réserve.

En revanche, la juge Bédard a rejeté la même demande pour les autres communautés, Lac-Simon, Kitcisakik et Lac-Barrière. Dans sa décision, la juge indique que le territoire de la ZEC Petawaga, qui fait l’objet du présent litige, ne touche pas à ces communautés.

Le chemin Lépine-Clova

Le coeur du litige concernait le chemin Lépine-Clova, qui mène à la ZEC. Les Algonquins ont affirmé à la Cour qu’il ne s’agissait pas de barrages, mais de points de contrôle, ce qui selon eux est une nuance importante.

Les responsables de la ZEC affirment pour leur part qu’il a fallu aux chasseurs faire un détour de cinq heures pour sortir de la zone de chasse en raison des barrages. Ils arguent que cette tactique des Autochtones vise à décourager les chasseurs à se rendre à la ZEC pour pratiquer leur activité.

Les Algonquins prétendent de leur côté que le détour n’est que de deux heures, en passant par Ferme-Neuve.

Dans son jugement de 15 pages, la juge Bédard se montre sympathique à la cause des Anishinabeg, mais elle estime que les moyens empruntés pour faire entendre leurs revendications sont illégaux.

«Il est tout à fait légitime pour les représentants des communautés autochtones de vouloir maintenir un rapport de forces pendant leurs négociations avec le Ministère et de vouloir manifester leur désaccord avec la décision du Ministère de ne pas imposer un moratoire sur la chasse sportive?Le droit de manifester et de s’exprimer librement n’emporte toutefois pas le droit de poser des gestes illégaux en bloquant des voies publiques et en entravant l’accès sur un territoire qui appartient à la collectivité», écrit la juge.

Des contradictions

La juge Bédard souligne une contradiction entre l’intention des Algonquins et les gestes posés.

«Le Tribunal comprend que les communautés défenderesses ne souhaitent pas judiciariser leurs revendications et leur désaccord avec le Ministère, mais en choisissant des gestes illégaux pour faire valoir leur point de vue et maintenir la pression sur le Ministre, elles mettent elles-mêmes la table vers une judiciarisation de la situation qui au surplus cause un préjudice à des tiers qui ne sont pas impliqués dans les négociations», peut-on lire dans le jugement.

De plus, la juge estime que la preuve n’est pas encore faite à ce stade-ci que la chasse sportive contribue au déclin de la population d’orignaux dans le secteur, comme l’affirment les Algonquins.

L’injonction provisoire obtenue par les responsables de la ZEC Petawaga ouvre la porte à une intervention policière dans le secteur: la décision de la juge Marie-Josée Bédard indique en effet qu’en cas de non-respect de l’injonction, ceux-ci ont la possibilité de faire appel aux forces de l’ordre pour faire appliquer cette injonction.

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, avait évoqué cette possibilité la semaine dernière, lors d’une entrevue sur les ondes de Radio-Canada. Il avait toutefois minimisé l’impact de cette déclaration en indiquant que la porte était toujours ouverte à la négociation.