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La propriétaire du restaurant La Maladroite Crêperie, Caroline Breton, et la directrice générale de la maison d’hébergement Pour Elles des Deux Vallées, Annick Brazeau
La propriétaire du restaurant La Maladroite Crêperie, Caroline Breton, et la directrice générale de la maison d’hébergement Pour Elles des Deux Vallées, Annick Brazeau

Rejoindre les femmes victimes de violence grâce à des sacs de livraison

Claudia Blais-Thompson
Claudia Blais-Thompson
Le Droit
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Depuis l’arrivée de la COVID-19, la maison d’hébergement Pour Elles des Deux Vallées, dans le secteur Buckingham, à Gatineau, se creusait la tête afin de trouver une solution pour se faire visible et « entrer dans les maisons des gens ». La propriétaire du restaurant La Maladroite Crêperie, Caroline Breton, a décidé d’afficher les coordonnées de l’organisme sur des sacs de livraison.

« J’ai capoté quand elle m’a dit ça, s’est réjouie la directrice générale de la maison d’hébergement Pour Elles des Deux Vallées, Annick Brazeau, en entrevue avec Le Droit. Je n’avais jamais pensé à ça. »

L’idée est de rappeler l’existence de la ressource d’aide et d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants et leur permettre d’avoir facilement accès à l’information en cas de besoin.

« Depuis le début de la COVID-19, on a des appels, mais pas comme d’habitude, s’inquiète Mme Brazeau. Ça nous préoccupe parce qu’on sait très bien que la violence conjugale n’a pas disparu. Il y a des moments où il y en a moins [des appels]. »

Pour le moment, quelques commerçants de l’Avenue de Buckingham, notamment le Lala Bistro, Fines et Fûtés et le Café des Artistes de la Lièvre, utilisent les mêmes sacs. D’autres entreprises de la Basse-Lièvre et de la Petite-Nation pourraient éventuellement rejoindre le groupe dans cette démarche.

« C’est mon défi, indique Mme Brazeau. Ils viennent de vivre un coup bas. J’ai besoin des commerces, mais je suis emphatique à tout ce qu’ils vivent actuellement. On va les laisser digérer la mauvaise nouvelle qu’ils ont eue la semaine dernière, mais je vais leur offrir cette opportunité. »


Sensibilisation et conseils

Les maisons d’hébergement sensibilisent et informent régulièrement la population sur la violence conjugale puisque les femmes ne vivent pas toutes la même réalité. Mme Brazeau souligne d’ailleurs que les femmes victimes de violence conjugale sont « affaiblies à des stades différents », en raison de multiples facteurs. 

« Il y a des femmes qui ne savent pas qu’il y a des maisons d’hébergement et des ressources pour les aider », mentionne Mme Brazeau. Il y en a qui ne sont pas au courant qu’elles vivent elles-mêmes de la violence conjugale. Il y a des femmes qui le savent qu’elles en vivent, mais qui ne sont pas prêtes à laisser tout de suite. D’autres veulent laisser leur conjoint, mais elles ne savent pas par où commencer. »

Si les avancées technologiques sont souvent bénéfiques sur le plan des communications, notamment, Mme Brazeau soulève plutôt un enjeu de sécurité pour les femmes qui ne possèdent pas de cellulaire.

« Il y a des femmes qui voudraient nous appeler, mais elles ne le peuvent pas. Maintenant, il n’y a presque plus de téléphones à ligne fixe dans nos maisons et il n’y a plus de cabines téléphoniques. La première chose qu’un conjoint violent fait est d’enlever le téléphone, ou de regarder les appels passés, ou de le briser. »

Lors du premier confinement au printemps dernier, divers conseils ont été proposés pour permettre aux femmes victimes de violence conjugale de trouver de l’aide rapidement. 

« Dans les pharmacies, si une femme demande le téléphone, laissez-la téléphoner. Quand vous vous faites livrer des choses, mettez un papier dans la main du livreur. Quand on prend une marche avec notre chien, approchez quelqu’un pour lui demander de vous prêter son cellulaire », énumère Mme Brazeau.

En raison de l’isolement causé par le virus, il est plus difficile pour une femme victime de violence conjugale de quitter son domicile, de contacter une ressource d’aide ou de planifier son départ, ajoute Mme Brazeau. « Il est là le problème. »