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La présidente de la Mosaïque des genres, Sophia D'Aoust
La présidente de la Mosaïque des genres, Sophia D'Aoust

Reconnaître la non-binarité: deux générations, deux visions

Ani-Rose Deschatelets
Ani-Rose Deschatelets
Le Droit
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L’identité de genre, ce n’est pas tout blanc ou tout noir, ça varie. Même certains membres de la communauté LGBTQ+ ne semblent pas s’entendre sur la façon idéale de faire reconnaître cette réalité dans une société qui est axée sur l’étiquette «homme et femme.»

Être non-binaire, c’est la zone grise. C’est un terme large qui peut à la fois représenter les personnes qui sont fluides de genre, qui passent d’une identité plus féminine à une masculine selon les jours ou les semaines, qui ne s’identifient pas à un genre, notamment.

«Si tu me dis ‘’Sophia on te donne une petite pilule mauve et tu peux redevenir Normand deux jours par semaine’’, je t’en achète cinq caisses», admet en riant Sophia d’Aoust, présidente de l’organisme La Mosaïque de genre.

Mme d’Aoust connaît bien les enjeux qui touchent la diversité de genre. Cette femme trans dans la soixantaine a vécu la majorité de sa vie 70% en tant qu’homme et 30% en tant que femme. «Une journée, j’entrais en réunion en veston cravate, le lendemain je rentrais en robe.» Mme D’Aoust a ainsi pu constater de près le manque d’inclusion pour les personnes non-binaires, a souvent reçu des commentaires désobligeants ou déplacés et a fait face à de l’incompréhension.

Et ces personnes non-binaires, elles sont sous représentées un peu partout. Du changement doit être apporté, les mentalités doivent évoluer. Mais comment?

Selon Sophia d’Aoust, inutile de manifester dans les rues et de sortir le mégaphone. Le changement doit être discret, même s’il est lent. «On est dans une période en ce moment où il faut faire extrêmement attention à la façon dont on adresse ces besoins-là. Si tu pousses trop d’un bord, tu vas finir par manger une claque».

La jeunesse revendicatrice

Alexandre Drouin est sexologue et copropriétaire de la clinique de sexologie montréalaise Mestra. Pour cet homme trans non-binaire dans la mi-vingtaine, revendiquer haut et fort les droits des personnes non-binaires n’a rien de radical. Au contraire, c’est nécessaire.

«Ça part, en fait, du principe de respect. Regardez un peu dans l’histoire. Tout ce qui est mouvement social, que ce soit pour les droits de la communauté LGBTQ+ ou d’autres droits, la seule façon qu’il y a eu de l’évolution, c’est parce que les gens ont dû crier, on dû revendiquer, faire des manifestations. Ce n’est pas en y allant peu à peu et en taisant les voix de ceux qui vivent des oppressions qu’il va vraiment y avoir du changement.»

Alexandre Drouin est sexologue et copropriétaire de la clinique de sexologie montréalaise Mestra.

Pour plusieurs enjeux sociaux, les plus jeunes générations se montrent davantage ouvertes d’esprit que celles qui les ont précédées. Elles sont souvent celles désignées pour porter le flambeau des idéologies des prochaines décennies, et la non-binarité ne fait pas exception, croit Alexandre Drouin.

«Les jeunes n’ont pas nécessairement tout le bagage ‘’traditionnel’’ ou ‘’religieux’’, dépendamment des gens, des générations plus âgées. C’est plus facile pour les jeunes d’effectuer ce changement de mentalité. Si on leur parle dans leurs cours d’éducation à la sexualité de l’identité de genres et des pronoms neutres, ça va être beaucoup plus facile de l’intégrer et après de l’appliquer dans leurs vies.»

Sur cet aspect, Sophia D’Aoust garde une certaine réserve.

«C’est ce qui m’inquiète en ce moment, avoue-t-elle. Dans la jeunesse, t’as une jeunesse «wow», et t’as une jeunesse qui est en train de détruire ce qui est construit parce qu’elle demande un respect sine qua non

Selon elle, il faudrait ainsi plutôt mettre de l’eau dans son vin. «S’il avait fallu que nous, on fasse ce que les jeunes font aujourd’hui, on se serait fait péter les jambes, les bras, name it. On est en train de perdre du terrain parce qu’on a tenu pour acquis qu’on peut faire manger de la gauche aux gens de la droite. Et ça, ça les fait vomir.»

Revendications farouches ou pas, les changements qui doivent s’opérer sont sans équivoque, mais constituent une opération de longue haleine.

Et ça, tant Sophia D’Aoust qu’Alexandre Drouin en sont bien conscients.

«Je fais souvent le parallèle avec l’homosexualité qui dans les années 1980 était vraiment tabou, maintenant ce ne l’est plus», explique Alexandre Drouin.

«Ça a pris quoi? 40 ans? Et même aujourd’hui les personnes homosexuelles vivent de la violence. Ça va prendre du temps de changement, mais je pense que ça peut être fait. Ce n’est pas parce qu’on donne un droit à la minorité qu’on enlève le droit de la majorité».

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