Une centaine de manifestantes se sont mobilisées devant l’Assemblée Nationale dimanche, en soutien aux victimes de violences sexuelles et pour demander au gouvernement de prendre action.
Une centaine de manifestantes se sont mobilisées devant l’Assemblée Nationale dimanche, en soutien aux victimes de violences sexuelles et pour demander au gouvernement de prendre action.

Rassemblement contre les violences sexuelles faites aux femmes: un «combat quotidien» [PHOTOS] 

Dans la foulée de la vague de dénonciation sur les réseaux sociaux, près d’une centaine de femmes se sont rassemblées devant l'Assemblée nationale, à Québec, en soutien aux victimes de violences sexuelles, ainsi que pour demander au gouvernement de prendre action. 

Des prises de parole et des témoignages ont ponctué l’événement organisé par le regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale (Portneuf, Québec et Charlevoix).

Le temps gris n’a pas découragé une centaine de manifestantes à se mobiliser. En famille ou entre amies, jeunes comme moins jeunes ont répondu à l’appel des organisatrices, dimanche midi. «Les agressions touchent tout le monde, tous les âges et toutes les strates sociales, alors c’était très important pour nous de prendre position contre les violences et de les dénoncer collectivement», indique la porte-parole du regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale (RGF-CN), Julie Tremblay.

Armées de bannières «on vous croit» en soutien aux victimes, les manifestantes sont venues livrer leur message aux portes du gouvernement, pour lui enjoindre à les soutenir. «On a beaucoup parlé de l’inefficacité du système de justice et cela fait partie de nos revendications. Il y a des travaux en ce sens en ce moment pour l’améliorer, mais cela ne doit pas se limiter à ça. Il y a tout un rôle d’éducation et de sensibilisation, explique Julie Tremblay. On doit arrêter de parler d’agressions sexuelles seulement lorsqu’il y a des vagues de dénonciations. Cela doit faire partie de notre combat quotidien.»

Le regroupement demande la mise en place de campagnes nationales de sensibilisation. «C’est de la responsabilité du gouvernement d’avoir un plan d’action, poursuit-elle. C’est un problème de société et la réponse ne peut pas être individuelle.» La manifestation a duré près d’une heure.


« Les agressions touchent tout le monde, tous les âges et toutes les strates sociales, alors c’était très important pour nous de prendre position contre les violences et de les dénoncer collectivement »
Julie Tremblay, porte-parole du regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale

Après les prises de parole, la musique s’est emparée des jardins de l'Assemblée nationale. Sur la trame sonore de la chanson féministe Balance ton quoi d’Angèle, quatre amies discutent des témoignages qu’elles viennent d’entendre. «Je voulais être là aujourd’hui pour montrer que la vague dépasse le cadre des réseaux sociaux», explique Marjorie, musicienne. Son amie Lé voit dans ce rassemblement un côté apaisant. «C’est soulageant pour les victimes de voir qu’elles ne sont pas toutes seules à porter ce fardeau-là, décrit-elle. Il y a une forme de solidarité qui permet de guérir.»

De gauche à droite : Laurie, Alice, Lé et Marjorie

L’une dans le milieu musical, les trois autres dans celui du théâtre à Québec, elles ont toutes vu des noms de leur environnement professionnel être dénoncés sur les réseaux sociaux. «Il y avait des comportements complètement normalisés et banalisés, indique Alice, une autre amie du groupe. Maintenant, ces noms sortent au grand jour. Ces gens descendent de leur piédestal et c’est important. Ça donne de la place à des personnes avec qui on peut travailler dans le respect et sans climat de peur.»

Un tiers des femmes

Selon le ministère de la Sécurité publique, une femme sur trois est victime d’agression sexuelle au Québec. La vague de dénonciation qui secoue les réseaux sociaux peut affecter des victimes et leur faire revivre des traumatismes. Le nombre d’appels aux différents groupes d’aide aux femmes membres du RGF-CN a explosé depuis le début de cette vague et la liste d’attente pour certains services atteint presque six mois. 

«Tout ceci fait vivre beaucoup d’émotions aux victimes, alors c’est important de monter qu’on est là pour elle et qu’on veut les écouter, relate Julie Tremblay. Cela prend en moyenne huit ans à la suite d’une agression pour qu’une femme se libère de ce qu’elle a vécu. De pouvoir le faire dans un contexte sécuritaire comme ça ici, de normaliser leur vécu entre elles, c’est essentiel.»

Selon le RGF-CN, plus une victime cumule de facteurs d’exclusion, comme le handicap ou la racisation, plus elle est à risque d’être violentée et de ne pas avoir accès aux ressources nécessaires. Un organisme féministe représentant les femmes issues de l’immigration ainsi que des femmes racisées est venu éclairer les discussions du jour devant l’Assemblée Nationale. 

«Dans le mouvement contre les violences sexuelles, je trouve qu’il y a très peu de femmes racisées. Donc moi, en tant que femme de la communauté noire, je trouvais important de parler d’une réalité qui a touché des membres de ma famille», décrit Marjorie Laclotte-Shehyn, étudiante en psychologie. «Les personnes immigrantes, de couleur et les autochtones ont parfois difficilement leur place dans ces conversations. Il faut pousser pour qu’on se tienne enfin la main tous ensemble et qu’on avance.» Son amie Florence Lebnan, abonde dans le même sens. Pour elle, il y a une intersectionnalité dans ces combats. Toutes deux organisent un rassemblement en ce sens le 9 août.

Marjorie Laclotte-Shehyn et Florence Lebnan

«Contrer les agressions sexuelles implique de mobiliser toutes les personnes et tous les groupes afin de déconstruire les mythes qui continuent d’accabler les victimes», réclame Julie Tremblay.

Rassemblement non-mixte inclusif

L’événement se voulait non-mixte inclusif pour permettre la participation de toutes les femmes, de personnes trans, non binaires et queers. La zone de rassemblement se voulait être un lieu sécuritaire. Lors de leur prise de parole, les organisatrices ont mentionné avoir reçues des menaces explicites et violentes à leur encontre pour la mise en place de cette manifestation.

Aux abords du lieu de rassemblement, quelques hommes sont venus montrer leur soutien, à distance. «Je ne me sens pas du tout exclu par cette zone non-mixte. Ce sont les femmes qui sont le plus en danger et je comprends qu’il était important de créer un lieu sécuritaire de rassemblement, où elles peuvent s’exprimer librement», explique Raphaël, étudiant en environnement, qui brandit un panneau «Rendez-nous service, éduquez vos bros». «Je suis simplement venu les appuyer.»