Le ministre de l’Immigration, David Heurtel

Québec «recadre» sa consultation sur le racisme

La consultation sur la discrimination systémique et le racisme n’est plus. Après des semaines de controverse, Québec «recadre» l’exercice et annonce plutôt un grand forum en décembre où les mots «systémique» et «racisme» ont disparu.

Dans la nouvelle formule annoncée mercredi après-midi par le ministre de l’Immigration, David Heurtel, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse ne pilote plus le dossier. 

À la suite de révélations de La Presse, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, avait annoncé mardi qu’un vérificateur externe ferait la lumière sur la mauvaise gestion alléguée au sein de la Commission. Cela s’ajoute à l’enquête du Protecteur du citoyen qui avait déjà été déclenchée au sujet des plaintes déposées contre la présidente, Tamara Thermitus. 

Mais la décision du gouvernement n’a rien à voir avec la crise qui secoue l’organisme, a assuré M. Heurtel. «Ce n’était pas le véhicule approprié à ce stade-ci pour atteindre l’objectif de faire un exercice très concret», a-t-il insisté. 

Celui-ci fera cet automne une tournée des régions avec le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, pour échanger avec les organismes communautaires sur la pénurie de main-d’œuvre tandis que les 31 organismes à but non lucratif qui avaient été mandatés pour consulter les groupes en région poursuivront leurs travaux. Ils devront remettre comme prévu leurs rapports à la mi-décembre. 

Pas tabou

Un «Forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination» aura lieu en décembre. Il s’agit de la pierre angulaire de la nouvelle stratégie gouvernementale, a expliqué M. Heurtel, qui dit désormais miser sur les solutions concrètes pour s’attaquer aux enjeux liés à l’emploi, la formation, la francisation et la lutte contre la discrimination. 

Celui-ci s’est défendu de faire du racisme et de la «discrimination systémique» un tabou alors que la commission jeunesse du Parti libéral et plusieurs organismes communautaires souhaitaient voir cette problématique abordée de front. 

«(…) il n’y a pas de mots qui sont proscrits, mais c’est simplement que là, on présente un exercice qui vise à déboucher sur des solutions concrètes », a soutenu le ministre, qui a répété que l’enjeu de la main-d’œuvre était prioritaire. 

«Moi, je ne suis pas là pour vous dire exactement qu’est-ce qui existe, qu’est-ce qui n’existe pas. Moi, je sais que la discrimination est un enjeu», a-t-il ajouté, indiquant également que les organismes sans but lucratif approfondiront ces questions lors de leurs consultations. S’il avait voulu balayer le sujet sous le tapis, le gouvernement aurait simplement annulé ce volet de l’exercice, a conclu David Heurtel.