La ministre responsable de la loi sur la vente du cannabis au Québec, Lucie Charlebois.

Production de cannabis: la ministre Charlebois n'écarte pas les régions

La ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse et à la Santé publique ne ferme pas la porte à la production de cannabis en région comme le réclament l’UPA et les producteurs en serre, mais puisque les permis seront accordés par le fédéral, Lucie Charlebois entend se limiter à défendre les intérêts du Québec.

« Les demandes de permis devront être faites auprès de Santé Canada, mais je compte, bien sûr, faire des représentations pour que soient pris en considération les producteurs québécois, pour qu’ils aient des retombées », a expliqué la ministre, en entrevue téléphonique avec Le Quotidien.

Depuis l’annonce de la légalisation de la vente de cannabis à compter du 1er juillet 2018, le premier ministre Couillard a montré son agacement d’être ainsi bousculé par Ottawa. Cela se traduit dans le projet de loi québécois qui placera des balises serrées, comme l’interdiction de cultiver ses propres plants (N.D.L.R. L’Alberta permet la production sans limites). Toutefois, ce ne sera peut-être pas définitif.

« Lors des consultations qui ont mené à notre projet de loi, les citoyens nous ont demandé d’être très prudents. Nous interdisons donc la production à domicile, mais ce sera réévalué dans trois ans, quand nous allons mettre à jour notre loi. »

Selon la ministre, permettre la culture de quatre plants par résidence serait une porte d’entrée pour le marché illégal. « Quatre plants par résidence, c’est beaucoup trop pour une consommation individuelle. Si le crime organisé prenait le contrôle de toute une rue, ça pourrait représenter une production importante pour la contrebande, dit-elle. Nous préférons être plus restrictifs au début, quitte à relâcher un peu les règles après trois ans, quand nous aurons plus d’expérience dans le domaine. »

Mme Charlebois rappelle d’ailleurs que la décision de ne pas permettre la production domestique s’inspire d’autres pays qui ont déjà légalisé la vente de cannabis.

SAQ et SQC

Malgré les protestations des employés de la Société des alcools du Québec, qui auraient souhaité hériter de la vente de cannabis plutôt que de la voir confiée à une autre société d’État, il y a peu de chances que le gouvernement recule.

« Les missions ne sont vraiment pas les mêmes. La SAQ fait la vente et la promotion de ses produits. Il n’est pas question de faire la promotion de la consommation de cannabis. Au contraire ! Nous allons en vendre pour contrer le marché illicite et nous allons investir 25 M $ par année pour prévenir la consommation. De plus, nos conseillers seront formés pour bien expliquer aux clients les effets de ces produits, les mélanges d’autres substances à éviter, etc. Et si jamais nous faisons plus de profits, ils seront réinvestis pour intervenir davantage auprès des familles et des jeunes pour prévenir la consommation. »

Québec a déjà annoncé qu’il y aurait une quinzaine de centres de distribution dans la province, en plus des ventes par internet. Mme Charlebois ne pouvait préciser quelle forme cela prendra dans les régions comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean, ni le nombre d’endroits où il sera possible de s’en procurer. Les consultations sur le projet de loi, qui commenceront la semaine prochaine, pourraient permettre d’en savoir davantage.