David Alexandre Lepage a plaidé coupable d’un double meurtre commis en avril 2017.

Prison à vie pour un double meurtre

Incapable d’accepter que sa conjointe le quitte, David Alexandre Lepage a choisi de la tuer, elle, ainsi que leur fille de 15 ans, dans la maison familiale de Notre-Dame-du-Laus, dans la nuit du 9 au 10 avril 2017.

Le sexagénaire a plaidé coupable du double meurtre de Priscilla Lee Bond et de Gabrielle Lepage, et a pris le chemin de la prison à perpétuité, mercredi, au palais de justice de Gatineau.

David Alexandre Lepage, qui aura 62 ans au mois d’août, a reconnu les faits résumés par le ministère public.

Il purgera une peine d’emprisonnement à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 2034, soit 17 ans après son arrestation.

Selon les faits rappelés par la juge Catherine Mandeville, de la Cour supérieure, Lepage a tiré quatre coups de feu dans la tête de sa femme endormie, avant de monter dans la chambre de l’adolescente, et de l’abattre à son tour, aussi de quatre coups de feu, dont un au cœur.

L’homme était jaloux. Il n’avait pas digéré ce que sa femme, qui fréquentait un autre homme, le quitte.

Lepage s’est rendu aux policiers de la Sûreté du Québec à 2 h 17, le 10 avril 2017. Son ami Daniel Osborne l’avait conduit au poste de police.

Selon le sommaire des faits remis au tribunal, « il a dit aux policiers qu’il ne pouvait imaginer sa conjointe avec un autre homme dans sa maison ».

Quelques jours auparavant, le meurtrier a dit à un autre ami, René Douglas, qu’il désirait emprunter son arme à feu pour abattre des dindons sauvages qui rôdaient sur son terrain.

L’arme a plutôt servi à assassiner les innocentes victimes.

En échange d’un plaidoyer de culpabilité, ce qui a évité la tenue d’un difficile procès devant jury, l’accusé a vu ses chefs d’accusation passer de meurtre avec préméditation (premier degré) à ceux de meurtre sans préméditation (deuxième degré).

La magistrate, qui ne croit pas aux remords allégués de l’accusé, a entériné la proposition commune.

Douleur

La sœur de Priscilla Lee Bond, Lee-Ann Bond, était envahie par l’émotion lorsque la procureure de la Couronne a lu sa lettre au tribunal.

« Ma sœur Priscilla, c’était tout pour moi. (...) Je suis perdue sans elle. C’était une personne joyeuse, Wild And Free, comme elle le disait tout le temps. Elle aimait la vie. Elle aimait les animaux. Elle aimait sa fille à mort. Elle avait une joie de vivre. C’était une personne forte, elle aurait fait n’importe quoi pour n’importe qui. »

Mme Bond a traité son ancien beau-frère de « lâche », rappelant qu’elle avait aujourd’hui la lourde tâche de s’occuper de l’héritage familial et de la maison, où le pire s’est produit.

« Je pense souvent à ce qu’il (David Alexandre Lepage) m’a dit le dimanche, quand j’ai appelé ma sœur. Il m’a dit qu’elle était partie réfléchir, mais dans le fond, elle était déjà morte. Ça ne se fait pas, dire ça. »

Mme Bond éprouve toujours beaucoup de colère. Insomnie et incapacité à travailler minent sa vie. « J’ai encore les images du sang dans la maison de ma sœur. C’est moi qui ai dû nettoyer le sang. J’ai souvent ces images-là dans ma tête. (...) Il ne mérite pas que je le pardonne. »

DES LIENS AVEC L'AFFAIRE GUY TURCOTTE

Un conjoint qui ne tolère pas une séparation, le meurtre de son propre enfant d’âge mineur, et une peine de prison identique. Le dossier de David Alexandre Lepage, de Notre-Dame-du-Laus, a plusieurs similitudes avec celui de l’ex-cardiologue Guy Turcotte, tristement célèbre pour avoir tué ses deux enfants en guise de vengeance conjugale.

Le 28 juin dernier, la Cour d’appel a donné raison au tribunal de première instance qui avait imposé une peine de prison à vie à Guy Turcotte, sans possibilité de libération conditionnelle avant 17 ans.

Mercredi, la juge Catherine Mandeville qui a entendu l’affaire Lepage, a abordé cette récente jurisprudence avec les avocats de la défense et de la Couronne, au palais de justice de Gatineau.

La seule différence entre ces deux affaires est que Guy Turcotte a été reconnu coupable au terme d’un procès, alors que l’accusé Lepage a enregistré un plaidoyer de culpabilité avant le début du procès.

«Même en tenant compte du désespoir de M. Turcotte, il a agi en raison de l’animosité envers Mme Gaston (son ex-conjointe), a comparé la juge Mandeville, mercredi, au palais de justice de Gatineau.

L’avocat de M. Lepage, Me Gérard Larocque, a indiqué que son client «raisonnait un peu tout croche» la nuit du double meurtre, en raison de sa consommation de rhum, de vodka et de cocaïne. Selon la défense, l’accusé a plutôt tué sa fille pour «ne pas la laisser seule avec son handicap.»