Un pompier combat le feu en Californie.
Un pompier combat le feu en Californie.

Le lien entre le réchauffement et les événements extrêmes est clair, dit Biden

James McCarten
La Presse Canadienne
WASHINGTON — Donald Trump est un «pyromane climatique», a avancé son adversaire démocrate, lundi, alors que l’enjeu des changements climatiques s’est heurté à la politique présidentielle américaine dans le cadre de la course à la Maison-Blanche.

Joe Biden a choisi d’exploiter le mépris de M. Trump envers la crise climatique au moment même où le président sortant se rendait en Californie pour faire le point sur les violents incendies de forêt qui font rage le long de la côte ouest des États-Unis.

Pour M. Biden, l’arrivée d’un ouragan de catégorie 1 dans le golfe du Mexique au large de la Floride, avec un barrage de tempêtes tropicales qui s’aligne derrière lui dans l’océan Atlantique, n’aurait pas pu survenir à un meilleur moment.

«Le déni climatique de Donald Trump n’a peut-être pas provoqué ces incendies, ces inondations et ces ouragans records, mais s’il obtient un second mandat, ces événements infernaux continueront de devenir plus courants, plus dévastateurs et plus meurtriers», a prévenu Joe Biden, depuis le Delaware.

Comme il l’avait fait il y a deux ans, Donald Trump a tenté lundi d’attribuer les incendies de forêt californiens à l’incapacité de l’État à procéder à un «ratissage et nettoyage» approprié de ses sols forestiers.

Une soixantaine de pompiers québécois participent actuellement à la lutte contre un brasier dans le nord Californie, et Ottawa ne prévoit pas dépêcher d’autres renforts à moins qu’on lui en fasse la demande.

Lors de la mise à jour de lundi, Jake Cagle, du Service des forêts des États-Unis, a toutefois signalé que les ressources commencent à manquer.

Et la fumée qui se dégage des feux se fait déjà sentir de l’autre côté de la frontière canado-américaine, relève le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, Jonathan Wilkinson, qui représente la circonscription de Vancouver Nord. Il dit y voir une «leçon importante pour nous tous sur le fait que nous devons réfléchir à la crise qui se profile à l’horizon», c’est-à-dire la crise climatique.

Joe Biden

Les incendies de forêt et la fumée qui s’en dégage auront au moins contribué à souligner l’importance et l’urgence de la crise climatique, en particulier au Canada, où les variations des températures saisonnières peuvent rendre les gens complaisants, soutient Kyla Tienhaara, professeure à l’École d’études environnementales de l’Université Queen’s de Kingston, en Ontario.

Les militants ont mis des années à convaincre le grand public de faire des préoccupations environnementales une priorité, une tâche d’autant plus difficile face à un taux de chômage élevé ou en période d’incertitude sur le plan fiscal.

Un changement de paradigme?

Mais l’ampleur de l’embrasement, combinée à l’appréhension des ouragans qui se succéderont comme jamais auparavant et aux inondations qui ont submergé une partie du Midwest américain au printemps dernier, semble nourrir un changement de paradigme.

«L’apocalypse climatique de la Californie», pouvait-on lire sur la une du journal «Los Angeles Times» dimanche. «Incendies, chaleur, pollution de l’air : la calamité n’est plus à venir — elle est là, maintenant.»

Donald Trump a poliment hoché la tête lorsque le gouverneur californien Gavin Newsom, qui n’hésite pas à établir un lien entre les incendies et les changements climatiques, lui a expliqué l’ampleur de la catastrophe lundi.

Mais lors d’un échange avec un fonctionnaire qui blâmait le réchauffement planétaire, Donald Trump a objecté que le temps frais s’en venait. «Je ne pense pas que la science le sache, en fait», a-t-il répliqué lorsqu’on a tenté de soulever des preuves scientifiques.

Joe Biden cherche à placer l’urgence climatique sur le même pied que les trois autres crises qui secouent présentement les États-Unis et le monde entier: la pandémie, l’effondrement économique qui s’ensuit, de même que les tensions ethniques et sociales déclenchées par la mort de l’Afro-Américain George Floyd aux mains de policiers à Minneapolis en mai.

Donald Trump ira sans doute dans une direction opposée, compte tenu de l’importance de la reprise économique pour ses chances de réélection.

«Le gouvernement a en quelque sorte profité de la crise de la COVID pour essayer de défendre une relance avec le pétrole en tête, ce qui est catastrophique sur le plan environnemental», se désole la professeure Tienhaara, en faisant référence à la stratégie d’après-crise en Australie, où des feux de brousse ont fait 34 morts et détruit près de 6000 bâtiments il y a quelques mois.

La professeure espère qu’une telle catastrophe ne se reproduira pas, mais elle souligne que «le moment est important parce que les choses tombent très rapidement dans l’oubli, malheureusement, lorsque les gens ont beaucoup à gérer».