Trente pour cent des personnes sondées, que ce soit des membres du personnel ou des étudiants, rapportent avoir vécu une telle situation au cours de l’année précédant l’enquête.
Trente pour cent des personnes sondées, que ce soit des membres du personnel ou des étudiants, rapportent avoir vécu une telle situation au cours de l’année précédant l’enquête.

Près d’une personne sur trois victime de violence sexuelle au collégial

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Près d’une personne sur trois a vécu une forme de violence sexuelle en milieu collégial (VSMC) au Québec, montre une enquête menée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On apprend aussi qu’un professeur sur deux, depuis son arrivée, a vécu une forme de VSMC.

« C’est beaucoup. Ça surprend », réagit Manon Bergeron, professeure et chercheuse au département de sexologie de l’UQAM, au sujet de cette donnée.

Mme Bergeron a dirigé le Projet intercollégial d’études sur le consentement, l’égalité et la sexualité (PIECES), qui permet d’établir un portrait global des situations de violence sexuelle en milieu collégial. Il a été mené au Cégep de Jonquière, au Collège Montmorency, au Cégep de Sainte-Foy, au Collège Ahuntsic et au Cégep de l’Outaouais. Un peu plus de 6000 personnes ont répondu au questionnaire en ligne à l’automne 2019.

Trente pour cent des personnes sondées, que ce soit des membres du personnel ou des étudiants, rapportent avoir vécu une telle situation au cours de l’année précédant l’enquête.

Ces violences peuvent prendre la forme de coercition sexuelle, de harcèlement sexuel ou de comportements non désirés.

Sans surprise, certaines personnes sont plus vulnérables à ce type de violences: les femmes, les personnes appartenant aux minorités de genre et aux minorités sexuelles, les personnes dont l’orientation sexuelle est en questionnement ou incertaine, de même que celles vivant avec un trouble, une difficulté ou un handicap ayant un impact sur la vie quotidienne.

Près de 50 % des répondants rapportent au moins une conséquence susceptible d’entraver leur fonctionnement dans différentes sphères. « Il est d’autant plus inquiétant d’observer que 14,1 % de ces personnes atteignent le seuil clinique associé à l’état de stress post-traumatique », peut-on lire dans les faits saillants.

Manon Bergeron a été étonnée d’apprendre que près d’une personne sur dix ne se sent pas en sécurité, ou peu, dans au moins quatre lieux au cégep.

On pense entre autres aux stationnements, aux corridors et aux vestiaires.

« Ce n’est pas banal, commente Mme Bergeron. On voit que ce sont des lieux fréquentés au quotidien. Ça ne veut pas dire que les violences sont arrivées là. Ça veut quand même dire que les gens s’y sentent moins en sécurité, alors qu’ils y circulent quotidiennement. On peut supposer que ce sont des endroits où se déroule le harcèlement de façon un peu plus régulière, c’est l’hypothèse... »

Ce projet s’est inspiré des travaux de l’Enquête sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU). L’enquête provinciale regroupait six campus, dont celui de l’Université de Sherbrooke. Il s’agit de la première étude au Québec qui a permis de documenter la situation de la violence sexuelle de façon plus large dans les campus de la province.

Jusqu’à quel point les résultats de PIECES peuvent-ils s’appliquer dans tous les cégeps?

« Je suis confiante que les grands constats demeureraient de façon assez similaire », note Mme Bergeron en rappelant une étude de Statistique Canada publiée cet été dans les milieux d’études postsecondaires et dont les grandes lignes s’apparentent aux derniers résultats.

Avec ces données en main, que peut-on faire pour améliorer ce portrait? « On est à l’heure de trouver des façons de travailler ensemble pour développer un programme de prévention commun à l’ensemble des cégeps. Chaque cégep doit fournir les efforts et les ressources, c’est très lourd pour chacun. »

Les violences à caractère sexuel ont souvent fait surface dans l’actualité ces dernières années. Québec a notamment adopté la Loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur, ce qui a obligé les cégeps et les universités à adopter des politiques pour lutter contre cette problématique.

Des formations ont aussi été instaurées.

L’étude est le fruit d’une collaboration entre la Fédération des cégeps, l’organisme Boscoville, les cinq cégeps participants et la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur au Québec, dont Mme Bergeron est titulaire.

Outre Mme Bergeron, les auteures sont Audréanne Gagnon, Marie-Ève Blackburn, Dominique M-Lavoie, Caroline Paré, Sophie Roy, Andrea Szabo et Claudie Bourget.