Préinscription de patients: le PQ et la CAQ attaquent Barrette

L’opposition doute du nouveau «stratagème» mis en place par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, pour vider plus rapidement le guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF) et atteindre sa cible de 85% d’ici la fin de l’année. Tant le Parti Québécois que la Coalition Avenir Québec craignent qu’en autorisant la préinscription de patients, ceux-ci ne soient pas réellement pris en charge avant plusieurs mois.

Mercredi, Le Soleil rapportait qu’après plusieurs mois de négociations entre la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec et le ministère de la Santé, les médecins de famille pourront finalement inscrire des patients en bloc sans que ces inscriptions soient nécessairement associées à des visites médicales. 

Dans un courriel envoyé cette semaine à ses membres, le président de l’Association des médecins omnipraticiens de Montréal (AMOM), le Dr Michel Vachon, explique qu’il reste encore beaucoup de patients à inscrire provenant du GAMF, et que la plupart n’ont pas de problèmes de santé prioritaires. 

Selon lui, la préinscription permettra aux médecins d’être «plus disponibles pour voir les patients quand ils en auront besoin plutôt que pour une simple formalité administrative, épargnant par le fait même des milliers de dollars en dépenses reliées à ces consultations inutiles sur le plan médical».

Le Dr Vachon ajoute que cette mesure permettra de vider le GAMF, d’atteindre la cible de 85% et de se débarrasser de la loi 20 «une fois pour toutes».

«De belles statistiques»

Le dossier s’est transporté à l’Assemblée nationale, jeudi, alors que la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, a dû répondre aux questions de la péquiste Diane Lamarre en l’absence du ministre Gaétan Barrette, actuellement en Alberta.

«Incapable d’atteindre la cible promise à la population du Québec, le ministre invente un nouveau truc : la préinscription. Les patients seront transférés sur la liste de prise en charge d’un médecin de famille, sans être vus. […] Ils vont disparaître, comme par enchantement, de la liste d’attente, mais ils ne seront toujours pas vus. Ça fait de belles statistiques, mais pas de soins pour les Québécois», a dénoncé la députée de Taillon, qui craint qu’un patient préinscrit attende «jusqu’à trois ans» avant d’être vu par son nouveau médecin de famille. 

«Moi, quand j’avais 22 ans, je n’avais pas besoin de voir un médecin de famille à toutes les semaines. […] Il faut relativiser l’affirmation de la députée», a répondu la ministre Charlebois, selon qui «il y a une population qui n’a pas besoin de voir un médecin en ce moment». 

Mme Charlebois a du reste répété la ligne du ministre Barrette voulant qu’il y ait depuis 2014 900 000 Québécois de plus qui ont un médecin de famille. À propos de la loi 20, la ministre a assuré que «la loi existe et elle ne va pas cesser d’exister, et elle ne sera pas abrogée en 2018».

«Tour de passe-passe»

À l’instar de Diane Lamarre, le caquiste François Paradis se questionne sur le nouveau «tour de passe-passe» du ministre de la Santé. «Est-ce vraiment une bonne idée? Et si c’en est une, pourquoi ne pas l’avoir fait avant [autoriser la préinscription]? Pourquoi le ministre a-t-il longtemps balayé cette option du revers de la main, et que là, tout d’un coup, c’est correct? Est-ce que c’est vraiment une mesure bénéfique pour le patient? Et au-delà d’être préinscrit et d’avoir le nom d’un médecin, combien ça va prendre de temps avant qu’il puisse le voir?» a demandé en entrevue le député de Lévis, selon qui la «prémisse de départ» du ministre n’était pas bonne. 

«Il aurait dû corriger sa cible dès le départ. On le savait qu’il n’allait pas être capable de l’atteindre», a dit M. Paradis, tout en rappelant que selon les dernières données de la Régie de l’assurance maladie du Québec, 658 000 nouveaux patients doivent encore être pris en charge pour atteindre l’objectif.

Aux dernières nouvelles, le taux de prise en charge se situait autour de 77%.