Gaston et Gaétane sont inséparables. Côte à côte, jour après jour, pour le meilleur et pour l’amour.

Pour le meilleur et pour l’amour

Chaque matin, au réveil, Gaston dit à Gaétane comme elle est belle. Ils prennent leur douche ensemble. Déjeunent ensemble. Et partent en voiture au boulot ensemble. Lors du trajet, Gaston tient la main de celle qu’il a épousée il y a plus de 40 ans. Gaétane répète à son mari comment elle le trouve beau. Le scénario est le même. Tous les matins depuis des décennies.

À l’entreprise familiale, ils ont travaillé côte à côte. Il est mécanicien. Elle est son bras droit. L’aide à faire à peu près tout. Ils sont inséparables. Ils vont même ensemble chez le dentiste. Et chez le médecin.

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Alors Gaétane était évidemment auprès de Gaston lorsqu’un médecin spécialiste lui a appris, il y a trois mois, qu’il avait un cancer du cerveau, un glioblastome multiforme. « Le médecin lui a demandé s’il comprenait bien ce que cela signifiait. Gaston savait, car sa mère est morte du même cancer. Alors il m’a regardée et m’a dit doucement : pauvre Gaétane. »

Gaétane raconte cela en retenant ses larmes, assise dans un petit salon de la Maison Aube-Lumière, où Gaston a été admis la semaine dernière. Depuis, elle dort là, elle aussi. Bien sûr. Dans la chambre, un nombre important de visiteurs viennent serrer Gaston dans leurs bras. Les deux fils du couple sont aussi présents. Il y a des larmes. Et beaucoup d’amour. « Il va emporter tout ça comme bagage », lance Gaétane.

Chez certains, la maladie fait ressortir un côté sombre de leur personnalité. « Chez Gaston, c’est tout son côté bon qui est exacerbé. Même le personnel soignant est tombé en amour avec lui », note son épouse.

Gaston a fêté ses 62 ans le 8 janvier. Malheureusement, les médecins lui ont confirmé, une dizaine de jours plus tard, qu’aucun traitement ne le guérirait.

Leur histoire a commencé alors qu’ils étaient en secondaire 3. 

Elle avait 14 ans, lui 15, quand ils se sont aperçus pour la première fois à l’école Le Ber. « Les deux, on était grands. Alors on s’était vus dans le corridor, au-dessus des autres. Je l’avais trouvé beau. Il avait aimé mes cheveux blonds. On s’est mis en équipe pour faire des travaux en français. Et je lui ai demandé de m’accompagner à un 60e anniversaire qui était célébré dans ma famille. » C’était le début de leur histoire. Qui a été interrompue pendant quelque temps. Ils se sont retrouvés à 18 ans.

Leur famille a tout fait pour les séparer. 

 « J’étudiais en arts plastiques au cégep et pour ma belle-mère, cela voulait dire que je fumais du pot et couchait à gauche et à droite. Elle voulait que son fils soit avocat, comptable ou médecin, alors elle croyait que je n’étais pas assez bien pour lui. Gaston, lui, ne voulait pas aller à l’université. Il voulait être mécanicien. » 

« Dans ma famille, c’était pareil. Une de mes sœurs et ma mère disaient : il n’a pas d’avenir et en plus, comme il est mécanicien, il aura toujours les doigts sales. » 

Lors du mariage de  Gaston Tardif et Gaétane Plamondon en 1977, certains étaient sceptiques quant à la durée de leur histoire d’amour. La vie a donné raison au couple.

Le jour des noces, les mères des nouveaux mariés ne souriaient pas sur les photos. Des oncles et tantes ont parié que le mariage ne durerait pas deux ans. Ils avaient 19 et 20 ans, étaient parents d’un bébé de quatre mois, conçu après six mois de relation. La mère du marié remettait même la paternité du nouveau-né en doute.

« Gaston disait : c’est moi qui paie les bottes, c’est moi le père. » C’était sa façon de répondre à sa mère. Il ne voulait pas de chicane. Et n’avait jamais douté de sa Gaétane.

Malgré les préjugés de sa belle-mère, Gaétane n’a connu intimement qu’un seul homme. Lui, une seule femme.

« Je ne veux pas avoir raison, je veux être heureux. » « Harmonisez-vous donc, c’est tellement beau l’harmonica. » Deux phrases que Gaston a répétées si souvent. Et qui reflètent bien les couleurs de l’homme qu’il est.

Le 16 avril 1977, lorsqu’ils se sont promis devant l’autel d’être là, un pour l’autre, pour toute la vie, Gaétane et Gaston étaient trop jeunes pour mesurer le poids de ces mots. Le temps leur a appris. Il y a eu des tempêtes au cours des premières années. De la bouderie, des portes qui claquent, le ton qui monte. Mais l’amour a pris le dessus. « On a habité quelques mois chez une de mes sœurs et son mari. Ils ont été très bons. Et nous ont appris à nous parler avec douceur. »

Maintenant, le temps est à l’amour. « Ma sœur qui disait que Gaston n’avait pas d’avenir est venue lui demander pardon. Et elle m’a dit que j’avais marié un homme d’exception. »

Gaston dort presque 24 heures par jour. Gaétane a profité d’un moment d’éveil pour lui poser une question. « Tu continueras à venir me voir, après? » « C’est certain. »

Les deux fils du couple, Jean-Marc et Gabriel, ont aménagé une chambre pour leur mère dans chacune de leur maison. Pour l’après. Au cas où leur mère aurait besoin.

« Jusqu’à ce que la mort les sépare? » Leur famille n’a pas réussi. L’usure du temps et les aléas de la vie non plus. La mort n’a aucune chance de venir à bout de cet amour.