Politique

Devant ses députés, Justin Trudeau leur dit de se concentrer sur les Canadiens

OTTAWA — Justin Trudeau encourage ses députés à se concentrer à aider les Canadiens à la maison pendant la prochaine année électorale, malgré toute l’anxiété provoquée par des tensions internationales.

Le premier ministre faisait référence à la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, au divorce du Royaume-Uni avec l’Europe, ainsi qu’à la menace des changements climatiques et aux bouleversements économiques découlant de l’arrivée de l’intelligence artificielle.

En s’adressant à ses députés, dimanche, M. Trudeau a toutefois évité de parler des controverses internationales impliquant le Canada, dont ses relations orageuses avec la Chine après l’arrestation de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, à la demande des États-Unis.

Quelques jours plus tard, la Chine a emprisonné Michael Kovrig, un diplomate canadien en sabbatique et Michael Spavor, un entrepreneur, en vertu d’allégations vagues relativement à la sécurité nationale du pays. La semaine dernière, un troisième Canadien emprisonné, Robert Lloyd Schellenberg, a reçu une peine plus sévère pour sa condamnation de trafic de drogue - la mort.

«Les gens de partout au pays, et vraiment de partout dans le monde, sont anxieux de voir ce qui se passe aux nouvelles et dans leurs communautés, a déclaré M. Trudeau à l’ouverture d’une retraite de deux jours du cabinet à la Colline du Parlement. Les changements climatiques sont une menace de plus en plus urgente, avec les inondations et les incendies qui détruisent des villes entières à un rythme foudroyant. Les deux plus grandes économies sont en conflit, et nos nations européennes fondatrices passent à travers une crise politique.»

Autres problèmes du Canada

M. Trudeau a éludé deux autres problèmes du Canada sur la scène internationale.

De l’incertitude plane autour de l’économie canadienne, concernant les relations avec l’administration de Donald Trump à Washington - on parle notamment de la ratification du nouvel accord commercial nord-américain et des sanctions américaines sur l’acier et l’aluminium canadiens.

Le Canada est aussi en froid avec l’Arabie saoudite depuis le mois d’août, lorsque le prince héritier Mohammed bin Salmane a réagi fortement à un micromessage de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, qui appelait à la libération de prisonniers politiques. L’Arabie saoudite a expulsé l’ambassadeur canadien, a gelé ses investissements au Canada et a rappelé ses citoyens étudiant au Canada.

Plus tôt ce mois-ci, le Canada a accueilli Rahaf Mohammed Al-Qunun en tant que réfugiée de l’Arabie saoudite parce qu’elle disait fuir une famille violente,

Ces tensions internationales pourraient compliquer la tâche des libéraux de Justin Trudeau dans leur quête de se concentrer sur les enjeux locaux.

Attaques partisanes

Le premier ministre a profité de son discours pour affûter les attaques qu’il répétera pendant la campagne électorale en vue des élections d’octobre.

Il s’en est notamment pris aux conservateurs, affirmant qu’ils n’avaient aucun plan pour s’attaquer aux changements climatiques ou pour améliorer l’économie, vantant les avancées des libéraux pour diminuer les impôts et le chômage. Le premier ministre a notamment mentionné l’Allocation canadienne pour enfants.

M. Trudeau a déclaré que les libéraux offriraient de l’espoir aux Canadiens, ajoutant que son opposition était un parti politique de division, ancré dans les idées de son ancien chef, Stephen Harper.

«Ne vous trompez pas: les conservateurs prétendent être «pour le peuple», mais ça ne pourrait pas être plus loin de la vérité. C’est encore le parti de Stephen Harper, a-t-il soutenu. C’est la même chose: des enjeux qui divisent, des coupes dans les services et la volonté de regarder en arrière. Ils ne changeront jamais.»

Politique

François Paradis: le président techno

Animer des émissions pour mieux faire connaître les députés; utiliser les technologies pour voter les lois; la tête de François Paradis bouillonne d’idées pour moderniser l’Assemblée nationale.

En entrevue au Soleil, le nouveau président, élu en novembre, se retient de dévoiler tout ce qu’il aimerait accomplir d’ici quatre ans parce qu’il ne veut pas «bousculer» ses collègues. «Je veux être rassembleur.»

Mais il est certain que son passé d’animateur de télévision teintera sa présidence. Il continuera par exemple à s’adresser directement à la caméra lors de la période des questions au Salon bleu. «C’est parce qu’en arrière de la caméra, il y a des gens et je vais continuer de les regarder et je veux qu’ils soient de plus en plus nombreux.»

Le Canal de l’Assemblée nationale, qui existe depuis 1978, sera quant à lui complètement remis au goût du jour. «J’ai des projets, des concepts, des idées qui vont nous permettre d’offrir un produit différent pour mettre en valeur ce qu’on est.»

M. Paradis pourrait par exemple animer lui-même des émissions où il s’entretiendrait avec les députés «de façon très conviviale, en manches de chemise». «C’est quoi ses passions? Je veux qu’on s’approprie un être humain.»

Le président souhaite également que les citoyens découvrent, à la télé ou sur le Web, les dessous de l’Assemblée nationale et les employés qui y travaillent.

Il voit déjà l’agora située au centre du nouveau pavillon des visiteurs, qui ouvrira en mai prochain, se transformer en plateau de télévision accueillant un débat des chefs ou une soirée électorale. «Pourquoi pas? Tout est sur la table!»

L’objectif de tout ce plan de communication est de combattre le cynisme ambiant à l’égard de l’institution et des politiciens en général. M. Paradis est convaincu qu’il est possible «d’inverser cette tendance-là». «Mais ça, tu peux pas le faire si tu t’enfermes dans ta bulle.»

Vote à distance?

D’ici quelques années, il est prévu que le Salon bleu — où sont votées toutes les lois — soit rénové. M. Paradis aimerait en profiter pour mettre la technologie au service des élus, tout en respectant le cachet particulier du lieu.

«L’histoire ne boude pas la modernité. L’histoire ne boude pas les technologies. Il faut rien que faire que la conjugaison soit bonne.»

Par exemple, le vote à distance des députés ou la discussion instantanée sur le Web pourraient faire leur apparition. «On est à l’affût de tout ce qui va, sur le plan des nouvelles technologies, faciliter le travail des députés et la transmission d’information.»

Les employés de l’Assemblée nationale ont déjà commencé à observer les avancées numériques d’autres parlements dans le monde pour s’en inspirer.

M. Paradis raconte que dans sa vie personnelle, il est «un gamer» et «un maniaque de gadgets». Il croit donc que la technologie aidera le député à être plus efficace. Pas question toutefois de prendre des raccourcis avant d’adopter un projet de loi. «Il faudra jamais tourner les coins ronds sous prétexte qu’on veut faire plus vite.»

Transparence

Doit-on faire en sorte que les députés aient droit à un congé de maternité ou de paternité? Doit-on instaurer un code vestimentaire à l’Assemblée nationale? Doit-on réviser le salaire des députés et leurs allocations de dépenses?

M. Paradis ne veut pas trancher seul ces questions, mais indique qu’elles seront toutes soumises au Bureau de l’Assemblée nationale (BAN), où siègent des députés de tous les partis. Ceux-ci doivent s’efforcer de prendre des décisions d’un commun accord.

Le premier sujet de conversation au BAN sera le dossier de la transparence des dépenses des députés, qui a fait beaucoup jaser avant les élections. «Le mot-clé, c’est d’être raisonnable», croit M. Paradis, qui espère des discussions fructueuses à ce sujet.

Politique

Legault veut «doubler» les échanges avec la France

PARIS — Le premier ministre François Legault a dit vouloir «doubler» les échanges commerciaux entre le Québec et la France, dimanche au premier jour de sa visite officielle à Paris.

Les échanges commerciaux entre la France et le Québec plafonnent à moins de 5 milliards $, soit moins de la moitié des échanges entre le Québec et le Texas par exemple.

«Cinq milliards, c’est rien. Il faut doubler ça», a déclaré M. Legault dans une entrevue à la chaîne francophone TV5Monde.

La France n’est que le troisième partenaire commercial du Québec au sein de l’Union européenne, derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne.

Les échanges commerciaux entre le Québec et la France, malgré l’amitié étroite qui les unit, «représentent à peu près trois jours d’échanges avec les États-Unis», a souligné M. Legault.

«Au Québec, 70 % de nos exportations vont vers les États-Unis. Soixante-dix pour cent de nos œufs sont dans le panier américain», a regretté l’homme d’affaires multimillionnaire, élu sur la promesse de donner aux relations internationales du Québec un «accent beaucoup plus commercial».

«Il y a urgence à se diversifier», a-t-il estimé, pointant du doigt «le protectionnisme américain qui n’est pas bon».

«Trio» économique

Pour ce faire, Québec formera un trio avec son réseau de délégations à l’étranger, Investissement Québec et la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Fini le travail en silos, l’action du Québec sera désormais mieux coordonnée, promet le premier ministre Legault.