Politique

La femme de Raif Badawi confiante

La femme de Raif Badawi ne craint pas que l’octroi du statut de réfugié à Rahaf Mohammed Al-Qunun ne détériore encore davantage les relations diplomatiques entre le Canada et l’Arabie Saoudite — et nuise par le fait même à la cause de son mari.

«Je suis contente pour elle. Je suis vraiment fière du Canada aussi, a lancé Ensaf Haidar en entrevue avec La Presse canadienne. C’est ça, les pays démocrates.»

La jeune ressortissante saoudienne Rahaf Mohammed Al-Qunun a obtenu l’asile en sol canadien pendant une semaine hautement symbolique pour son compatriote Raif Badawi, incarcéré depuis plus de six ans.

Le blogueur, condamné à 1000 coups de fouet et à 10 ans de prison pour avoir fait la promotion de la liberté de religion, entre autres, célèbre ses 35 ans dimanche, toujours derrière les barreaux.

La journée de mercredi marquait également un triste anniversaire pour ce militant des droits de la personne, soit celui des 50 de coups de fouet qu’il a reçus lors de sa première flagellation publique, en janvier 2015. Ses autres châtiments corporels semblent avoir depuis été reportés en raison de sa santé fragile et des vives critiques de la communauté internationale.

Ensaf Haidar, qui est établie à Sherbrooke avec leurs trois enfants, ne croit pas que l’accueil de Rahaf Mohammed Al-Qunun au Canada puisse nuire à son mari.

Mme Haidar, qui a obtenu la citoyenneté canadienne cet été, dit avoir elle-même attiré l’attention de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, sur le dossier de la jeune femme.

Fuite en Thaïlande

Rahaf Mohammed Al-Qunun avait fui vers la Thaïlande la semaine dernière, disant vouloir échapper à sa famille violente. Elle s’est fait connaître sur les réseaux sociaux grâce à une campagne lancée depuis sa chambre d’hôtel de Bangkok, où elle s’était barricadée.

Elle a décrit la maltraitance subie aux mains de son père, alléguant qu’il cherchait à la marier de force. Le mot-clic #SaveRahaf a rapidement fait le tour du monde.

Après un branle-bas de combat du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, le premier ministre Justin Trudeau a finalement annoncé vendredi que le Canada lui ouvrirait ses portes, et elle est arrivée à Toronto le lendemain.

Ensaf Haidar compte parmi les trois instigateurs d’une campagne de sociofinancement visant à faciliter sa réinstallation en sol canadien. La campagne a été partagée sur le compte Twitter de la jeune femme et avait déjà permis d’amasser plus de 9000 $ en début d’après-midi dimanche.

«Commencer une nouvelle vie avec rien d’autre que les vêtements qu’on a sur le dos peut être intimidant pour une fille de 18 ans, surtout considérant qu’elle n’est pas habituée aux durs hivers canadiens ou au prix d’un manteau et d’une paire de bottes!» peut-on lire sur la page en question du site GoFundMe.

Rencontre avec Trudeau

À son retour d’une vigile en soutien à son mari cette semaine, Ensaf Haidar a reçu un appel de la ministre du Développement international et députée de Compton-Stanstead, Marie-Claude Bibeau, l’informant que le premier ministre avait accepté de la rencontrer.

Justin Trudeau sera de passage à Sherbrooke de mercredi à vendredi pour préparer la rentrée parlementaire avec ses ministres.

Mme Haidar compte saisir l’occasion pour réclamer à nouveau que la citoyenneté canadienne soit accordée à son mari, qui se verra interdire de quitter l’Arabie Saoudite ou d’utiliser les réseaux sociaux pendant encore 10 ans après avoir purgé sa peine, qui comprend également une amende de 290 000 $.

Amnistie internationale a longtemps exhorté Ottawa à «jouer un rôle de leader» dans ce dossier, «étant donné les liens de sa famille au Canada».

En août dernier, le prince héritier du royaume, Mohammed Ben Salamane, a expulsé l’ambassadeur canadien à Riyad et rappelé son propre ambassadeur à Ottawa, après que des diplomates dont la ministre Chrystia Freeland eurent exprimé leur soutien à l’endroit des militantes des droits des femmes arrêtées en Arabie Saoudite, dont la sœur de Raif Badawi, Samar Badawi.

Politique

Québec plus ouvert à discuter, dit la FTQ

Si le gouvernement Legault a fait campagne en martelant qu’il ne voulait pas gouverner pour les grands lobbys, dont les syndicats, la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ) estime que les caquistes sont beaucoup plus ouverts à discuter avec eux que les libéraux.

«À date, on a une écoute, contrairement à ce qu’on pouvait penser. On pensait qu’on partirait en bataille demain matin, mais à date, on a une bonne réception de la part du gouvernement. Le gouvernement veut nous parler», a souligné le président de la FTQ Daniel Boyer.

«Avec les libéraux, il y avait moins de discussions. Ils étaient moins ouverts au dialogue social. Ils prenaient leurs décisions et ils nous mettaient devant le fait accompli», a renchéri le secrétaire général de la FTQ, Serge Cadieux.

Lors d’une conférence de presse tenue dimanche à Montréal, dimanche matin, MM. Boyer et Cadieux ont fait le point sur les dossiers prioritaires de la centrale syndicale pour l’année à venir.

Au terme de rencontres avec le premier ministre François Legault et plusieurs de ses ministres, la FTQ s’est dite encouragée sur plusieurs de ses chantiers, notamment sur les clauses de disparité de traitement et la mise à jour du régime sur la santé et sécurité au travail. La CAQ aurait assuré qu’il s’agissait de dossiers prioritaires pour eux.

M. Boyer a admis que le gouvernement était encore dans une période de «lune de miel», mais il souhaite laisser la chance au coureur pour l’instant.

«On a un mot important à dire et on va continuer à le dire. On souhaite le dire à des tables de discussions où on va faire avancer des dossiers au lieu de le faire debout dans la rue. Et s’il faut le faire debout dans la rue, on va le faire», a-t-il soutenu.

Cap sur l’environnement

Dans ses autres priorités de l’année, la FTQ a l’intention de faire pression sur la CAQ pour qu’elle amorce une réelle transition énergétique, mais en accompagnant les travailleurs.

M. Cadieux a affirmé que les employés de certains secteurs polluants, dont les raffineries et la cimenterie, étaient conscients que leur emploi n’existera peut-être plus dans 25 ans. Et selon lui, ils sont prêts à entamer ce virage avec l’aide du gouvernement.

«Nos gens sont conscients que ça va arriver, puis ils ne veulent pas se faire dire une semaine avant: «Écoutez, on a décidé qu’on ferme la «shop» parce qu’on est plus capables de vendre nos affaires; on émet trop de gaz à effet de serre»», a-t-il expliqué.

«On sait que ça va arriver. Si ça va arriver dans deux ans, trois ans, quatre ans, cinq ans, c’est là qu’on doit s’en préoccuper.»

Selon lui, le Québec peut maintenir des emplois en développant de nouveaux secteurs plus verts et en changeant les procédés pour qu’ils soient moins polluants.

«On sait qu’on doit s’en aller vers une électrification des transports. Pourquoi ne pas construire des autos électriques ici au Québec?», a-t-il suggéré.

Élections fédérales

La FTQ entend également interpeller les partis fédéraux, qui devraient tomber en campagne électorale à l’automne. Elle prévoit discuter avec les partis d’environnement, mais aussi d’assurance-emploi.

Selon la FTQ, les libéraux ont un peu amélioré le régime d’assurance-emploi, mais il reste de nombreux problèmes, notamment pour les travailleurs saisonniers.

«Ça prend une réforme globale. Le monde du travail s’est transformé et la Loi sur l’assurance-emploi n’est plus adaptée», a plaidé M. Cadieux.

D’après les chiffres de la centrale syndicale, moins de 50 pour cent des travailleurs et travailleuses qui perdent leur emploi se qualifient pour recevoir des prestations d’assurance-emploi.

Politique

Louis Plamondon souhaite le couronnement d’Yves-François Blanchet à la tête du Bloc

MONTRÉAL — Yves-François Blanchet deviendra vraisemblablement chef du Bloc québécois mardi, et ce couronnement est souhaitable pour le parti, selon le vétéran député bloquiste Louis Plamondon.

La période de candidature prend fin le 15 janvier, et l’ancien ministre péquiste n’a toujours pas d’adversaire.

En entrevue à La Presse canadienne, Louis Plamondon souligne que les élections générales approchent à grands pas et que le Bloc doit «se mettre à l’ouvrage» rapidement.

Il rappelle qu’une course à la direction coûterait plus de 100 000 $ au Bloc, ce qu’il peut difficilement se permettre. «On a pas les moyens de gaspiller un tel montant, avec les moyens limités qu’on a», dit le député de Bécancour-Nicolet-Saurel.

M. Plamondon souligne que le nouveau chef devra entamer dans les plus brefs délais une tournée du Québec pour fouetter les troupes et choisir les candidats pour les élections d’octobre prochain.

Louis Plamondon affirme que, de toute façon, Yves-François Blanchet a toutes les qualités voulues et la notoriété nécessaire pour diriger le parti. «On est choyé de l’avoir comme candidat à la chefferie», ajoute-t-il.

De plus, selon M. Plamondon, les sondages montrent que M. Blanchet est «extrêmement» bien perçu par la population du Québec.

«Pourquoi avoir une lutte à la chefferie et s’embarquer dans d’autres débats», déclare Louis Plamondon. «Il me semble qu’on en a assez eus depuis quelques mois», conclut-il.

Quant au programme électoral du Bloc québécois, il sera finalisé au prochain congrès de la formation, fin février ou début mars.

Louis Plamondon sera de nouveau candidat, pour une 11e élection. S’il est élu et qu’il complète son mandat, il aura siégé pendant 39 ans. En longévité, il occupera le 3e rang de l’histoire à la Chambre des communes, après l’ancien premier ministre conservateur John Diefenbaker et l’ex-ministre libéral Herb Gray.

Politique

Le remaniement ministériel fédéral s’annonce modeste

OTTAWA — Le remaniement ministériel de lundi à Ottawa devrait être très mineur et comprendre de modestes changements pour combler le vide laissé par le député néo-écossais de longue date, Scott Brison, qui a annoncé son départ du Conseil du Trésor cette semaine.

Le premier ministre Justin Trudeau n’aurait cependant pas l’intention de seulement pourvoir le poste. La démission de M. Brison laisse deux espaces vacants au cabinet - celui d’un siège de la Nouvelle-Écosse et celui de président du Conseil du Trésor - donc par effet domino, au moins deux autres ministres devraient être touchés.

Le premier, et probablement le plus facile, à combler est celui d’un représentant de la Nouvelle-Écosse au cabinet. En 2015, les libéraux avaient remporté les 11 sièges de la Nouvelle-Écosse, donc M. Trudeau peut choisir parmi neuf candidats, puisqu’il faut exclure le président de la Chambre des communes, Geoff Regan. Les noms des députés Bernadette Jordan et Sean Fraser ont été évoqués.

Peu importe qui prend la place de M. Brison comme représentant néo-écossais, le ou la nouvelle ministre ne serait pas responsable du Conseil du Trésor.

Malgré ses démarches plus discrètes, le responsable des activités gouvernementales doit avoir un riche parcours pour être nommé à ce poste, donc le premier ministre ne choisira pas une recrue. C’est lui qui tient les cordons de la bourse, qui supervise comment le gouvernement est géré et qui décide comment l’argent sera dépensé. Le président du Conseil du Trésor est aussi responsable de négocier les 27 conventions collectives avec 15 négociateurs distincts.

Ce poste est considéré comme de «très haut niveau». Ainsi, il faudra choisir quelqu’un d’expérimenté, ce qui laissera un autre siège vacant.

Les ministres principaux restent

Le premier ministre Trudeau ne devrait pas bouger ses ministres à des positions névralgiques et qui sont en train de terminer leur mandat, dont le ministre des Finances, Bill Morneau, et la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland. M. Trudeau devrait opter plutôt pour un ministre qui a déjà en grande partie terminé son mandat.

L’un des scénarios correspondant à ces critères serait la réaffectation du ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, au Conseil du Trésor. M. Goodale est le ministre le plus expérimenté du cabinet Trudeau et a déjà été au cabinet de Jean Chrétien et Paul Martin. Il ne lui reste plus de grand dossier à régler dans son ministère.

Pour minimiser l’effet domino, Bill Blair, l’ancien chef de police de Toronto qui s’était fait confier le nouveau poste de ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, devrait aller à la Sécurité publique. Le ou la nouvelle venue de la Nouvelle-Écosse serait responsable des fonctions actuelles de M. Blair.

D’autres noms circulent pour le poste de président du Conseil du trésor, dont la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, et la ministre des Services publics, Carla Qualtrough.

Ce sont bien évidemment des rumeurs. Justin Trudeau lui-même a refusé de donner quelconque indice sur les changements qu’il prévoit apporter.

Les événements ministériels ayant lieu lundi donnent toutefois des pistes. En date de vendredi, le ministre de l’Immigration Ahmed Hussen, le ministre de l’Innovation Navdeep Bains, le ministre des Transports Marc Garneau, le ministre du Développement social Jean-Yves Duclos, le ministre des Infrastructures François-Philippe Champagne, le ministre des Anciens combattants Seamus O’Reagan, la ministre du Tourisme Mélanie Joly et la ministre des Sciences et des Sports, Kirsty Duncan, devaient participer à des événements à l’extérieur de la capitale nationale.