Le ministre Simon Jolin-Barrette s’est fait voler des documents dans sa voiture de fonction.

Vol de documents dans la voiture du ministre Jolin-Barrette

Le ministre Simon Jolin-Barrette s’est fait voler des documents et sa tablette électronique dans sa voiture de fonction, mercredi soir. Tous les effets ont vite été récupérés par la police et un suspect a été arrêté. Mais la question entourant la protection des informations sensibles du gouvernement demeure, puisqu’aucune règle précise ne semble exister.

Le véhicule était garé dans le stationnement public intérieur du complexe G, tour voisine du parlement où se situent les bureaux du ministère de l’Immigration que dirige M. Jolin-Barrette. Un ministre est toujours accompagné par un garde du corps-chauffeur embauché par le ministère de la Sécurité publique.

Les informations policières confirment que les portières de l’auto n’étaient pas verrouillées. Le ministre affirme que le véhicule a été laissé sans surveillance environ 45 minutes. Le premier ministre Legault ajoute de son côté que le suspect «cherchait de l’argent» et que d’autres voitures autour auraient été dévalisées.

Avant son entrée au Salon bleu de l’Assemblée nationale, M. Jolin-Barrette, qui s’était aussi fait voler ses clés de maison dans l’affaire, a insisté pour dire qu’il s’agissait de «documents de travail».

«Ce n’était pas des documents importants, plutôt des documents de travail du quotidien. La majorité des documents que nous avons sont sur support informatique, sur mon iPad. Et dès le moment où j’ai été informé du vol, on a pris les mesures pour désactiver tous mes codes. Aucun document n’a émané de ça, les accès ont été coupés», a-t-il insisté, précisant qu’il devait entrer deux mots de passe pour accéder au contenu de sa tablette électronique.

Situation normale?

Quant à la nature des documents en papier que l’individu a subtilisés, le ministre parle de «notes personnelles manuscrites, quand je rencontre des gens, des groupes. Vous savez, je vais faire des consultations bientôt et j’ai déjà fait des consultations. Alors ça m’arrive de prendre des notes manuscrites», a-t-il laissé tomber, répondant en même temps aux critiques selon lesquelles il n’a pas assez consulté dans la récente réforme avortée du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

«Très souvent, on doit voyager dans plusieurs endroits et on ne transporte pas tous nos documents chaque fois qu’on s’arrête. Des fois, je vais donner un discours quelque part et je n’apporte pas tous mes documents pour aller donner mon discours», a pour sa part illustré le premier ministre Legault, pour expliquer la présence de documents gouvernementaux dans un véhicule de fonction sans surveillance.

Vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault admet aussi que «ça m’arrive à l’occasion. J’utilise plutôt des versions électroniques, mais j’ai parfois quelques documents, parce que ça m’arrive couramment de travailler dans ma voiture, de lire des documents, de faire des appels. Comme c’est le cas de plusieurs ministres. Mais c’est rare, je privilégie de les avoir sur mon téléphone», dont l’accès nécessite aussi deux mots de passe.

Y a-t-il une règle, y aura-t-il une directive?

«Je ne sais pas s’il y a des règles, c’est une question de jugement», estime le premier ministre, qui ne croit pas que le chauffeur-garde du corps du ministre Jolin-Barrette doive être congédié.

«À ma connaissance, il n’existe pas de règle stricte sur le transport ou la détention de documents de travail à l’intérieur d’une voiture de fonction relevant du ministère de la Sécurité publique», a répondu la ministre Guilbault, ajoutant qu’une enquête est en cours. «Il y a surtout une règle de gros bon sens. Personnellement, je ne laisserais pas de documents extrêmement sensibles qui ont trait à mon ministère dans ma voiture.»

«Les erreurs s’accumulent»

Dans l’opposition, la critique la plus virulente est venue de la libérale Marwah Rizqy. «Ma mère m’a appris de ne pas laisser ma sacoche dans l’auto! Je pense qu’on ne laisse pas des documents de travail dans l’auto et pour un ministre qui est aussi avocat de formation, il sait très bien que tout document peut être important et par conséquent, c’est vraiment de l’imprudence. Les voitures de fonction sont des vans noires. Les gens sont capables d’identifier une voiture de fonction et qu’un ministre laisse des documents en pleine vue, il demande pratiquement à se faire voler. Dans son cas à lui, les erreurs s’accumulent», tranche Mme Rizqy.

Solidaires et péquistes ont été plus modérés envers le ministre Jolin-Barrette. Le chef par intérim du Parti québécois, Pascal Bérubé, tient néanmoins à connaître la nature des documents dérobés. «Il pourrait y avoir des délits d’initié. On pourrait apprendre une nomination, apprendre des investissements gouvernementaux, il peut y avoir des répercussions importantes», suppose M. Bérubé.