Catherine McKenna

Une motion pour déclarer que le Canada est en situation d’urgence climatique

La ministre fédérale de l’Environnement propose une motion aux Communes pour déclarer que le Canada est en situation d’urgence climatique.

Le geste, plus politique que pratique, cherche à clouer le bec aux provinces qui combattent la taxe sur le carbone qui leur a été imposée. Il a aussi pour but de tendre quelques pièges aux adversaires politiques des libéraux à Ottawa.

La motion de la ministre Catherine McKenna répond à une motion néo-démocrate, déposée lundi, qui réclame la même déclaration d’urgence tout en reprochant au gouvernement de subventionner les énergies fossiles et d’avoir acheté un pipeline.

L’initiative du gouvernement libéral force aussi les conservateurs à montrer leurs cartes, eux qui ont promis d’annoncer ce printemps leur plan de lutte contre les changements climatiques.

Aux Communes, mardi après-midi, Justin Trudeau attaquait donc à sa gauche pendant que sa ministre se chargeait de sa droite.

«Malheureusement, le NPD n’a aucun plan», a lancé le premier ministre, reprochant à Jagmeet Singh d’avoir changé sa position la veille sur le projet LNG.

Le chef néo-démocrate, probablement inspiré par sa défaite aux mains des verts à l’élection partielle de la semaine dernière, s’oppose dorénavant à ce projet d’exploitation de gaz naturel liquéfié en Colombie-Britannique.

«Ce volte-face va à l’encontre de 10 000 bons emplois pour les résidants de la Colombie-Britannique», calcule M. Trudeau. «Nous savons qu’il faut agir et qu’il faut croître», a répété le premier ministre qui maintient qu’il peut favoriser l’exploitation des énergies fossiles tout en luttant contre les changements climatiques.

«Nous posons des gestes sérieux. Mais au parti d’en face, que font-ils?», a harangué la ministre McKenna, en désignant les conservateurs. «Ils ont des réunions secrètes avec les lobbyistes du pétrole pour développer leur plan à venir pour le climat», a-t-elle accusé.

En sortant des Communes, le député conservateur Alain Rayes a plus ou moins relevé le gant.

Il attendra la réunion de caucus du mercredi pour décider s’il appuiera ou non la motion sur l’urgence climatique. Il n’a pas voulu dire s’il croyait, lui, qu’il y avait «urgence».

«Les citoyens nous disent que autant les enjeux environnementaux que les enjeux économiques sont importants et on doit travailler les deux parallèlement. On ne doit pas mettre en péril notre économie», a-t-il dit après avoir souligné qu’il conduisait un véhicule électrique et qu’il fait «de la récupération et du compost depuis plus de 20 ans».

M. Rayes dit avoir hâte de présenter le plan conservateur qui, promet-il, sera «sérieux».

Il n’en dénonce pas moins la taxe sur le carbone à laquelle tentent de se soustraire la Saskatchewan et l’Ontario. L’Alberta doit bientôt rejoindre cette lutte.

Interrogé sur les conséquences pratiques de la motion de sa collègue McKenna, le ministre des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi, n’a rien pu offrir. Il s’est contenté de rappeler que son gouvernement travaille sur la transition vers l’énergie verte, affirmant du même coup que les énergies fossiles seront encore là pour longtemps.

«Nous faisons la transition vers une nouvelle économie. Le pétrole et le gaz continueront de faire partie de l’offre énergétique pour des décennies à venir», a-t-il déclaré au cours d’un point de presse à sa sortie de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres.

Ni le ministre Sohi ni la ministre McKenna n’ont pu identifier quels nouveaux gestes leur gouvernement poserait une fois que l’urgence climatique sera déclarée au Canada.

«Déclarer une urgence climatique, ça doit être plus que de simples mots», a réclamé le chef néo-démocrate Jagmeet Singh en Chambre.

Le vote sur la motion de la ministre McKenna est prévu jeudi.