L’ex-sénatrice Céline Hervieux-Payette a secoué les parlementaires, jeudi, lors des consultations sur le projet de loi sur la laïcité au Québec.

Une ex-sénatrice fait un lien entre le voile et l’excision

QUÉBEC — Le gouvernement Legault se dissocie des propos tenus par l’ex-sénatrice Céline Hervieux-Payette, qui établit un lien entre le voile, l’excision et le mariage forcé.

« Je les dénonce », a laissé tomber le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, lançant un appel au calme au Jour 3 des consultations particulières sur le projet de loi 21, où il a été beaucoup question du voile.

Mme Hervieux-Payette, qui a siégé pendant 21 ans à la Chambre haute, a choqué les parlementaires jeudi, lorsqu’elle a cité l’auteure d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali, qui prétend que le voile cache « l’excision et le mariage forcé à 14-15 ans ».

Elle en a rajouté à sa sortie de la commission parlementaire : « Quand on n’a plus besoin de notre femme, on la passe au feu et ça vient de finir.

«Les religions n’ont pas toujours juste des bons côtés et dans le cas présent, quand on a un symbole et on tient à le garder, c’est parce qu’il y autre chose derrière tout ça et j’aimerais qu’on en parle.»

L’ex-sénatrice a été rappelée à l’ordre par le président de la commission, André Bachand, alors qu’elle répondait à la députée libérale Hélène David que de petites Québécoises se faisaient mutiler dans d’autres pays.

«Ici, c’est illégal, les médecins n’ont pas le droit de le faire, mais ça se fait aussi par des voisines», a-t-elle renchéri, en associant le voile à des pratiques violentes.

Choquée, Mme David l’a accusée d’expliquer les choses «de façon assez ostracisante pour les femmes qui portent le voile pour de multiples raisons».

«Venant d’une femme aussi influente, qui a consacré sa vie à la société québécoise, ça m’inquiète beaucoup», a ajouté Hélène David.

Houda-Pepin met en garde la CAQ

Autre passage remarqué, celui de la chroniqueuse et ex-députée libérale Fatima Houda-Pepin. Bien qu’elle soit elle aussi en faveur du projet de loi 21, elle y est allée de plusieurs mises en garde.

Elle avise notamment le gouvernement Legault de faire plus de pédagogie, afin d’expliquer aux Québécois que la laïcité n’est pas discriminatoire.

Il devrait aussi accompagner son projet de loi d’une politique interculturaliste, croit-elle.

Mme Houda-Pepin demande également à ce que le projet de loi soit vidé de toute référence à la «nation québécoise», puisque la laïcité n’a rien à voir avec l’identité.

De toute façon, selon elle, les jeunes d’aujourd’hui ont de multiples identités.

Enfin, la chroniqueuse croit que le gouvernement devrait se donner la peine de définir ce qu’est un signe religieux. Par exemple, le voile n’en est pas nécessairement un, a-t-elle nuancé.

plaidoyer de Manon Massé

Par ailleurs jeudi, la coporte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a livré un vibrant plaidoyer pour le respect des droits des minorités. Elle a dressé un parallèle entre l’homophobie et les préjugés à l’égard des enseignants qui portent un signe religieux.

Mme Massé a raconté que lorsqu’elle était employée d’un camp de vacances, dans les années 1980, un directeur lui a interdit de parler de son orientation sexuelle, de peur que les parents ne retirent leurs enfants du camp.

«À l’époque, une large partie de la population était convaincue que nous, les gais et lesbiennes, on ne pouvait pas enseigner ou s’occuper des enfants, parce qu’on allait les contaminer avec nos différences», a-t-elle affirmé lors de la période des questions à l’Assemblée nationale.

«Une chance que les politiciens de l’époque et ceux qui ont suivi n’ont pas appuyé leur seul jugement sur les qu’en-dira-t-on, parce qu’aujourd’hui, il manquerait bien des profs !» a-t-elle lancé.

Les droits des homosexuels ont été inscrits dans la Charte québécoise des droits et libertés en 1977.

Pareillement, on ne s’appuie que sur les perceptions des gens lorsque l’on veut interdire le port de signes religieux aux enseignants, comme le prévoit le projet de loi 21, suggère Manon Massé.

Aucune étude ne prouve qu’il y a du prosélytisme dans les écoles, selon elle.

«Que les gens aient des perceptions, qu’ils aient peur que leurs enfants soient influencés, c’est possible, on ne peut pas empêcher le monde de penser ce qu’ils pensent, mais le premier ministre doit voir plus loin que ça et doit se fonder sur des faits, pas sur des perceptions», a-t-elle insisté.

Plus tard, François Legault a dit trouver la comparaison boiteuse. Lors d’une mêlée de presse en anglais, il a affirmé ne pas comprendre où voulait en venir la chef parlementaire de Québec solidaire.

«Je lui ai fourni trois exemples : l’Allemagne, la France et la Belgique, où l’on interdit aux personnes en autorité de porter un signe religieux, a-t-il dit. Nous ne serons pas le seul endroit au monde à interdire cela.

«Vous ne pouvez pas comparer ça à l’homosexualité, a-t-il ajouté. Je pense que le Québec est vraiment ouvert dans ce domaine et je ne comprends pas pourquoi elle essaie de faire cette comparaison.»

Le projet de loi 21, déposé le 28 mars dernier, vise à ériger la laïcité au rang de valeur fondamentale du Québec et à interdire le port des signes religieux à plusieurs catégories d’employés de l’État en position d’autorité, dont les enseignants.

Il inclut une clause de droits acquis pour les employés actuels et une clause dérogatoire pour le soustraire à d’éventuelles contestations judiciaires.