Le Dr Lionel Carmant (à gauche), qui milite pour la CAQ depuis sa création, s’est présenté aux côtés de François Legault à l’ouverture du caucus présessionnel lundi, à Sainte-Adèle, dans les Laurentides.

Un neurologue avec la CAQ pour aider les enfants

SAINTE-ADÈLE — Persuadé que «tout se joue avant 6 ans», le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, s’allie à un neurologue pour proposer une stratégie de dépistage précoce des difficultés d’apprentissage des enfants.

Le Dr Lionel Carmant a volé la vedette au premier jour du caucus de la CAQ dans les Laurentides lundi. Celui qui dit être «en réflexion» sur son avenir politique pourrait se lancer comme candidat et même espérer occuper le poste de ministre de la Santé, si la CAQ, qui est en avance dans les sondages, remporte l’élection le 1er octobre prochain.

M. Carmant est «un ami» de M. Legault depuis que leurs enfants ont fréquenté la garderie. Il était présent lors de la naissance de la CAQ, en 2011. 

En conférence de presse d’ouverture, M. Legault a martelé que «le Québec peut faire mieux» en matière de diplomation, ayant pris du retard sur l’Ontario ou les États-Unis depuis 15 ans. 

Mais pour que les jeunes du secondaire réussissent, la «clé», c’est de les aider lorsqu’ils sont tout petits. Le chef de la CAQ trouve «inacceptable» que «des milliers de bébés au Québec n’ont pas accès à un médecin de famille» et que des parents doivent attendre 18 mois avant d’avoir un diagnostic ou payer 1500$ pour obtenir ce diagnostic au privé. Le tout avant de patienter encore sur des listes d’attente pour avoir des services d’orthophonie, par exemple. 

M. Legault déplore que le gouvernement ne soit pas capable de chiffrer le nombre d’enfants qui sont en attente de services pour contrer leurs difficultés d’apprentissage. «C’est hors contrôle.»

Avec l’aide des députés François Paradis (santé), Jean-François Roberge (éducation) et Geneviève Guilbault (famille), M. Carmant devra élaborer une stratégie d’intervention précoce détaillée et chiffrée avant la prochaine campagne électorale. 

Dans sa plate-forme électorale de 2014, la CAQ suggérait déjà d’«ajouter des ressources spécialisées» dans les CPE pour détecter les difficultés des enfants. Le plan sera cette fois-ci plus ambitieux, question faire des gains auprès des familles. 

«Selon moi, ce serait peut-être la plus grande avancée dans l’accès aux soins au Québec depuis la RAMQ (Régie de l’assurance-maladie du Québec)», évoque M. Carmant. 

«Déçu» de Barrette

Dans une lettre d’opinion publiée en 2012, M. Carmant considérait le Dr Gaétan Barrette, alors candidat pour la CAQ, comme «un visionnaire efficace». Il se dit aujourd’hui «déçu» du travail accompli. 

«Dr Barrette n’a pas réussi à faire le travail que je m’attendais qu’il fasse», lance-t-il. M. Carmant croit que de grandes lacunes persistent dans l’accessibilité et la qualité des soins au Québec. Selon lui, «on a tout ce qu’il faut pour le faire», dans le réseau public. 

S’il devenait ministre de la Santé, M. Carmant ne chercherait pas à défaire toute la réforme Barrette, mais il partirait de cette base pour construire. 

Vantant les qualités humanistes de M. Carmant lundi, M. Legault a soutenu qu’il était «trop tôt» pour évaluer s’il pourrait devenir ministre. 

L’entourage de M. Legault croit qu’il pourrait facilement se présenter dans une circonscription de la rive sud de Montréal et M. Carmant dit vouloir prendre sa décision finale d’ici le printemps.

Les 21 élus de la CAQ sont réunis en caucus à Sainte-Adèle jusqu’à mardi pour préparer la prochaine session parlementaire, qui débutera le 6 février. M. Legault dit avoir choisi cette région, car il a de grands espoirs d’y faire des gains.

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LA CAQ MULTIETHNIQUE

D’origine haïtienne, Lionel Carmant est arrivé au Québec avec ses parents à l’âge de 4 ans. Il dit être à l’aise avec les positions identitaires de la CAQ, qui souhaite que le Québec accueille moins d’immigrants et les intègre mieux. 

«L’immigration, ça se prépare», soutient M. Carmant, qui croit être «le résultat d’une immigration réussie». Ses parents ont obtenu l’emploi qui leur avait été promis et des conditions de vie satisfaisantes au pays. 

«Quand c’est fait n’importe comment [l’immigration], c’est beaucoup plus difficile et on crée des ghettos, des gens insatisfaits. Et les générations qui suivent vont aussi être insatisfaites», a-t-il soutenu. 

L’été dernier, devant le flux de demandeurs d’asile haïtiens qui arrivaient au Québec, François Legault avait soutenu que la frontière était devenue «une passoire». Une déclaration avec laquelle M. Carmant semble à l’aise. «Je pense que la plainte de François était plutôt de l’illusion qu’on leur donnait, qu’ils allaient être acceptés au Canada», a-t-il exprimé. Comme plusieurs Haïtiens savent aujourd’hui qu’ils ne pourront rester au pays, M. Carmant évalue que le temps a «un peu donné raison» à M. Legault dans ce dossier. 

Même s’il ne fait pas encore le saut comme candidat, M. Carmant «espère» que son implication auprès de la CAQ aidera le parti à faire des gains auprès des différentes communautés culturelles du Québec. 

Répondant à une question en anglais, M. Legault a soutenu qu’il allait présenter aux Québécois une équipe multiethnique aux prochaines élections. Il a déjà recruté des candidats des communautés culturelles italienne et roumaine et il promet que d’autres suivront.

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QU'EST-CE QUE LE CIRENE?

Directeur médical du CIRENE de l’hôpital Sainte-Justine à Montréal, Lionel Carmant souhaite «influencer au niveau politique» pour que ses méthodes de prise en charge rapide soient étendues à tous les enfants du Québec. Selon lui, agir très tôt sur le cerveau des enfants, dès l’âge de 18 mois par exemple, permet de changer leur «trajectoire». 

Le Centre intégré du réseau en neuro-développement de l’enfant (CIRENE) traite de façon précoce les enfants atteints d’autisme, de troubles de langage, de motricité, de déficit d’attention, etc. Environ 17% des enfants au Québec présentent des troubles neurologiques qui affectent leurs apprentissages.