Gaëtan Baillargeon a refusé de prêter serment à la reine.

Un élu de Hearst refuse de prêter serment à la reine: il perd son poste

HEARST – Gaëtan Baillargeon était sur le point de devenir le seul conseiller d’origine autochtone du conseil municipal de Hearst. Mais après avoir refusé de prêter serment à la reine, un symbole d’oppression des autochtones, selon lui, il a perdu son poste.

Le moment était solennel: le lundi 3 décembre en soirée, les élus de la dernière élection municipale se sont présentés dans la salle du conseil afin que la greffière procède à leur assermentation. Gaëtan Baillargeon s’est avancé tranquillement au lutrin. «J’aimerais demander au greffier de changer les mots du paragraphe 4, car ils sont en conflit avec ma vision des Premières nations du Canada et la reine», a-t-il laissé tomber.

«Puisqu’il n’existe aucune loi permettant de faire exception à un membre élu, comme greffière, je suis dans l’obligation de refuser votre déclaration modifiée. Si vous maintenez votre position de refuser de prêter allégeance à la reine, tel que prescrit par la province, cela signifie que vous renoncer à votre siège», a fait savoir la greffière de la Ville, ce à quoi le principal intéressé a acquiescé, résigné.

En entrevue avec #ONfr, le Franco-Ontarien d’origine autochtone explique sa décision. «Pour moi, la monarchie a été contre le peuple autochtone. Des traités ont été signés puis non respectés. Pire, ils ont eu un rôle à jouer dans les écoles résidentielles où m’a mère a été placée et a subi des mauvais traitements. Jamais je n’aurais prêté allégeance à une reine qui a été contre mon peuple», explique-t-il.

Celui qui a grandi sur la réserve autochtone de Constance Lake serait devenu, lundi soir, le premier élu autochtone du conseil municipal de Hearst, dit-il. Il aurait pu être une voix précieuse pour représenter l’ensemble des citoyens de la communauté, croit-il.

Avant la réunion du conseil municipal, il a discuté avec la greffière. «Je crois qu’il aurait été possible de m’accommoder. Mais il semble qu’au niveau municipal, la loi impose toujours ce serment à la reine en public, alors qu’aux autres niveaux gouvernementaux, il est possible de le faire en privé, par exemple. Là, on m’a dit qu’on ne pouvait rien modifier», confie-t-il avec déception.

«Les gens ont voté pour moi. Mais si c’est pour aller contre mes valeurs, lever ma main et ne rien dire, je ne veux pas être politicien. Quand on croit en certaines choses, on ne reste pas la bouche fermée», dit-il.

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