À Singapour, le premier ministre Justin Trudeau a cherché à présenter le Canada comme une oasis de stabilité sociale, politique et économique dans le monde.

Trudeau veut développer le commerce avec l'Asie

SINGAPOUR — Le premier ministre Justin Trudeau a milité mardi en faveur de liens commerciaux plus étroits entre le Canada et l’Asie.

S’adressant à des investisseurs canadiens déjà présents dans la région et à des entreprises asiatiques qui lorgnent du côté du Canada, M. Trudeau a cherché à présenter le Canada comme une oasis de stabilité sociale, politique et économique dans le monde.

Il a notamment fait valoir la facilité avec laquelle les spécialistes technologiques les plus talentueux peuvent obtenir un visa, comparativement aux États-Unis.

Il s’agissait du premier événement auquel participait le premier ministre depuis son arrivée à Singapour. Les libéraux espèrent profiter de cette visite pour développer des échanges commerciaux plus libres avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE).

De nombreux membres de l’ANASE ont des classes de consommateurs en expansion et des taux de croissance démographique élevés par rapport au reste du monde.

Ensemble, les membres de l’ANASE - les Philippines, l’Indonésie, Brunei, Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, le Vietnam, le Laos, le Cambodge et la Birmanie - comptent près de 650 millions d’habitants, une économie combinée de 2,8 billions $ US et constituent déjà le sixième plus important partenaire commercial du Canada.

«Nous discuterons de notre potentiel avec l’ANASE et continuerons à chercher à obtenir davantage d’occasions commerciales», a déclaré M. Trudeau lors de la table ronde.

«Cependant, comme vous le savez bien, un accord commercial n’est pas automatiquement tout ce que vous avez à faire pour améliorer vos relations commerciales. En réalité, le vrai travail commence après la signature des documents et consiste à établir des relations, les liens, la construction de l’installation et l’évolution des mentalités: amener les entreprises canadiennes à prendre conscience des possibilités de partenariat et d’investissement que nous avons dans le monde.»

Ouverture et repli

Des recherches sur les petites et moyennes entreprises montrent que de nombreuses entreprises canadiennes se développent en Asie et s’implantent dans la région avant les grandes entreprises, a déclaré Lorna Wright, la directrice générale du Center for Global Enterprise de la Schulich School of Business de l’Université York.

Le problème est que les entreprises et les politiciens qui parlent d’être un partenaire dans la région se sont repliés vers le partenaire qu’ils connaissent le mieux - les États-Unis, a dit Mme Wright. Cela pose un problème pour le commerce avec l’Asie de l’Est, une région avec une culture d’entreprise basée sur les relations, a-t-elle déclaré.

«Avec le Canada qui souffle chaud et froid - cette année, nous sommes là-bas, l’année prochaine, notre économie faiblit (nous allons donc en Asie), l’économie se redresse aux États-Unis et nous repartons - ça ne fonctionne pas», a prévenu Mme Wright.

Cela laisse les libéraux à la croisée des chemins: poursuivre les négociations en vue d’un accord de libre-échange collectif avec l’ANASE, qui pourrait générer de grands avantages, mais qui prendrait des années de travail laborieux, ou convaincre les pays de l’ANASE qui ne l’ont pas encore fait de signer un accord commercial récemment ratifié sur le littoral du Pacifique, appelé Accord global et progressif de Partenariat transpacifique (CPTPP).

En bonne position

L’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, a déclaré qu’une convergence d’événements - accords commerciaux conclus entre le Canada et les pays d’Europe et des pays du Pacifique, et un accord de principe avec le Mexique et les États-Unis, tandis que le président Donald Trump lève les barrières commerciales avec d’autres pays - permet à M. Trudeau de choisir une voie ou l’autre.

«Cela place le premier ministre dans une position bien meilleure en ce sens qu’il est uniquement à l’offensive. Il est là pour dire que nous voulons faire partie de [cela], a dit M. Charest, le président honoraire du Canada-ASEAN Business Council. Ce sera présenté dans le contexte de ce monde plus vaste pour dire : “Avec tout ce qui se passe sur le front commercial, tout cela a un sens pour vous et pour nous.”»

Une étude préliminaire d’un accord commercial entre le Canada et l’ANASE a été réalisée. La conclusion d’un accord final pourrait prendre jusqu’à huit ans, selon M. Charest.

L’ANASE a de nouveau invité M. Trudeau à son sommet de l’Asie de l’Est, l’un des rassemblements les plus importants de la région. M. Trudeau est là pour la deuxième année consécutive, après être devenu l’an dernier le premier premier ministre canadien à assister à la réunion.

Le sommet de l’ANASE offre également à M. Trudeau un siège à un rassemblement régional de sécurité réunissant 18 pays, dont les États-Unis, la Chine et la Russie.

Un siège à la table de la sécurité, que les libéraux espèrent occuper en permanence, donne au Canada une voix dans les décisions concernant les tensions et les problèmes en Asie du Sud-Est qui pourraient éventuellement atteindre les côtes canadiennes, comme les pandémies.

La table de sécurité parle régulièrement de tensions avec la Corée du Nord, dont le dictateur, Kim Jong-un, a ouvert le dialogue avec le président américain Donald Trump.