De passage à Halifax jeudi, le premier ministre a exprimé ses regrets d’avoir remercié avec sarcasme une femme autochtone qui s'est faite expulser par la sécurité lors d'une activité de financement.

Trudeau s’excuse d’avoir manqué de respect envers une manifestante autochtone

HALIFAX — Justin Trudeau s’est excusé, jeudi matin, d’avoir manqué de respect envers une manifestante autochtone qui l’avait interpellé, la veille, lors d’une activité de financement organisée par les libéraux à Toronto.

De passage à Halifax jeudi, le premier ministre a exprimé ses regrets d’avoir remercié avec sarcasme la femme, qui se faisait expulser par la sécurité, pour le don au parti que son groupe avait dû verser afin d’avoir accès à l’événement-bénéfice.

M. Trudeau s’est dit désolé d’avoir réagi ainsi face à la manifestante, qui avait déployé une banderole au bas de la scène afin d’attirer l’attention sur l’intoxication au mercure dans sa communauté de Grassy Narrows, dans le nord de l’Ontario.

«Merci pour votre don!», a lancé avec sarcasme M. Trudeau à la femme qui était escortée vers la sortie par la sécurité. «J’apprécie vraiment votre don au Parti libéral du Canada.»

Plusieurs personnes dans l’auditoire, qui avaient versé 1500 $ pour assister à l’événement militant, ont chaudement applaudi la réaction du premier ministre; la scène a été captée par des caméras de téléphone et diffusée sur les médias sociaux.

M. Trudeau a montré plus de contrition le lendemain matin, lorsqu’on lui a posé des questions à Halifax. «Quand les gens expriment un désaccord ou se manifestent devant moi, j’essaie toujours d’être respectueux. Je comprends que c’est une partie importante de notre démocratie, a-t-il dit. Hier soir, j’ai échoué. Je n’ai pas été respectueux envers ces gens-là et je m’en excuse.»

Les sommes déboursées par les manifestants pour avoir accès à l’événement leur seront remises, a ajouté le premier ministre.

«C’est un enjeu évidemment qui est préoccupant: je connais l’histoire de Grassy Narrows. Mais je sais en particulier, eux, ça impliquait leur enfant. Et pour ça, je suis vraiment désolé, a-t-il répété. Ils voulaient exprimer leurs préoccupations à propos d’un problème et je le prends au sérieux et je m’en excuse.»

Empoisonnement au mercure

Les populations autochtones de Grassy Narrows, à environ 90 kilomètres au nord de Kenora, en Ontario, dénoncent depuis des décennies la contamination au mercure provenant de déchets chimiques dans la région.

Ce métal lourd a été déversé dans le réseau hydrographique des rivières English et Wabigoon au cours des années 1960 et 1970, et ces déversements ont empoisonné les poissons et les habitants qui dépendent de la rivière Wabigoon comme source d’eau potable et de nourriture.

La communauté espère qu’une usine de traitement du mercure de classe mondiale sera construite afin de freiner l’empoisonnement, qui provoque des dommages souvent irréparables aux humains, notamment des troubles de la vision, une faiblesse musculaire, des problèmes d’élocution, des troubles d’élocution ou cognitifs, et des douleurs ou des engourdissements aux extrémités et à la bouche.

Les autorités de Grassy Narrows avaient rencontré l’ancienne ministre des Services aux Autochtones Jane Philpott, en décembre dernier, pour discuter des progrès réalisés dans le dossier de l’usine, peu après avoir remis au gouvernement une étude de faisabilité du projet. Mme Philpott avait alors déclaré que le gouvernement fédéral travaillait activement à sa construction.

M. Trudeau s’est engagé jeudi à faire un suivi avec Seamus O’Regan, qui a remplacé Mme Philpott en janvier au portefeuille des Services aux Autochtones. «Il y a un élément de responsabilité provinciale, il y a un élément de responsabilité fédérale aussi. On est en train de travailler avec la communauté», a-t-il soutenu.