Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, tente de se faire élire dans la circonscription britanno-colombienne de Burnaby-Sud.

Trudeau fait de «petits jeux politiques», accuse le NPD

OTTAWA — Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh veut obtenir un siège aux Communes et la visibilité qui vient avec, mais il devra prendre son mal en patience.

Au premier ministre Justin Trudeau, qui s’est gardé de déclencher des élections partielles dans trois circonscriptions, dont celle qu’il convoite en Colombie-Britannique, le dirigeant du Nouveau Parti démocratique (NPD) a reproché de s’adonner à de «petits jeux politiques».

Il n’a pas voulu en faire une affaire personnelle. «Moi, j’y vois une attaque contre les personnes qui ont le droit d’avoir une représentation. Je vois une attaque contre l’idée d’avoir une représentation en général», a-t-il argué en conférence de presse.

Son député Nathan Cullen, lui, ne s’en est pas privé : «Tout le monde sait (...) que c’est pour priver M. Singh de l’opportunité de siéger à la Chambre des communes, de confronter M. Trudeau sur ses fausses politiques progressistes».

Le premier ministre s’est défendu en faisant valoir que la circonscription ontarienne de Leeds—Grenville—Thousand Islands et Rideau Lakes, où il a déclenché l’élection partielle, n’a pas de député depuis plusieurs mois, alors que les trois autres n’en ont pas depuis quelques semaines.

Sièges abandonnés

Et lorsqu’il a été interpellé par les néo-démocrates en Chambre, il a contre-attaqué.

«Des questions pourraient être soulevées sur le fait que les électeurs ont élu des gens pour (un mandat de quatre ans) et qu’ils n’ont pas eu pendant (l’entièreté du mandat) les gens qu’ils ont élus et envoyés en cette Chambre», a riposté Justin Trudeau.

«Il est amusant que le NPD fasse la morale là-dessus», s’est-il moqué.

Deux des trois sièges actuellement vides étaient néo-démocrates : Burnaby-Sud n’a plus de représentant en raison du départ de Kennedy Stewart, récemment élu maire de Vancouver, et le siège d’Outremont est vacant depuis le départ de l’ex-chef Thomas Mulcair.

L’autre siège, celui de York-Simcoe, en Ontario, était détenu par le Parti conservateur. Le député qui l’occupait, Peter Van Loan, a annoncé en qu’il se retirait de la vie politique en août dernier.

Les électeurs de Leeds—Grenville—Thousand Islands et Rideau Lakes, eux, se rendront aux urnes le 3 décembre prochain pour remplacer l’ancien député conservateur Gord Brown, soudainement mort en mai après avoir été terrassé par une crise cardiaque.

En vertu de la Loi électorale du Canada, le gouvernement doit déclencher une élection partielle au plus six mois après qu’un siège eut été déclaré vacant. Il a jusqu’au 18 mars, au plus tard, pour déclencher une élection dans Burnaby-Sud.

Le NPD est mécontent de la façon dont Justin Trudeau a choisi de procéder. Selon ce qu’a dit en Chambre le député Guy Caron, c’est la deuxième fois en 20 ans qu’un premier ministre déclenche une élection partielle en laissant d’autres circonscriptions vacantes.

«Bonne nouvelle»

Le malheur néo-démocrate fait cependant le bonheur populaire. «C’est une bonne nouvelle pour nous, parce que ça nous permet de bien nous organiser», s’est réjoui en mêlée de presse Maxime Bernier, fondateur du Parti populaire du Canada.

La formation ne présentera pas de candidat le 3 décembre, n’étant pas encore approuvée par Élections Canada, mais dès le 11 décembre, des candidats populaires seront sur les rangs «dans toutes les élections partielles» qui pourraient être déclenchées, a-t-il prévenu.

Une autre?

Il faudra voir si un autre siège, celui du libéral Nicola Di Iorio, se libérera prochainement.

Le whip de la formation, Mark Holland, avait signalé mercredi dernier que l’élu de Saint-Léonard - Saint-Michel clarifierait ses intentions en «s’expliqu(ant) dans un communiqué de presse» au cours des «prochains jours».

Joint par La Presse canadienne jeudi dernier, le député Di Iorio avait refusé de dévoiler son jeu. Ce dernier, rappelons-le, a annoncé son départ en avril dernier avant de changer d’idée à la fin septembre. Le 28 septembre dernier, il a dit vouloir s’accorder un mois de réflexion.

L’élu s’est joint au cabinet BCF Avocats d’affaires en août dernier. Au téléphone, la semaine passée, il a assuré avoir mené de front son travail d’avocat et celui de député. Il n’a cependant pas été aperçu au parlement depuis la rentrée, à la mi-septembre.

La Presse canadienne a tenté d’obtenir une mise à jour auprès du bureau du whip Holland, lundi, mais en vain.

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HARCÈLEMENT SEXUEL: SINGH DÉFEND SON CHEF DE CABINET

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a défendu lundi l’embauche de son nouveau chef de cabinet qui aurait ignoré des plaintes de harcèlement sexuel lorsqu’il travaillait au Manitoba en 2010.

Un processus pour gérer ce type de plaintes n’existait pas à ce moment-là. Michael Balagus a assumé la responsabilité de cet échec, a fait valoir M. Singh. Il a également souligné que M. Balagus avait corrigé le tir comme chef de cabinet de la leader néo-démocrate ontarienne Andrea Horwath, en s’occupant de formations contre le harcèlement pour les députés et employés de Queen’s Park.

M. Balagus, stratège bien connu dans les cercles néo-démocrates, est entré au service de M. Singh jeudi dernier de façon intérimaire, sept mois après l’expulsion du député Erin Weir, car le chef néo-démocrate voulait un environnement de travail sécuritaire pour les femmes. M. Singh a aussi répété plusieurs fois dans les derniers mois qu’il fallait «toujours croire les survivantes» d’agression ou de harcèlement sexuels.

Questionné à savoir si l’embauche de M. Balagus permettrait de créer un environnement de travail sécuritaire pour les employés du Nouveau Parti démocratique (NPD) à Ottawa, M. Singh a répondu qu’il avait démontré qu’il prenait «les plaintes au sérieux» par les décisions qu’il a prises au cours des derniers mois.

Michael Balagus a été «prêté» par le NPD ontarien pour un maximum de deux mois, le temps que M. Singh trouve un chef de cabinet permanent. L’ex-chef de cabinet de M. Singh, Willy Blomme, a démissionné au début du mois «pour des raisons personnelles».