Pablo Rodriguez prend à sa charge le ministère du Patrimoine.

Trudeau fait beaucoup de place aux dossiers ontariens

Justin Trudeau a remanié son conseil des ministres mercredi matin; un exercice qui expose les inquiétudes du gouvernement fédéral face à un voisin de plus en plus difficile et des provinces où il a perdu des alliés.

Le premier ministre a également profité de l’exercice pour rétrograder Mélanie Joly. Elle ne s’occupe plus que de tourisme, langues officielles et francophonie alors qu’un autre élu montréalais, Pablo Rodriguez, prend à sa charge le ministère du Patrimoine.

Signe que les rapports avec les provinces sont dorénavant plus compliqués - le nouveau premier ministre ontarien Doug Ford est déjà en conflit ouvert avec Ottawa -, M. Trudeau a créé un nouveau portefeuille qu’il confie à Dominic LeBlanc: Affaires intergouvernementales et Commerce intérieur.

Philippe Couillard, au Nouveau-Brunswick pour la réunion des premiers ministres provinciaux, a trouvé «très utile» cette nomination.

À son arrivée au pouvoir en 2015, M. Trudeau avait choisi de se garder la responsabilité des affaires intergouvernementales.

«Je voulais avoir quelqu’un qui puisse se dédier aux relations avec les provinces», a dit M. Trudeau de son ministre LeBlanc. «La donne est en train de changer à travers le pays avec différentes élections provinciales», a-t-il ensuite admis.

«Je suis une personne comme point de départ qui veut collaborer, qui veut être doux, qui veut être gentil, a annoncé M. LeBlanc à son point de presse. Nous avons cependant un agenda. Nous avons fait des engagements envers les Canadiens lors de l’élection il y a trois ans. Et nous avons l’intention de garder nos engagements.»

Un des points de discorde entre le nouveau gouvernement ontarien et Ottawa est l’imposition d’un prix sur le carbone pour lutter contre les changements climatiques.

Le défi ontarien

Ils sont maintenant 15 ministres ontariens, trois de plus qu’avant le remaniement.

Le premier ministre a même créé deux nouveaux ministères pour trouver des bureaux à deux des trois Ontariens qui prennent du galon.

Ainsi, Filomena Tassi devient ministre des Aînés. Mary Ng récupère le ministère de la Petite Entreprise dont s’occupait la leader parlementaire Bardish Chagger. Et puis, Bill Blair devient ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé. C’est donc lui qui se chargera de la gestion des entrées irrégulières de migrants en provenance des États-Unis.

«J’ai pleinement confiance que nous pourrons bien travailler ensemble (avec le Québec)», a dit l’élu unilingue anglophone.

Québec a reproché à Ottawa sa gestion de ce qu’on a appelé la crise des migrants. Mais depuis l’élection de Doug Ford, c’est l’Ontario qui parle le plus fort dans ce dossier, dénonçant le fait que de nombreuses personnes qui traversent au chemin Roxham vont ensuite s’établir en Ontario.

Les conservateurs fédéraux qui réclament à hauts cris qu’on empêche les migrants d’entrer de cette manière ne sont pas prêts à applaudir l’arrivée de Bill Blair dans ce dossier.

La députée conservatrice Lisa Raitt cite des conflits passés entre Doug Ford et M. Blair alors qu’il était chef de police à Toronto.

M. Blair a mené une enquête sur Rob Ford, le maire aujourd’hui décédé. Doug Ford, alors conseiller municipal, n’avait pas aimé que la consommation de drogues dures par son frère fasse l’objet d’une enquête policière.

«Cette nomination paraît peut-être bien sur papier, mais elle rencontrera de nombreuses difficultés surtout lorsque viendra le temps de discuter avec Toronto et l’Ontario», a déclaré Lisa Raitt dans une conférence de presse où elle a relevé plusieurs défauts à ce remaniement ministériel.

Les néo-démocrates ne sont guère plus tendres. «Ce n’est pas parce qu’on crée un ministère de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé qu’on règle magiquement les problèmes des demandeurs d’asile et du cannabis avec nos voisins américains. Ces enjeux sont problématiques depuis longtemps et les libéraux ont toute la misère du monde à les régler», a laissé tomber le député néo-démocrate Guy Caron dans un courriel.

Le défi américain

La détérioration des relations commerciales avec le voisin américain pousse le premier ministre à rebaptiser un ministère qui devient celui de la Diversification du commerce international, et il y nomme Jim Carr, ancien ministre des Ressources naturelles.

«Les Canadiens comprennent très bien (...) notre dépendance sur les États-Unis ces jours-ci en matière de commerce, ce serait une bonne idée de se diversifier un petit peu plus», a expliqué M. Trudeau.

«Il y a beaucoup à accomplir», a dit le ministre Carr après la cérémonie d’assermentation. Citant les marchés asiatique, européen et sud-américain, M. Carr a parlé d’un «potentiel virtuellement mondial».

François-Philippe Champagne, qui détenait le portefeuille du commerce international, devient ministre de l’Infrastructure et des Collectivités.

C’est lui qui a dû expliquer pourquoi son chef a fait tant de places aux Ontariens dans son cabinet remanié.

«Moi, ce que je peux vous dire, c’est que les Québécois et les Québécoises sont très bien servis au niveau des ministres, mais aussi du caucus», a offert M. Champagne.

Il n’a pas convaincu l’opposition conservatrice.

«En plus, (...) on a nommé des ministres qui sont unilingues anglophones dans un dossier qui est principalement au Québec; on parle de la crise des migrants. Ça démontre encore une fois à quel point le gouvernement n’a pas l’intention de communiquer avec les Québécois», a jugé le député conservateur Luc Berthold.

Le premier ministre, lui, a esquivé la question de l’unilinguisme de son nouveau ministre Blair lorsqu’une journaliste la lui a soumise. «On travaille très bien avec le gouvernement à Québec. Nous allons continuer de répondre à ces défis et de s’assurer que les gens au Québec et à travers le Canada comprennent que nous sommes en train d’appliquer à la lettre notre système d’immigration. Nous sommes en train de défendre l’intégrité de notre système», a-t-il simplement répondu.

Le défi dans l’ouest

C’est un député de Colombie-Britannique, Jonathan Wilkinson, qui devient ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne. Ils seront maintenant quatre plutôt que trois ministres pour épauler les efforts de douceur et de gentillesse de Dominic LeBlanc.

La relation avec le gouvernement néo-démocrate de la province est au plus mal depuis la décision d’Ottawa d’acheter le pipeline de Kinder Morgan afin d’assurer le développement du projet Trans Mountain dont la Colombie-Britannique ne veut pas.

Pendant ce temps, la première ministre albertaine qui, elle, tient au pipeline en question, applaudit l’arrivée d’un Albertain au ministère des Ressources naturelles.

«Nous sommes très satisfaits de voir un représentant de l’Alberta assis à la table du conseil des ministres pour représenter les intérêts de l’industrie de l’énergie. Nous pensons qu’ultimement, c’est une bonne chose», a dit Rachel Notley du ministre Amarjeet Sohi.

Par ailleurs, le premier ministre a ajouté le dossier de l’accessibilité aux responsabilités de la ministre des Services publics et Approvisionnement. Carla Qualtrough continuera aussi à chercher des solutions à la catastrophe Phénix, le système de paie des fonctionnaires.