L'ancien secrétaire principal du premier ministre, Gerald Butts, comparaîtra en comité mercredi.

Tous les yeux seront tournés vers Gerald Butts, mercredi

Il a toujours été l'éminence grise de Justin Trudeau, mais mercredi, Gerald Butts se retrouvera sur le devant de la scène, alors qu'il comparaîtra en comité afin d'offrir sa version des faits dans l'affaire SNC-Lavalin.

L'ancien secrétaire principal du premier ministre a demandé la semaine passée à obtenir un droit de réplique, après qu'il eut été écorché par l'ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, dans un témoignage-choc au comité permanent de la justice et des droits de la personne.

L'ex-procureure générale du Canada l'a identifié comme l'une des 11 personnes ayant exercé sur elle pendant quatre mois des pressions «inappropriées» et «soutenues» pour la convaincre d'aider la firme à éviter un procès pour fraude et corruption.

Le témoignage de l'ancien bras droit et ami proche de Justin Trudeau, qui a démissionné de son poste le 18 février en assurant cependant n'avoir rien à se reprocher, est donc fort attendu. Mais selon le politologue Thierry Giasson, cette apparition pourrait être une «erreur politique».

Car il semble avoir réclamé un carton d'invitation pour «tenter de discréditer» la version des faits de Jody Wilson-Raybould, a suggéré en entrevue téléphonique le professeur titulaire au Département de science politique de l'Université Laval.

Le premier ministre aurait dû convaincre Gerald Butts de ne pas s'y présenter, estime Thierry Giasson - d'après qui il est par ailleurs grand temps que Justin Trudeau «reconnaisse que des erreurs ont été commises» dans ce dossier et procède à «un ménage énorme» dans son bureau.

Chez les conservateurs, on cherchera notamment à connaître quel a été son «rôle» dans cette campagne alléguée de pression, mais aussi «pourquoi il a démissionné alors qu'il prétend n'avoir rien fait», a indiqué le député Luc Berthold en entrevue.

Dans la lettre de démission qu'il a rendue publique le 18 février dernier, Gerald Butts a assuré que «toutes les allégations selon lesquelles moi ou un membre de notre personnel aurait fait pression sur la procureure générale sont simplement fausses».

L'ex-ministre Wilson-Raybould l'a cependant pointé du doigt en comité, mercredi passé: selon son récit, Gerald Butts aurait dit à sa chef de cabinet en décembre dernier qu'il n'y avait «pas de solution ici (dans l'affaire SNC-Lavalin) qui n'implique pas une certaine ingérence».

Wernick de retour

Les élus du comité sont par ailleurs aussi impatients de revoir à la table le greffier du Conseil privé, Michael Wernick, qui a été convoqué en rappel après avoir livré un premier témoignage le 21 février dernier.

Les conservateurs, les néo-démocrates ainsi que la chef du Parti vert, Elizabeth May, ont réclamé la tête de ce haut fonctionnaire, le plus important au sein de l'appareil gouvernemental, estimant que son témoignage a été «démoli» par celui de Jody Wilson-Raybould, mercredi passé.

Le porte-parole du bureau du Conseil privé, Stéphane Shank, n'a pas souhaité commenter ces appels à la démission. «À l'heure actuelle, le greffier n'a aucun commentaire supplémentaire à offrir», a-t-il écrit dans un courriel, mardi.

Le greffier en avait étonné plus d'un lors de sa comparution initiale en comité en disant que la «montée en puissance des incitations à la violence» dans le discours politique lui faisaient craindre «que quelqu'un puisse se faire abattre au pays durant la campagne électorale».

Les partis d'opposition ont accusé Michael Wernick d'avoir offert un témoignage partisan. Son deuxième interrogatoire s'amorce à 14 h. Le comité entendra aussi la sous-ministre à la Justice, Nathalie Drouin, aussi de retour pour une seconde fois.