Des migrants sont interceptés par des agents de la GRC près du chemin Roxham, en Montérégie, en mai 2017.

Suspendre l'entente sur les tiers pays sûrs empirerait la situation, dit Ottawa

Suspendre l’Entente sur les «tiers pays sûrs», tel que le demande depuis près d’un an le Parti québécois (PQ), «serait une invitation à venir faire une demande d’asile au Canada», affirme Ottawa.

Le chef du PQ, Jean-François Lisée, a commenté mercredi matin les informations relayées par La Presse selon lesquelles Ottawa aurait tenté à 12 reprises de discuter avec les États-Unis pour modifier l’Entente sur les tiers pays sûrs. 

Selon La Presse, qui cite l’agence Reuters, le gouvernement fédéral évaluerait la possibilité de refouler les migrants à la frontière, de manière à ce qu’ils présentent leur demande d’asile aux États-Unis plutôt que celle-ci soit traitée par les autorités canadiennes. L’information a cependant été démentie par l’attaché de presse du ministre fédéral de l’Immigration. 

Jean-François Lisée se réjouit toutefois des actions menées par le gouvernement Trudeau afin de régler le problème de l’afflux de migrants à la frontière. «Le gouvernement canadien n’est pas aussi aveuglé qu’on le pensait jusqu’à présent. Ça, c’est une bonne nouvelle», a commenté le chef péquiste. 

Le ministre Hussein refusait jusqu’à aujourd’hui de dire si des pourparlers entre Ottawa et Washington avaient eu lieu quant à la possibilité de moderniser l’Entente sur les tiers pays sûrs. 

«Ce qui nous surprend, c’est qu’Ottawa semble demander la permission aux États-Unis de modifier l’entente», a réagi mercredi matin le chef du PQ, Jean-François Lisée. 

Le PQ réclame l’application d’une disposition de l’Entente, qui prévoit qu’un pays signataire — dans ce cas-ci le Canada — pourrait suspendre l’application de l’accord pour une période renouvelable de trois mois. 

«On appelle Justin Trudeau à appliquer une disposition de l’entente qui existe. Ça suffit de demander gentiment. Qu’il applique l’entente», a pointé le chef péquiste. 

Pourparlers «exploratoires»

Or, le même article indique aussi que toute modification de l’accord doit être acceptée et approuvée à la fois par le Canada et les États-Unis. 

C’est la voie que semble privilégier Ottawa, a confirmé au Soleil l’attaché de presse du ministre fédéral de l’Immigration, Mathieu Genest. «On ne travaille pas en cachette. On est ouvert à moderniser l’Entente», et cela nécessite la collaboration des États-Unis, a-t-il indiqué.

Ce dernier reconnaît que des pourparlers «exploratoires» sont en cours avec les États-Unis pour voir de quelle manière certaines dispositions de l’Entente pourraient être revues. La nature des échanges reste toutefois confidentielle. 

La suspension de l’accord, qui date de 2004, n’est pas la solution préconisée par le gouvernement fédéral, a-t-il avancé, contrairement à ce que demande le PQ depuis l’été dernier. 

Selon l’attaché du ministre Hussein, suspendre l’Entente créerait plus de problèmes que cela en réglerait. «Ce serait une invitation à venir faire une demande d’asile au Canada», a-t-il expliqué.

Le gouvernement fédéral partage des informations avec les autorités américaines au sujet de la provenance des demandeurs d’asile. Ainsi, considérant qu’une majorité des demandeurs arrivent du Nigeria, Ottawa juge que la suspension de l’Entente pourrait augmenter le phénomène du asylum shopping, ou «magasinage d’asile». 

À Québec, la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, pense qu’Ottawa doit poursuivre les discussions avec le gouvernement américain et trouver une solution. 

«Le fédéral doit avoir des discussions avec le gouvernement américain pour voir comment on peut faire en sorte que cette situation-là soit moins intenable», a indiqué la ministre.