« J’ai envie de me réapproprier ma vie personnelle puis ma vie familiale. C’est aussi simple que ça », a confié la ministre de la Justice et députée de Gatineau, Stéphanie Vallée.

Stéphanie Vallée quittera la vie politique

La ministre de la Justice et députée de Gatineau, Stéphanie Vallée, quittera la vie politique active à la fin de son mandat actuel.

Mme Vallée en a fait l’annonce mercredi à l’Assemblée nationale, confiant qu’elle aurait préféré annoncer son départ dans sa circonscription de Gatineau en compagnie de son équipe de terrain, mais qu’elle s’était sentie obligée de réagir rapidement à la suite de la diffusion de l’information par La Presse canadienne survenue un peu plus tôt en journée.

Stéphanie Vallée a expliqué avoir longuement muri cette décision, qui était déjà dans les cartons avant même la dernière élection, qu’elle estimait être sa dernière. La députée de Gatineau invoque des raisons personnelles et familiales pour expliquer son choix de ne pas se représenter en octobre.

« J’ai deux enfants, qui sont maintenant grands, 18 et 20 ans, mais qui ont passé la majorité de leur vie avec une mère en politique active, donc avec une mère qui est moins présente. J’ai envie de me réapproprier ma vie personnelle puis ma vie familiale. C’est aussi simple que ça, aussi simple que ça. Et donc je ne voyais pas comment je pourrais faire un autre mandat après celui-ci. C’est bien simple », a confié la ministre en conférence de presse.

Fin janvier, Mme Vallée avait pourtant affirmé au Droit qu’elle avait « toujours la passion » nécessaire à la quête d’un cinquième mandat de députée à l’Assemblée nationale. « J’aime toujours ça et je n’ai pas de raison de dire ‘ah non, aujourd’hui […], je ne suis plus capable et j’arrête là’, avait-elle mentionné le 24 janvier. […] Je me suis engagée pour un mandat qui se termine en octobre 2018, d’une part, et ce mandat-là, c’est clair qu’il est pour moi très important et je suis en mode travail. Et je n’ai pas de raison de dire que je n’ai pas envie d’être là aux prochaines [élections]. »

Sans plans précis pour l’instant, Mme Vallée a dit hier ne pas quitter la politique mais bien faire simplement « une pause de la politique active ». Elle a éclaté de rire lorsqu’on lui a demandé si elle envisageait une carrière dans les communications, notamment aux côtés de son conjoint, l’ex-député libéral Roch Cholette, qui est animateur de radio au 104,7 FM.

Un dernier mandat difficile
Constamment sur la sellette ces dernières années, la ministre de la Justice a dû composer avec la gestion des longs délais dans l’administration de la justice, à la suite de l’arrêt Jordan, et surtout l’adoption laborieuse du controversé projet de loi 62 sur la prestation et la réception de services publics à visage découvert.

Au sujet du projet de loi 62, Mme Vallée a dit être fière d’avoir livré cet engagement qui avait été porté par Philippe Couillard lors de la dernière campagne électorale. « Ce sont des débats de société qui amènent les gens à se polariser. [...] On a malheureusement peut-être abordé ce débat-là collectivement de la mauvaise façon parce qu’il y a eu une polarisation des positions. Moi, je suis persuadée qu’on aurait pu arriver, avec 62, avec une position commune parce qu’ultimement 62 répondait [...] à des besoins communs », a-t-elle affirmé.

Mme Vallée avait dû aussi, le printemps dernier, composer avec une fronde dans sa propre circonscription de l’Outaouais. Des libéraux mécontents de son travail de députée menaçaient de lui opposer un autre candidat à l’investiture libérale dans Gatineau aux prochaines élections, elle qui représente la circonscription depuis 2007.

« Vous savez, si on fait de la politique puis on se dit ‘moi, je vais faire de la politique, puis je n’aurai pas de vent dans la face’, on se trompe. Faire de la politique, c’est vivre avec la controverse. Faire de la politique, c’est parfois pousser des dossiers qui ne sont pas nécessairement toujours populaires », a ajouté la ministre hier.

Interrogé sur le départ imminent de Mme Vallée, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a réagi en parlant du fait que la pression exercée sur la vie familiale des élus était parfois très forte.

« On parle souvent des hommes et des femmes politiques de façon un peu négative, parfois même [de façon] un peu cynique, mais c’est un sacrifice de vie qui est énorme. Je pense que quand on voit des situations familiales, un jour il faut que la personne fasse ses choix. La survenue d’une élection permet de faire ces choix-là de façon planifiée et il faut respecter ça. Il faut respecter l’engagement des gens en politique, de quelque parti qu’ils soient, et respecter les défis que ça apporte, surtout pour les gens qui ont des familles et surtout pour les gens qui ont des enfants, des jeunes enfants et des adolescents également. C’est une vie qui n’est pas facile, surtout dans un contexte familial », a déclaré M. Couillard.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, qui était en visite à Gatineau, mercredi, a aussi commenté la nouvelle. Il a profité de l’occasion pour saluer les années d’engagement politique de Mme Vallée. « C’est dur le service public, ça a peut-être même été plus dur dans son cas. [...] Donc moi, je lui dis merci à Stéphanie pour ces années, [...] pour les sacrifices qui ont été faits, que ce soit pour sa vie amoureuse, sa vie familiale. C’est dur, la politique, donc je pense qu’on peut comprendre qu’elle a fait sa part et qu’elle préfère passer un petit peu plus de temps chez elle », a souligné le chef de la CAQ.

Ministres en réflexion
Selon les informations obtenues de plusieurs sources, au moins trois autres ministres sont en réflexion, hésitant entre le oui et le non devant la perspective de réclamer un mandat additionnel à leurs électeurs : Jean-Marc Fournier (Saint-Laurent), Laurent Lessard (Lotbinière-Frontenac) et Geoffrey Kelley (Jacques-Cartier). La ministre Lise Thériault a hésité elle aussi, ayant connu son lot de difficultés, d’abord à la Sécurité publique, puis à la Condition féminine, mais elle a décidé de plonger une fois de plus.

Dans les rangs libéraux, même si ce n’est pas encore officiel, on tient pour acquis que le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, député depuis 1985, ne portera pas les couleurs du PLQ dans Westmount-Saint-Louis lors de la prochaine campagne électorale, libérant ainsi cette forteresse libérale, éventuellement pour la ministre Hélène David. Députée d’Outremont depuis 2014, cette dernière doit se trouver une nouvelle piste d’atterrissage à Montréal, en raison du redécoupage de la carte électorale, qui résulte en une fusion de son fief avec celui du ministre Pierre Arcand, dans Mont-Royal.

Parmi les 69 députés qui forment le caucus libéral, cinq ont déjà annoncé qu’ils ne solliciteraient pas un autre mandat : Norbert Morin (Côte-du-Sud), Guy Hardy (Saint-François), Karine Vallières (Richmond), Pierre Reed (Orford) et André Drolet (Jean-Lesage). On tient pour acquis que Ghislain Bolduc (Mégantic) sera aussi du nombre.

Avec Le Droit