Le député Sol Mamakwa
Le député Sol Mamakwa

Sol Mamakwa, politicien par nécessité

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Initiative de journalisme local — Le Droit
TORONTO — Il n’a pas la langue dans sa poche. Quand il s’exprime en chambre, à Queen’s Park, sa passion pour le métier est évidente. Le Droit s’est entretenu avec Sol Mamakwa, le seul député provincial membre des Premières Nations en Ontario.

« Si vous m’aviez dit que je serais politicien aujourd’hui, je ne vous aurais jamais cru », lance le député néo-démocrate de Kiiwetinoong, un terme qui signifie « Nord » dans la langue Ojibwe.

La circonscription nordique de M. Mamakwa est constituée par des Autochtones à près de 70 %.

« C’est un honneur de représenter les Premières Nations. J’ai accédé au poste de député pas parce que je voulais le faire, mais bien par nécessité », indique-t-il aujourd’hui.

Les problèmes les plus récurrents dans sa circonscription sont similaires à ceux que vivent les résidents de communautés de Premières Nations un peu partout en Amérique du Nord : pas toujours accès à de l’eau potable, un accès restreint aux soins de santé et des aéroports en piètre état malgré qu’il s’agisse de communautés éloignées nécessitant des services de base uniquement disponibles par voies aériennes.

À Kiiwetinoong, 14 avis d’ébullition d’eau sont en vigueur, dont certains qui le sont depuis plus de 20 ans.

C’est notamment pour ces raisons, en ajoutant le taux de suicide au lot, que Sol Mamakwa s’est lancé en politique, il y a trois ans.


« Si vous m’aviez dit que je serais politicien aujourd’hui, je ne vous aurais jamais cru »
Sol Mamakwa

Mais il craint que même si ses collègues de l’Assemblée législative semblent bien l’entendre en chambre, ils ne l’écoutent pas. Il souligne d’ailleurs que le fait de ne pas être écouté à Queen’s Park est une métaphore qui représente bien le quotidien des communautés de Premières Nations depuis la nuit des temps.

« Je pense que même si individuellement, ils veulent améliorer nos conditions, le système n’est pas conçu pour cela. »

Mais le système n’est pas brisé, relativise-t-il. « Le système fonctionne exactement de la façon dont il a été conçu, et c’est pour cette raison que c’est aussi difficile de le démanteler et de l’améliorer. »

Depuis l’arrivée des colons européens et la création du Canada, tout a été bâti, intentionnellement ou pas, pour avantager les blancs et, en l’occurrence, pour désavantager les personnes de couleur, note-t-il.

« Lorsqu’ils font des annonces, ils répètent souvent que c’est “pour tous les Ontariens”. Mais ça ne reflète pas ce qu’il se passe dans ma communauté au Nord. Quand je suis à Queen’s Park, ils parlent des métros, du train léger, des aéroports. Nous avons 24 communautés accessibles uniquement par voie aérienne dans ma circonscription. Nos aéroports sont en gravier. Pensez-y », s’insurge-t-il.

Quand M. Mamakwa a invité le premier ministre Doug Ford à visiter sa circonscription, ce dernier, qui n’a jamais visité de communauté uniquement accessible par voie aérienne, a refusé par prétexte qu’il n’aime pas être à bord de petits avions, affirme le député.

« Quand ils nous disent qu’il fait bon vivre en Ontario, ou que le Canada est le meilleur pays au monde, ils pensent aux plaines, aux rivières, aux lacs, et se disent que c’est magnifique, qu’on est chanceux. Mais quand on atterrit, on voit les maisons, la pauvreté, les conditions négligeables, et les gens ne voient pas ça du haut du ciel. »

Selon M. Mamakwa, parmi les partis politiques, c’est le Nouveau Parti démocratique (NPD) de l’Ontario qui est le plus près de réaliser de réels changements au sein du système, et c’est pour cette raison qu’il a choisi l’orange pour représenter Kiiwetinoong. « Je pense que la seule façon qu’on pourra changer les choses, c’est si le NPD forme le gouvernement. Nous devons continuer de frapper sur le plafond de verre et le briser, pour réparer les dégâts du système colonial, du racisme systémique qui en découle, du gouvernement, de la bureaucratie. »