Le Québec fait face à une pénurie d'enseignants, alors que l'on prévoit 65 000 élèves de plus d'ici cinq ans.

Signes religieux: les directions ont raison de dire non aux parents, dit la CSQ

MONTRÉAL — La CSQ estime que les directions d'écoles sont justifiées de refuser la requête de parents qui souhaitent que leurs enfants aient un enseignant qui ne porte pas de signes religieux.

Au cours des derniers jours, des parents ont signé une lettre ouverte, réclamant que leurs enfants aient un enseignant qui ne porte pas de signes religieux. Ils invoquent ainsi le droit à un enseignement laïque.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a déjà refusé leur demande, tout comme le milieu scolaire, puisque la Loi sur la laïcité de l’État prévoit que les enseignants qui portaient déjà des signes religieux pourront garder leur emploi et leurs signes religieux.

Interrogée à ce sujet jeudi à Montréal, la présidente de la Centrale des syndicats du Québec, Sonia Éthier, qui représente la majorité des enseignants du primaire et du secondaire au Québec, a dit estimer que la question du port de signes religieux par les enseignants avait été suffisamment discutée lors des audiences de la commission parlementaire qui a étudié la Loi sur la laïcité de l’État.

Pour elle, le dossier est donc clos. «Il y a eu un projet de loi qui a été déposé. Il y a eu une commission parlementaire. Le gouvernement, à partir du 27 mars, a dit que les gens qui portaient des signes religieux au moment du dépôt du projet de loi avaient des droits acquis», a rappelé Mme Éthier.

«Dans une école, les enseignants et les enseignantes ont un devoir de réserve. Alors pour moi, la commission scolaire est justifiée, la direction d’école est justifiée de dire non aux parents. Parce que jusqu’où vont s’étendre les demandes de la part des parents? Je pense que la démocratie s’est exercée en commission parlementaire. On doit se conformer. Les enseignantes et enseignants se conformeront», a lancé la dirigeante syndicale.

Mme Éthier estime que les parents n’ont pas à craindre le prosélytisme religieux auprès de leurs enfants. «Je veux rassurer les parents. Les parents n’ont aucune inquiétude à y avoir, aucune inquiétude.»

La CSQ représente près de 200 000 membres, la plupart dans le milieu de l’éducation.

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RENTRÉE: L'HEURE N'EST PAS AUX CHAMBARDEMENTS DE STRUCTURES, DIT LA CSQ

Plutôt que de consacrer son énergie à abolir les commissions scolaires, cet automne, le gouvernement Legault devrait travailler à solutionner les problèmes vécus dans le milieu de l’éducation, comme la pénurie d’enseignants, les conditions de travail du personnel, le manque de soutien, de valorisation et d’autonomie professionnelle, estime la CSQ.

La Centrale des syndicats du Québec, qui représente 200 000 membres, dont des enseignants, des professionnels de l’éducation et du personnel de soutien, a rencontré la presse à l’occasion de la rentrée scolaire, jeudi à Montréal, pour faire le point sur le contexte dans lequel elle se déroule.

Le Québec fait face à une pénurie d’enseignants; on le sait depuis des mois. En même temps, on prévoit 65 000 élèves de plus d’ici cinq ans, a noté la présidente de la CSQ, Sonia Éthier. Et plus de 200 000 élèves ont un diagnostic de handicap ou de difficultés d’adaptation ou d’apprentissage et nécessitent donc un suivi professionnel, a-t-elle souligné.

«Ça va davantage nous empêtrer dans un débat de structures. À l’automne, probablement qu’on aura le dépôt d’un projet de loi. Et là, le gouvernement va prendre toute l’énergie pour instituer une commission parlementaire; on va devoir se présenter, argumenter. Et, pendant ce temps-là, alors que le gouvernement devrait passer son temps à trouver des solutions, on va le passer à discuter de structures», a déploré Mme Éthier.

Elle doute même que des économies puissent être réalisées en abolissant les commissions scolaires. «Est-ce qu’on va avoir des économies d’argent? Ce n’est pas prouvé. Si c’est tout simplement transformé en centres d’administration, les sommes ainsi économisées, ça va vraiment être négligeable», croit-elle.

Il vaut mieux faire avec ce qu’on a et penser au plus urgent, à son avis. «Les structures qui sont en place peuvent être améliorées, mais doivent demeurer. Et le gouvernement doit plutôt mettre l’énergie à trouver des solutions immédiatement» à la pénurie d’enseignants, ainsi qu’aux orthophonistes et psychoéducateurs qui sont encore en nombre insuffisant et qui doivent se partager entre plusieurs écoles, a-t-elle martelé.

Appui du public

La CSQ a d’ailleurs commandé un sondage Léger, réalisé en juillet auprès de 1007 adultes, qui dénote un appui certain à plusieurs de ses revendications en la matière.

Par exemple, 72 pour cent croient que bonifier la rémunération des enseignants contribuerait à atténuer la pénurie d’enseignants; 80 pour cent croient que valoriser les professions en milieu scolaire y contribuerait aussi.

De même, 88 pour cent jugent qu’assurer un plus grand soutien au nouveau personnel enseignant aiderait à atténuer cette pénurie. Aussi, 73 pour cent estiment que le fait d’établir un plancher de services professionnels aux élèves serait susceptible d’atténuer la pénurie d’enseignants.

Négociation des conventions

Mme Éthier et les présidents des trois fédérations concernées - enseignants, professionnels et employés du soutien scolaire - ont dit croire que le gouvernement Legault n’avait pas non plus à attendre la négociation des conventions collectives pour améliorer certaines conditions.

Le long processus de négociation des conventions collectives avec les employés de l’État doit être enclenché cet automne.

«Ça peut passer en partie par la négociation des conventions collectives. Mais le gouvernement peut présentement travailler sur la surcharge, sur des solutions à court terme. Juste un exemple: en 2018, il y a eu au-delà de 480 000 jours d’absence en maladie chez le personnel enseignant. (...) Ça, c’est en lien avec la surcharge, c’est en lien avec le manque de services», a souligné Mme Éthier.

«Une école, c’est une équipe et il y a un manque criant de personnel de soutien scolaire. Ça, ce sont des solutions que le gouvernement peut apporter immédiatement», a plaidé la présidente de la CSQ. Lia Lévesque, La Presse canadienne