L’engagement de la CAQ d’augmenter l’âge légal pour consommer du cannabis à 21 ans a été l’un de ceux qui a mené la vice-première ministre Geneviève Guilbault à l’Assemblée nationale en 2017.

Session courte, mais révélatrice [ANALYSE]

ANALYSE / Avis aux partis politiques : il faut toujours bien peser ses engagements avant de les prendre, surtout ceux considérés comme «phares». Autre conseil : ne pas avaliser toutes les idées des «conseillers politiques». Beaucoup d’entre eux ne sont en fait que des conseillers en opinion publique. Ceci explique cela...

La courte session parlementaire ouverte le 27 novembre s’achève ce vendredi. Durant ces deux petites semaines, François Legault a cherché à dire aux Québécois que son gouvernement est et sera près d’eux; qu’il entend et entendra leurs préoccupations.

Il veut le prouver en respectant ses engagements électoraux.

Ah, si certains engagements n’avaient pas été pris dans le but de marquer des points politiques! Celui haussant à 21 ans l’âge légal pour consommer du cannabis visait cet objectif.

Quand la Coalition avenir Québec (CAQ) a-t-elle annoncé ses intentions? En pleine campagne pour l’élection partielle dans Louis-Hébert, en septembre-octobre 2017 — l’élection qui incidemment a conduit l’actuelle ministre Geneviève Guilbault à l’Assemblée nationale.

De très nombreuses raisons expliquent la victoire de Mme Guilbault, mais le fait est que la CAQ voulait que sa position soit connue à ce moment-là parce qu’elle la jugeait populaire, voire très populaire.

Sur l’immigration, le gouvernement aménagera son engagement — car il est possible de le faire dans ce cas-là (en jouant sur le nombre d’années de baisse). Les besoins étant ce qu’ils sont, le gouvernement Legault remontera le plus vite possible le nombre d’admissions; graduellement, mais dès 2020 sans doute. En abaissant le seuil à 40 000 nouveaux immigrants en 2019, il pourra néanmoins faire valoir qu’il a rempli son engagement.

Prudence, disions-nous en amorce. Prudence en amont parce que des engagements, ça s’honore, oui. Un parti, quel qu’il soit, est «pris avec» après.

Un nouveau gouvernement, quel qu’il soit, est susceptible de payer un prix fort en jetant à la poubelle ses engagements les plus importants — encore plus lorsqu’ils sont populaires ou paraissent l’être. (À l’inverse, il peut aussi se préparer des lendemains très difficiles en faisant soudainement ce qu’il n’avait pas dit qu’il ferait.)

L’adoption du projet de loi du ministre Lionel Carmant risque malheureusement de rejeter des jeunes dans les bras des petits revendeurs.

Jeux de rôle, bis

Pour la Coalition avenir Québec, le passage de l’opposition au gouvernement a été plus aisé que l’a été pour le Parti libéral du Québec le chemin inverse qu’il a dû prendre. Se voyant au pouvoir depuis un certain temps, la CAQ avait un plan de match. Or, on ne prépare pas de plan de match pour un éventuel séjour dans l’opposition lorsqu’on est au gouvernement!

On a déjà relevé qu’il existe deux façons de parler, selon qu’on est dans l’opposition ou au gouvernement. On parlait à ce moment-là de «jeux de rôle» à la CAQ, qui affirmait des choses dans l’opposition qu’elle ne dit plus aujourd’hui.

L’aile parlementaire libérale est aussi dans des jeux de rôle. Ces deux dernières semaines, elle s’est déclarée en faveur de mesures auxquelles elle s’opposait pourtant il y a quelques mois encore lorsqu’elle était au gouvernement.

Si elle paraît déboussolée dans certains dossiers, elle a tout de même joué efficacement son rôle d’opposition officielle. Les députés André Fortin et Dominique Anglade ont été pertinents face aux ministres Lionel Carmant et Simon Jolin-Barrette.

Le PQ connaît la routine...

L’aile parlementaire du Parti québécois (PQ) a eu moins d’adaptation à vivre que les caquistes et les libéraux. Et pour cause : elle connaît la routine de l’opposition... Elle y est même rompue.

Les vétérans parmi les 10 péquistes continuent de bien maîtriser les dossiers. Mais les 10 de Québec solidaire leur font de l’ombre. Résultat : le PQ paraît nager entre deux eaux, paraît en attente.

QS et l’affolement médiatique

La présence plus imposante de Québec solidaire (QS) à l’Assemblée nationale illustre parfaitement les travers du système politico-médiatique. Les médias ont sauté sur les différences qu’apportent deux ou trois de ses députés et ces derniers — Catherine Dorion en tête — ont fini par se prêter au jeu, par sauter dans l’arène à pieds joints.

Oui, oui, on est dans le marketing politique. Mais faut-il seulement blâmer des députés comme Mme Dorion? Et l’affolement de tous les médias pour des questions comme celles-là? Il ne serait pas à blâmer, lui?

Dans tous les médias, la couverture médiatique des bottillons de la députée de Taschereau, de sa voiture et de choses comme celles-là a été sans commune mesure avec les propositions faites par son parti ces derniers jours. Celles-ci n’étaient pourtant pas dénuées d’intérêt. Tellement pas que le gouvernement Legault en soutient au moins deux, même s’il se situe à l’autre bout du spectre politique de QS.

Bouclons la boucle. Concluons avec le gouvernement. Malgré tout ce que l’on peut en dire, il débute son mandat avec moins de ratés que celui de Pauline Marois et avec moins de surprises que celui de Philippe Couillard.