D’une certaine manière, on peut comprendre la frustration qui a gagné des membres du gouvernement et le leader parlementaire Simon Jolin-Barrette, lequel a récemment parlé de «niaisage» en montrant du doigt les libéraux. Car, tous les projets de loi présentés finiront par être adoptés à un moment ou l’autre grâce à leur majorité parlementaire, y compris celui sur l’immigration et celui sur la laïcité et le port de symboles de foi.

Séquence d’énervement politique

CHRONIQUE / L’Assemblée nationale est plongée dans une séquence d’énervement depuis quelque temps. Mais elle est de faible intensité par rapport aux fins de session parlementaire des dernières années.

On est davantage dans l’exaspération — et, encore là, surtout chez certains cadors des deux côtés du Salon bleu — que dans l’acrimonie générale.

D’une certaine manière, on peut comprendre la frustration qui a gagné des membres du gouvernement et le leader parlementaire Simon Jolin-Barrette, lequel a récemment parlé de «niaisage» en montrant du doigt les libéraux. Car, tous les projets de loi présentés finiront par être adoptés à un moment ou l’autre grâce à leur majorité parlementaire, y compris celui sur l’immigration et celui sur la laïcité et le port de symboles de foi.

Est-ce que celui sur l’immigration le sera sous bâillon législatif? Possiblement.

Est-ce que celui sur la laïcité continuera d’être étudié au-delà de la date prévue de la prochaine relâche parlementaire, le 14 juin? Possiblement aussi. Il ne devrait en tout cas pas être adopté sous bâillon, ne serait-ce que parce qu’il modifie la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.

Sur la table, plusieurs autres projets de loi restent encore à être adoptés. Celui sur le cannabis, celui sur les maternelles 4 ans, celui modifiant l’immatriculation des armes à feu, celui sur le transport rémunéré de personnes et d’autres encore. La plupart d’entre eux ne termineront leur route législative que l’automne prochain, cependant.

Celui sur le réseau structurant de la Ville de Québec devrait toutefois être adopté dans les prochains jours.

Le gouvernement Legault avait un agenda très chargé. Il a été mû par l’enthousiasme propre à ceux qui ont piaffé dans l’antichambre du pouvoir.

En face, les partis d’opposition voulaient et veulent montrer qu’ils existent. Ils ont, chacun de leur côté, des revendications légitimes à faire valoir — même si elles sont moins populaires aux yeux de l’opinion publique générale que l’agenda gouvernemental.

Il est arrivé aux libéraux d’égrener le temps inutilement. Cela a été très clairement le cas lors de l’étude de la loi modifiant les règles encadrant la nomination du commissaire à la lutte contre la corruption, du directeur général de la Sûreté du Québec et du directeur des poursuites criminelles et pénales.

Pas écrasés

Au cours des premiers mois de cette nouvelle législature, les partis d’opposition ne se sont pas écrasés, comme on pouvait le croire l’automne dernier. C’est un fait tout aussi marquant de ce début de législature que la boulimie législative du gouvernement.

Malgré sa dégelée électorale, le Parti libéral du Québec pratique un jeu parlementaire robuste à l’opposition officielle.

Après sa large victoire du 1er octobre, la Coalition avenir Québec (CAQ) pensait qu’elle aurait la partie plutôt facile à l’Assemblée nationale, surtout avec deux partis d’opposition sur trois menés par des chefs intérimaires. Cela n’a pas été le cas.

Les partis d’opposition font de la résistance. Et le Parti libéral du Québec et Québec solidaire en font plus que le Parti québécois.

Sauf pour celui ajustant le salaire des députés en raison d’un changement à la fiscalité fédérale, les partis d’opposition n’aident pas du tout le gouvernement à faire adopter ses projets. Cette proposition législative sur les salaires est devenue une loi en quelques jours seulement. Dans ce dossier, seul Québec solidaire a fait bande à part.

Ce qui aura tout de même aidé le gouvernement, c’est la discipline interne dont il a fait preuve. Et l’unité qu’il a démontrée dans tous les dossiers, à l’exception de celui sur le scrutin proportionnel.

Quand les finances publiques vont, tout va? Les tiraillements internes sont peu nombreux grâce entre autres à cette situation. Les arbitrages sont moins douloureux que sous d’autres gouvernements.

Un risque

Une séquence d’énervement de faible intensité peut vite grimper à un niveau élevé avec une série d’accrochages personnels entre parlementaires. On n’en est pas arrivé là, mais on en a jeté les bases… Gare aux derniers jours de la session!

Est-ce parce qu’il était frustré de la bonne idée du gouvernement de créer de nouveaux incitatifs pour que les médecins de famille prennent en charge plus de patients ou est-ce parce qu’il s’agit d’un mauvais plan qui ne réglera rien? Toujours est-il que l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette, aux dires de la CAQ, grommelait à la période des questions, jeudi dernier, pendant que François Legault répondait au péquiste Pascal Bérubé sur ce sujet.

Le premier ministre est tombé dans le panneau en traitant Gaétan Barrette de goon deux fois plutôt qu’une. À moins qu’il ait voulu se faire plaisir… Peu importe ce que chacun peut penser de l’ex-ministre libéral, un premier ministre a toujours intérêt à ne pas descendre dans ce genre d’arène.

M. Legault court des risques inutiles en agissant de la sorte. À la mi-avril, il n’avait pas aimé que Pascal Bérubé l’interroge sur son degré d’attachement au Canada et que Pierre Arcand pose ensuite des questions sur le même thème. Il avait dit son étonnement de ne pas entendre le chef libéral l’interroger en anglais et pris de très haut le chef péquiste.

Ce qui réussit aujourd’hui à M. Legault — ce qui ne provoque aucun dommage ni pour lui ni pour son équipe — pourrait se retourner contre lui et les caquistes le jour où l’opinion publique en général ne sera plus aussi solidement derrière son gouvernement.