Le premier ministre québécois, François Legault, a rencontré le chef conservateur Andrew Scheer, jeudi.

Réunification familiale en immigration: Scheer «ouvert» au Québec

QUÉBEC — Un gouvernement fédéral conservateur d’Andrew Scheer serait prêt à céder au Québec le dossier de la réunification familiale en immigration, a conclu le premier ministre François Legault, jeudi, à l’issue de son premier entretien officiel à Québec avec l’actuel chef de l’opposition aux Communes.

À un an des élections canadiennes, les partis fédéraux précisent ainsi leur position par rapport au programme controversé de la Coalition avenir Québec (CAQ) en immigration : tandis que M. Scheer ouvre la porte à plus de pouvoirs au Québec, le gouvernement Trudeau se montre beaucoup plus réticent.

Actuellement, la sélection de l’immigration dans la catégorie de la réunification familiale est sous la responsabilité du fédéral, mais le gouvernement caquiste revendique ce pouvoir, en plus d’un bouquet d’autres mesures, dont la réduction du nombre d’immigrants admis chaque année et l’imposition d’un test de valeurs aux nouveaux arrivants pouvant mener à l’expulsion.

Dans une conférence de presse jeudi après-midi au côté du maire de Québec Régis Labeaume, M. Legault est revenu sur sa rencontre avec M. Scheer.

Le premier ministre lui a fait valoir qu’il voulait récupérer des pouvoirs en matière d’immigration, notamment pour que le Québec devienne responsable de la réunification familiale.

« J’ai compris que M. Scheer est ouvert à mes propositions », a-t-il dit.

Dans une mêlée de presse en matinée après son entretien, M. Scheer avait dit avoir ouvert la porte à l’idée de donner plus de pouvoirs au Québec pour gérer son immigration, sans élaborer davantage.

Le chef conservateur n’avait donc pas évoqué la réunification familiale, par conséquent M. Legault a été invité à préciser les propos de son interlocuteur. Il s’est défendu de lui mettre des mots dans la bouche, mais a apporté une nuance.

« Il n’a pas dit qu’il était d’accord, il a dit qu’il était ouvert à en parler, moi, c’est ce que j’ai compris. »

Pas plus tard que mercredi, le ministre libéral fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen, avait déclaré que le Québec ne pourrait pas limiter le nombre de réfugiés qu’il reçoit chaque année, contrairement à ce que M. Legault avait promis en campagne électorale.

Et durant la campagne, alors que la CAQ prônait la réduction du seuil annuel d’immigration, des sources gouvernementales fédérales avaient laissé entendre dans un article du quotidien Le Devoir que le Québec n’avait pas l’autorité unilatérale de décider combien d’immigrants seront accueillis chez lui.

De son côté, M. Scheer a refusé de dire s’il est d’accord ou non avec la volonté de François Legault de réduire le seuil annuel d’immigration. Il s’est limité à dire qu’il avait laissé le chef caquiste faire sa présentation à ce sujet.

« J’ai écouté ses explications », s’est-il borné à répéter, sans répondre à la question qui lui avait été demandée, à savoir s’il était d’accord ou non.

Sur le test de valeurs que veut imposer le gouvernement de la CAQ aux nouveaux arrivants, le chef conservateur a dit qu’il respectait « le champ de compétence de la province de Québec ».

L’immigration est un champ de compétence partagé entre le Québec et le fédéral, qui ont signé une entente permettant au Québec de sélectionner plus de 60 % de son immigration, soit l’immigration économique. Les réfugiés et la réunification familiale sont du ressort d’Ottawa.

La CAQ veut réduire le nombre annuel de nouveaux arrivants admis au Québec de 50 000 à 40 000, mais veut aussi transformer en profondeur le processus de sélection.

Actuellement, le Québec accorde un certificat de sélection à l’immigrant, qui permet au fédéral d’accorder la résidence permanente. Et au bout de trois années cumulées de résidence permanente, une personne peut demander la citoyenneté canadienne.

La CAQ entend ajouter une étape. Ainsi, le Québec délivrerait au candidat un certificat temporaire qui, au bout d’une période maximale de trois ans, mènerait à un test de français et à un test de valeurs, dont la réussite est nécessaire avant d’accorder le certificat de sélection.

Un nouvel arrivant pourrait ainsi prendre de trois à six ans avant de devenir citoyen au Québec, alors que le même immigrant peut y arriver en trois ans ailleurs au pays.

Et s’il ne réussit pas les tests de français et de valeurs, il est passible d’expulsion, parce que le certificat ne sera pas délivré.