Des centaines d’étudiants étrangers admis ici et bien intégrés pourraient être renvoyés, en raison du resserrement rétroactif à compter de juillet du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

Réforme de l’immigration: la CAQ reste sourde à l’appel des étudiants étrangers

Le gouvernement caquiste est resté inflexible, mardi, devant le cri du cœur de nombreux étudiants étrangers qui sont perdants dans la réforme de l’immigration.

Malgré les témoignages d’étudiants en pleurs à l’Assemblée nationale et les assauts des partis d’opposition pendant toute une période de questions, le premier ministre François Legault et son ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, n’ont pas voulu les rencontrer ou ouvrir la porte à des assouplissements.

«Demander au ministre de l’Immigration de vous rencontrer et ne pas pouvoir avoir de réponse est un scandale», a tonné le député libéral Gaétan Barrette en Chambre.

«J’aimerais ça être capable de recevoir un million de réfugiés, un million de personnes qui voudraient venir vivre au Québec, mais notre capacité d’intégration est limitée», a justifié M. Legault, alors qu’il n’est pourtant nullement question de réfugiés.

Des centaines d’étudiants étrangers admis ici et bien intégrés pourraient être renvoyés, en raison du resserrement rétroactif à compter de juillet du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

Ce programme très populaire permet aux étudiants étrangers titulaires d’un diplôme admissible ou aux personnes avec une expérience de travail au Québec de recevoir en vertu d’un traitement accéléré un certificat de sélection du Québec, qui permet d’immigrer ici.

Sauf que le PEQ sera resserré de façon rétroactive au 1er juillet dernier. Autrefois, tous les programmes étaient admissibles, alors que dorénavant, seuls sept programmes de doctorat, 24 de maîtrise, 54 de baccalauréat et 59 diplômes d’études collégiales font partie de la liste.

Ainsi des étudiants inscrits à des programmes universitaires et collégiaux apprennent soudainement qu’ils ne seront plus admissibles au PEQ. Selon les estimations, sur les 2000 étudiants accueillis grâce au PEQ par l’Université de Montréal, seuls 200 pourraient rester.

«Il n’y a pas un étudiant qui est venu au Québec avec la garantie qu’il obtiendrait la citoyenneté», a plaidé M. Legault, en ajoutant : «si on acceptait tous les étudiants, il y en 70 000...»

Quant à savoir si la rétroactivité de ce changement était juste, il a répondu laconiquement : «c’est pas ça». La priorité économique impose de choisir des candidats en informatique et en sciences infirmières, a-t-il évoqué.

Les partis d’opposition ont fait front commun pour les appuyer et réclamer le retrait de cette disposition du Plan d’immigration du gouvernement. Le leader parlementaire de la deuxième opposition, Gabriel Nadeau-Dubois, a interpellé le ministre Simon Jolin-Barrette alors que les étudiants étaient dans les tribunes.

«Je le mets au défi de leur expliquer pourquoi il ne veut pas d’eux au Québec», a-t-il lancé.

«J’ai senti une colère, une trahison, j’ai cru au père Noël, il te tend un cadeau, puis le reprend, c’est inhumain», a dit en mêlée de presse un étudiant français bien établi au Québec, Clément Sageste.

«Vous êtes en train de remettre tout notre avenir en question, on voudrait que ce règlement puisse être modifié, qu’on puisse entendre l’humanité dans tout ça, a lancé Alessandra de Bargigli, une étudiante belge, en conférence de presse. On a choisi le Québec parce qu’on avait des rêves.»

«Ses employeurs l’adorent et ils ne comprennent pas qu’elle doive quitter», a plaidé le député libéral Monsef Derraji en Chambre, pour après se faire accuser par Simon Jolin-Barrette : «Il faut arrêter de désinformer et de faire peur au monde.»

«Il est inacceptable que le leader (du gouvernement) dise que notre collègue désinforme quand la personne dont il citait les propos est en haut (dans les tribunes) et est en train de vivre la décision très lourde et inhumaine de ce gouvernement», a riposté le leader parlementaire libéral, Marc Tanguay.

En 2018, il y avait 11 000 personnes admises en vertu du PEQ au Québec.