« [Justin] Trudeau nous dit qu’il va regarder le dossier », a affirmé François Legault (gauche).

Québec veut sa déclaration de revenus unique

SHERBROOK — François Legault fait monter les enchères en cette année électorale au Canada. Il espère que Justin Trudeau passera de la parole aux actes et répondra favorablement aux demandes du Québec au cours des prochaines semaines.

Les deux premiers ministres se sont rencontrés jeudi matin pour discuter d’immigration, d’infrastructures, d’économie et de la possibilité pour les Québécois de remplir une déclaration de revenus unique.

« Vous savez qu’Andrew Scheer est d’accord avec le rapport d’impôt unique géré par le gouvernement du Québec », a souligné M. Legault après leur discussion tout en se gardant d’indiquer aux Québécois pour qui ils devraient voter.

Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique sont également en faveur de la déclaration de revenus unique.

« Il n’y a pas un seul enjeu, (on va) sûrement se parler d’oléoduc entre autres, a-t-il fait remarquer. Donc, il y a beaucoup d’enjeux. Moi, je n’ai pas l’intention d’appuyer un parti plus qu’un autre, mais j’ai l’intention d’insister pour avoir des réponses sur les infrastructures, sur l’immigration, sur les compensations pour les demandeurs d’asile, sur le projet de rapport d’impôt unique géré par Québec et après ça sera aux Québécois à regarder l’offre qui est faite par les différents partis. »

M. Trudeau s’était opposé en mai à une déclaration de revenus unique qui serait administrée par le gouvernement québécois, malgré le consensus de l’Assemblée nationale.

Il n’en voyait pas la nécessité et estimait que Québec avait déjà beaucoup « de contrôle sur l’immigration, sur la langue, sur la culture ».

L’Assemblée nationale avait adopté une motion unanime en mai pour réclamer que le Québec perçoive l’impôt fédéral, afin d’en arriver à une déclaration de revenus unique. Le gouvernement Couillard devait à l’époque présenter une demande officielle à Ottawa. Cette proposition a par la suite été reprise par le gouvernement Legault après l’élection québécoise.

« M. Trudeau nous dit qu’il va regarder le dossier », a affirmé François Legault.

Toutefois, deux ministres fédéraux ont fait valoir que la proposition du Québec mettrait en jeu les emplois de 5000 fonctionnaires dans les 14 centres de données fiscales gérés par Ottawa dans la province.

« Nous on veut préserver ces emplois-là au Canada, a signalé le ministre de l’Infrastructure, François-Philippe Champagne. Ce sont de très bons emplois. »

L’un des centres de données fiscales les plus importants du pays, celui de Shawinigan, est situé dans sa circonscription.

« Il y a une expertise importante, par exemple, sur la question d’évitement fiscal, d’évasion fiscale parmi ces professionnels qui travaillent au Québec, mais qui traitent d’ailleurs des rapports d’impôt de partout au Canada », a fait valoir le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, qui a participé à la rencontre entre les deux premiers ministres.

Il dit toutefois demeurer ouvert à « simplifier les obligations des Québécois » et à écouter les solutions que pourrait proposer le gouvernement Legault pour répondre aux préoccupations fédérales.

François Legault a reconnu que l’introduction d’une déclaration de revenus unique gérée par le Québec occasionnerait des pertes d’emplois chez les fonctionnaires.

« C’est certain, quand on dit que 500 millions de dollars de dédoublement, ce sont essentiellement des emplois, a-t-il admis. Mais si on crée d’autres types d’emplois qui sont plus efficaces, je pense entre autres dans le domaine de l’éducation, dans le domaine de l’innovation, bien tout le monde est gagnant. Ça donne quoi d’avoir deux groupes d’employés qui font exactement la même chose ? »

Immigration

Québec espère également faire aboutir les négociations pour le financement de l’accueil des demandeurs d’asile qu’il évalue à 300 millions $.

« On demande 300 millions $, le fédéral nous offre 140 millions $, mais là il nous dit que bientôt il va revenir avec une autre proposition », a indiqué M. Legault.

Selon le ministère fédéral de l’Immigration, plus de 18 518 demandeurs d’asile ont traversé la frontière canado-américaine de façon irrégulière par le Québec en 2018. Une légère baisse par rapport à 2017, où 18 836 personnes avaient traversé la frontière au chemin Roxham.

François Legault espère également régler la question de la baisse des seuils d’immigration ainsi que celle du test de français et de valeurs pour les nouveaux arrivants. Le gouvernement caquiste veut diminuer « temporairement » de 20 pour cent le nombre d’immigrants reçus au Québec dans les trois catégories, soit les immigrants économiques, les réfugiés et ceux issus de la réunification familiale.

Le ministre LeBlanc s’est dit prêt à discuter de toutes ces demandes « sur une base expédiée » lorsque les ministres du gouvernement Legault se rencontreront à Gatineau dans deux semaines.

« Qu’est-ce que nous avons proposé au gouvernement du Québec, c’est qu’on ait une discussion cohérente autour de tous ces enjeux-là ensemble, a-t-il souhaité. Et surtout, comme je l’ai dit, pour nous la priorité et la priorité, je crois, pour l’économie québécoise, c’est la question de la pénurie de main-d’œuvre. »

M. Legault espère qu’Ottawa profitera de la présence des ministres québécois de l’autre côté de la rivière des Outaouais pour leur faire quelques cadeaux.