Gaston Vadnais a perdu sa sœur, Christiane, il y a deux ans, lorsqu’elle a été mortellement attaquée par un pitbull à Montréal.

Québec renonce à interdire les pitbulls

TROIS-RIVIÈRES — Les pitbulls demeureront permis au Québec. Le gouvernement Couillard renonce à les interdire. Une décision vivement critiquée par le Louisevillois Gaston Vadnais, le frère de Christiane Vadnais, décédée d’une attaque de pitbull à Montréal en juin 2016.

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, confirme que son projet de loi sur l’encadrement des chiens dangereux sera revu afin, dit-il, de le rendre plus «consensuel» et de l’adopter d’ici la fin de la session parlementaire.

«Il n’y a pas de consensus scientifique, il n’y a même pas de corroborateurs scientifiques qui nous disent que ça va être quelque chose de praticable d’aller jusqu’à la désignation et l’interdiction de races particulières. Quand on fait des lois, il faut que ce soit basé sur des faits objectifs», a-t-il plaidé en marge d’une réunion du caucus libéral, mercredi.

Une décision qui a choqué Gaston Vadnais, lui qui s’était même rendu à Québec pendant trois jours pour plaider auprès du gouvernement en faveur de l’interdiction pure et simple de cette race. M. Vadnais croit qu’à l’approche des élections, le gouvernement a tout simplement eu peur de l’opinion publique.

«Je ne suis pas surpris. Les élections s’en viennent et le gouvernement a peur de ce que les gens pourraient en penser. On a entendu les propriétaires de pitbull grogner très fort, mais il y a une majorité silencieuse qui était en accord avec ce projet de loi.» Selon lui, il y a assez de faits et d’événements qui sont survenus, tant au Québec que dans le reste du pays et même aux États-Unis, pour convaincre quiconque de la nécessité de bannir cette race de chien.

«C’était bien parti pourtant. Mais là, on dirait qu’il va falloir que ça arrive à quelqu’un de très connu, de très haut placé pour que ça bouge. Est-ce qu’on va devoir attendre d’atteindre un record Guinness de morsures et de gens blessés ou tués pour agir», commente celui qui entend revenir à la charge dès que les élections seront passées, afin de solliciter le nouveau gouvernement et de le forcer à agir.

La soeur de Christiane Vadnais, Lise Vadnais, est également très furieuse. «On va attendre que d’autres personnes se fassent attaquer, et le jour où ce sera quelqu’un qui est proche d’un politicien ou d’une personne publique, là peut-être que ça changera. Mais tant que ce sera monsieur et madame Tout-le-Monde, ce qu’on comprend c’est qu’on n’est pas importants. Ma soeur n’était pas importante, l’infirmière qui s’est fait attaquer récemment n’est pas importante. C’est ça, le message qu’on envoie. Les pitbulls sont plus importants que nous.»

«Il y a eu tellement d’incidents qui ont démontré que le pitbull était dangereux, mais on n’en a presque pas parlé, déplore Lise Vadnais. Une femme a été attaquée dans sa cour, à Cartierville, il y a un mois. Il y a eu aussi un chien d’accompagnement, supposé être bien élevé, qui a attaqué une infirmière du CHUL à Québec et un autre cas à Repentigny. Dans 13 % des cas, ce sont les maîtres qui se font attaquer par leurs chiens. S’il n’y a pas consensus au niveau de la science, je peux vous dire qu’il y a consensus dans les faits.»

Martin Coiteux donne également raison aux villes qui lui ont signifié qu’une interdiction des pitbulls serait inapplicable. «En Ontario, la Ville d’Ottawa, qui devrait faire appliquer la règle d’interdiction des pitbulls (dans cette province), nous dit: «on ne le fait pas, on n’est pas capable de le faire, c’est impossible de le faire». Lorsque les vétérinaires nous disent que c’est impossible, lorsque la communauté scientifique nous dit que c’est impossible, je pense qu’il faut être sensible à ça.»

Et les victimes? ont demandé les journalistes. Martin Coiteux s’est dit «ému» par leur drame. «C’est pour ça que je ne veux pas qu’on laisse la table vide. Je veux m’assurer qu’on ait des règles
sévères partout au Québec, dans toutes les villes. Ce ne sera pas des règles bonbon qui seront appliquées.»

L’administration Plante a salué la décision de Québec. «Ils ont fait leur travail, ils ont rencontré les experts et ont conclu la même chose que nous», s’est félicité Craig Sauvé, élu responsable du dossier à Montréal. 

«Il ne faut pas légiférer sur les races, ce n’est pas basé sur la science. Et la plupart des chiens sont des croisements, alors c’est difficilement applicable.»

Avec La Presse