Selon Alexandre Iracà, le gouvernement québécois souhaite être avant-gardiste en matière de bioalimentaire.

Près de 60 millions $ pour le bioalimentaire

Le gouvernement du Québec injectera 59,8 millions de dollars sur cinq ans dans cinq programmes dédiés à l’aide au développement de l’industrie bioalimentaire de la Belle Province.

Dans le cadre d’une annonce nationale organisée à l’échelle nationale, le député de Papineau, Alexandre Iracà, a dévoilé jeudi matin les détails de cet ensemble de nouvelles mesures intitulé «Territoires». La conférence de presse avait lieu l’intérieur des murs de l’entreprise familiale certifiée biologique Notre petite ferme, à Lochaber-Ouest, à un jet de pierre de Thurso.

Cette enveloppe d’environ 60 millions dollars s’inscrit à l’intérieur de la première Politique bioalimentaire du Québec dont le contenu entier doit être dévoilé vendredi par le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), Laurent Lessard.

Concrètement, l’ensemble de mesures permettra de créer trois nouveaux programmes et d’en bonifier deux déjà existants. Les producteurs pourront loger des demandes de soutien financier dès le 1er mai.

Une somme de 16,5 millions de dollars sera d’abord consacrée au lancement du programme Priorités bioalimentaires dont le but est de permettre l’élaboration et la révision des plans de développement de la zone agricole et la mise sur pied de projets bioalimentaires structurants dans les régions du Québec.

Un budget de 8,8 millions servira à déployer le programme Laboratoires d’innovations bioalimentaires, lequel permettra aux bénéficiaires de développer et expérimenter de nouvelles méthodes de production bio.

Un fonds de 11,5 millions de dollars sera dégagé pour mettre en place le programme Relève et entreprise de petite taille, une mesure complémentaire qui viendra se greffer aux mesures de la Financière agricole du Québec déjà accessibles pour assurer un soutien aux jeunes agriculteurs en début de carrière.

«Ici dans le comté de Papineau, il faut savoir qu’il y a plusieurs fermes. Ça va correspondre à un besoin très important surtout pour les petites et moyennes entreprises. Ces programmes vont donner un coup de main pour fertiliser les terres et améliorer la qualité des produits qui vont pouvoir s’en dégager. C’est une demande qui avait été faite par les municipalités et aussi par les producteurs agricoles», a déclaré M. Iracà, ajoutant que le gouvernement souhaitait être «avant-gardiste» en matière de bioalimentaire.

Doubler la culture bio
Le programme Soutien au drainage et au chaulage des terres agricoles sera pour sa part prolongé jusqu’en 2023 grâce à un investissement de 16 millions de dollars.

Finalement, dans le but d’amener le secteur biologique à doubler sa superficie en culture d’ici 2025, Québec injectera 7 millions de dollars de plus dans sa Stratégie de croissance du secteur biologique.

Selon le directeur régional pour le MAPAQ en Outaouais, Daniel Berthiaume, l’Outaouais compte un peu moins de 1000 entreprises agricoles sur son territoire. Entre 30 et 40 de ces fermes en service sont certifiées biologiques. La production bio représente actuellement un beau tremplin pour les jeunes fermiers en démarrage, dit-il.

«Ça demande beaucoup d’actifs pour se partir en agriculture. Par contre, je vous dirais qu’il y a un certain engouement, particulièrement pour les fermes de types biologiques. Avec le nouveau programme, on s’attend à ce qu’il y ait au moins une dizaine de nouvelles demandes par année au niveau de la relève», souligne M. Berthiaume.

De son côté, le président de l’Union des producteurs agricoles du Québec pour la région de Papineau, Martin Turcot, salue l’ensemble des nouvelles mesures annoncées jeudi, mais tempère malgré tout son enthousiasme. «J’ai hâte de voir les détails parce que ce sont des grandes lignes. C’est sûr que ça correspond à des besoins dans Papineau, mais il faudra voir comment concrètement cet argent-là sera utilisé», a-t-il réagi.

Ce dernier voit cependant d’un bon oeil certaines initiatives promises dans les différents outils mis de l’avant par le gouvernement. La circonscription de Papineau pourrait notamment devenir un terreau fertile pour la mise en culture de productions biologiques innovatrices, par le biais du programme Laboratoires d’innovations bioalimentaires. Les friches, ces terrains abandonnés en zone agricole, meublent le paysage de la MRC de Papineau et la transition entre la production conventionnelle et biologique d’une terre peut parfois nécessiter jusqu’à trois ans d’attente avant qu’une entreprise puisse obtenir sa certification, fait valoir M. Turcot.«L’idée de laboratoire est intéressante. Il y aurait quelque chose à développer par exemple avec le boeuf bio. On a plein de terres en friche ici. Avec ces terres, il n’y a pas les trois ans d’attente pour amener la terre à une certification biologique. Il y a un potentiel avec ces terres qui peuvent être certifiées biologiques immédiatement. On a un abattoir plus ou moins désaffecté à Saint-André-Avellin. Il y a déjà des producteurs en place. Il y a un marché à aller chercher», dit-il.