Manque de vision, querelles avec le fédéral, priorités changeantes... la liste de reproches envers Doug Ford est longue.

Premier anniversaire de l'élection de Doug Ford: «Il n’y a pas de plan clair»

Tandis que s’amorce la pause estivale à Queen’s Park, le 7 juin marque le premier anniversaire de l’élection du gouvernement de Doug Ford en Ontario, après 15 ans de règne libéral. Si les électeurs voulaient du changement, les 365 derniers jours auront été teintés par le chaos et l’incohérence, selon certains.

Pour la politologue Geneviève Tellier, le mot « tumultueux » est sans contredit un qualificatif qui décrit bien les 12 premiers mois au pouvoir des troupes progressistes-conservatrices.

« Je le vois en deux temps, le début de son mandat. À la première période, c’était vraiment une attaque contre l’ancien gouvernement (Wynne) en défaisant tout ce qui avait été fait, par exemple la hausse du salaire minimum ou l’étude du revenu minimum garanti. On voulait défaire l’héritage libéral. La deuxième phase, c’était la question de l’équilibre budgétaire, et je pense que c’est ça son problème. On a de la difficulté à comprendre où s’en va le gouvernement. On fait des annonces qui prennent par surprise, ensuite on recule à moitié. C’est étrange », de dire la professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa.

La lune de miel avec le gouvernement Ford a beau être terminée, elle s’étonne de « la magnitude de la baisse » du parti dans les sondages. À son avis, il devrait s’inquiéter de se retrouver en queue de peloton dans les intentions de vote (22 %).

« Il disait qu’il allait faire les choses différemment, mais il ne semble pas y avoir de plan d’ensemble, de direction claire. S’il n’y en a une, le point faible, c’est qu’elle n’a pas été expliquée. Les gens ne savent pas où s’en va la province, ils veulent être rassurés », lance Mme Tellier.

Le point fort de M. Ford et de son équipe est d’oser scruter à la loupe les dépenses publiques, un travail qui devrait être effectué par les fonctionnaires de façon plus périodique, estime-t-elle.

La députée d’Ottawa-Vanier Nathalie Des Rosiers, dont la démission est prévue à la fin de l’été, dresse un bilan peu reluisant de la dernière année.

« Je ne suis pas surprise que sa popularité soit si faible. C’est un gouvernement qui manque un peu de jugement, dont les priorités sont chaotiques. On veut par exemple introduire la bière dans les dépanneurs, personne n’est contre ça sauf qu’on est prêt à exposer la province à un litige d’un milliard $ pour le faire. Est-ce que ça vaut la peine quand, pendant ce temps, on est en train de couper un peu partout dans les services publics ? Il y a une espèce d’incohérence flagrante dans certaines de leurs priorités. Les gens commencent à le réaliser et se posent des questions sur la qualité du jugement du premier ministre », dit-elle.

L’élue déplore également que le gouvernement Ford « passe trop de temps à penser aux enjeux fédéraux ».

« Il a une obsession de gagner contre Justin Trudeau, plutôt que de s’occuper des affaires provinciales. Est-ce Andrew Scheer qui mène Doug Ford ? C’est à se poser la question. La session parlementaire ne reprend d’ailleurs qu’après le scrutin fédéral en octobre », poursuit Mme Des Rosiers, ajoutant que la session parlementaire a été marquée par beaucoup de « petite politique partisane ».

Questionnée sur un point positif des progressistes-conservateurs, elle avoue que certains projets de loi « qui sont le gros bon sens » ont été unanimement adoptés.

Quant au député d’Ottawa-Centre, Joel Harden, lui non plus n’accorde pas la note de passage au gouvernement actuel.

« Les priorités changent presque de jour de jour, d’heure en heure. Même pour les électeurs conservateurs, c’est un type de conservatisme curieux. Il y en a 10 000 qui ont voté pour eux dans ma circonscription et quand je me promène de porte en porte, ils me disent que c’est honteux. Le plus grand point faible, c’est qu’ils n’écoutent pas les gens. Les débats sont écourtés pour accélérer les projets de loi », déplore-t-il.

Même le maire d’Ottawa, Jim Watson, affiche ouvertement une insatisfaction face à l’an 1 de l’ère Ford.

« Pour moi et les autres maires, c’est vraiment un défi, car il y a des annonces presque chaque semaine et ce sont souvent de mauvaises nouvelles, par exemple les compressions pour les villes ou les festivals. Je continue de travailler avec les ministres, car ils ont reçu un mandat de la population, mais je ne suis pas d’accord avec beaucoup des décisions qui ont touché les résidents les plus vulnérables », affirme-t-il, ajoutant voir une corrélation directe entre l’importante baisse de M. Ford dans les sondages et les décisions des derniers mois.

Selon le plus récent sondage réalisé par la firme Recherche Mainstreet, 73 % des électeurs ont une opinion défavorable de Doug Ford, une proportion qui grimpe à 80 % chez les femmes.