L’ex-députée du PQ Agnès Maltais à propos de la CAQ : «Après deux ans, va falloir savoir où ils veulent amener le Québec. Quel sens voulez-vous donner à votre gouvernement, une fois les erreurs réparées?»
L’ex-députée du PQ Agnès Maltais à propos de la CAQ : «Après deux ans, va falloir savoir où ils veulent amener le Québec. Quel sens voulez-vous donner à votre gouvernement, une fois les erreurs réparées?»

PQ et CAQ dans l’œil d’Agnès Maltais

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
LA POLITIQUE EN QUESTIONS / Chaque samedi, Le Soleil braque les projecteurs sur des sujets politiques chauds passés sous la loupe d’acteurs du milieu ou d’observateurs avisés.

Presque deux ans qu’Agnès Maltais n’est plus députée, après deux décennies à représenter le centre-ville de Québec à l’Assemblée nationale. Celle qui retrouve avec plaisir sa vie privée reste très intéressée à la politique. Le Soleil a demandé à l’ancienne élue péquiste son avis sur la course à la chefferie de son parti et à l’ex-ministre de nous dire ce qu’elle pense du gouvernement caquiste.

Q Comme députée du Parti québécois de 1998 à 2018, vous avez vu défiler 10 chefs élus ou intérimaires et été témoin privilégiée de cinq courses à la direction du PQ. Comment évaluez-vous la course actuelle?

R Les quatre candidats, ce sont d’abord tous des gens qui veulent faire la souveraineté et qui ont une grande maturité politique, ce qu’on ne connaissait pas de tout le monde.

Le choix se fait à deux niveaux : comment remobiliser les Québécois autour du projet souverainiste? Comment ramener cette idée dans le débat actuel? Et il y a peu de discussions sur la situation politique actuelle. Le nationalisme a pris beaucoup de place à la CAQ. Le terrain de la souveraineté est occupé en partie par Québec solidaire. Mais on nous parle peu de comment on voit le Parti québécois dans le nouveau champ politique depuis l’arrivée de QS et l’élection de la CAQ. J’attends encore une réponse à cette interrogation.

Q Appuyez-vous un candidat en particulier?

R Le fait d’avoir été à la présidence d’élection dès le départ [poste qu’elle a abandonné en mai], je n’ai pas voulu me questionner pour qui j’allais voter. Avec l’été, on a la tête un peu ailleurs, alors je pense être comme beaucoup de membres du Parti québécois, je recommence à m’intéresser à la course. J’ai regardé le premier débat [26 août] avec beaucoup d’attention et j’attends les autres [8 et 22 septembre]. Mais honnêtement, je ne suis pas décidée.

Q Les quatre candidats sont des hommes blancs âgés de 43 à 51 ans. Le PQ manque-t-il de diversité?

R Oui, mais pas dans le parti. C’est une exception, cette course-là. Le PQ a toujours eu une grande diversité. Il y a eu une femme [Gloriane Blais], mais qu’il n’y en ait pas qui se rende à la fin, ça fait longtemps que ce n’est pas arrivé. C’est une déception, un peu.

Mais le président du PQ est Dieudonné Ella Oyono et il y a plein de gens de la diversité dans le Parti québécois. On a été les premiers à faire élire un député de couleur [Jean Alfred, 1976]; le premier député originaire d’Amérique latine devenu ministre, Joseph Facal [1998], qui vient de l’Uruguay; les premiers [politiciens] gais déclarés pendant longtemps étaient au Parti québécois. Cette mouvance est présente au PQ, mais exceptionnellement, pas dans les finalistes de la course à la chefferie.

Q Vous avez été députée pendant 20 ans et ministre sous deux gouvernements. Comment évaluez-vous la performance du gouvernement de la CAQ à mi-mandat?

R Ce gouvernement satisfait les Québécois, il fait une bonne gestion quotidienne. Il y a eu de grosses erreurs au début, des erreurs de néophytes qui pensent avoir la bonne solution. Mais ils ont su retraiter, reculer. Ce qui est très sain.

Ce qui les sauve, c’est qu’ils sont très majoritaires. Et M. Legault a choisi la plupart de ses candidats aujourd’hui députés. Tout le parti lui est redevable, c’est vraiment lui qui a créé le parti. Donc un chef très en selle et un mandat fort. C’est fou, mais c’est ce qui permet parfois de reculer!

Par contre, je dirais qu’ils ont bien récupéré les erreurs d’avant, des libéraux. Ils ont profité du fait que les libéraux avaient assaini les finances publiques assez durement, à mon avis trop rapidement, pour que la CAQ arrive ensuite et mette de l’argent dans les poches [des citoyens]. Ils ont pu régler rapidement certains problèmes et ils l’ont bien fait.

Mais après deux ans, va falloir savoir où ils veulent amener le Québec. Quel sens voulez-vous donner à votre gouvernement, une fois les erreurs réparées? Maintenant, quels sont vos projets? Il faut qu’ils nous donnent une direction compatible avec les années 2020.

L’environnement, ils avaient dit en campagne [électorale de 2018] qu’ils allaient faire quelque chose. Ça fait deux ans et on attend! On attend et on commence à s’impatienter. L’environnement, ce n’est plus le sujet de l’avenir, c’est le sujet de maintenant. Comment on va empêcher la planète de se réchauffer, c’est un vrai sujet!

Où est-ce qu’ils vont nous amener vers l’avenir? Il faut qu’on le sache là. Il ne faut pas arriver en campagne électorale avec des idées de dernière minute, ça ne marche pas. Il faut que les gens sentent une volonté, une intention. C’est cette année qu’ils doivent sortir les grandes politiques.