Pesticides: les règles coûtent déjà cher aux fermes, disent les producteurs

Les producteurs de grains du Québec déplorent que les règles actuelles plus strictes en matière de pesticides les rendent déjà moins concurrentiels dans les marchés internationaux.

Ainsi, il en coûterait près de 20 000 $ de plus par ferme par an au Québec par rapport à sa rivale américaine, selon le mémoire déposé mercredi par les Producteurs de grains (PGQ) à la commission parlementaire qui étudie les effets des pesticides sur la santé et l'environnement.

Les règles plus strictes de prescriptions des pesticides coûteraient ainsi en honoraires 3500 $ en moyenne pour une ferme type spécialisée, tandis que des pertes de production, ou de risques de pertes de revenus, sont évaluées à 5500 $. Total: 9000 $.

Le calcul de ces pertes est fondé sur le fait que l'agronome, responsable de ses prescriptions, aura davantage tendance à protéger l'environnement, alors qu'auparavant il prenait en compte davantage les enjeux économiques.

C'est ce qu'a expliqué le directeur général de PGQ, Benoit Legault, en entrevue avec La Presse canadienne mercredi après-midi. Il a même affirmé que «les pertes pourraient être encore plus élevées». Au total, pour l'ensemble des fermes membres de PGQ, l'impact est évalué à 20 millions $.

De surcroît, les producteurs affirment souffrir d'un autre désavantage, soit la protection des bandes riveraines, ces bandes de terres qu'ils doivent épargner le long des cours d'eau pour éviter le ruissellement des pesticides dans l'eau. Là encore, la perte est évaluée entre 8000 $ et 9000 $ par ferme par an, pour un total de 25 millions $.

Même si les règles sur ces bandes riveraines existent depuis longtemps, il était important de les prendre en considération, selon les PGQ.

Selon M. Legault, l'effet cumulé de ces mesures et restrictions finit par rendre les producteurs de céréales du Québec bien moins concurrentiels.

Au cours de son témoignage, le président des PGQ, Christian Overbeek, a dit s'attendre à ce que l'État compense pleinement les producteurs s'il resserre la réglementation sur les pesticides ou s'il leur demande davantage d'efforts.

En outre, il a déploré que la population n'ait pas un portrait complet de l'enjeu des pesticides.

En mêlée de presse avant d'aller témoigner en commission parlementaire, M. Overbeek a laissé entendre que l'opinion publique ne disposait pas de toutes les facettes dans ce débat. Il a comparé la situation à un dé dont on ne voit qu'une face, mais qui en compte six.

L'hiver dernier, M. Overbeek a démissionné du CEROM, le Centre de recherche sur les grains, qui était accusé par l'agronome Louis Robert d'avoir laissé l'entreprise privée s'ingérer dans la recherche.