Le député fédéral Maxime Bernier a causé tout un émoi avec son tweet dans lequel il affirme que le CO2 n’est pas de la pollution...

Pas de toxicité, pas de pollution?

BLOGUE / Il s'est dit un paquet de choses au sujet du fameux tweet où le député Maxime Bernier a affirmé que le CO2 ne compte pas pour de la pollution — et il s'en dit encore, d'ailleurs. Permettez que j'ajoute un petit grain de sel (qui à ma connaissance possède encore un peu d'originalité) à cette salade...

La semaine dernière, M. Bernier a causé tout un émoi en affirmant que «le CO2 n’est PAS de la pollution. C’est ce qui sort de votre bouche quand vous respirez et ce qui nourrit les plantes». Tout un chacun en a conclu que M. Bernier est climatosceptique, mais c'était un peu à côté de la cible, je pense. Le député de Beauce reconnaît l'existence et l'origine humaine des changements climatiques (voir ici, 3e par.), même s'il y voit un degré de débat scientifique qui n'existe pas vraiment, notamment sur le rôle joué par le Soleil.

Je vais le laisser louvoyer là-dessus — tant pis pour lui. L'essentiel du point qu'il tentait de faire passer, de ce que je comprends, est que si une substance n'est pas toxique, alors par définition elle ne peut pas compter pour de la «pollution». C'est cohérent avec le contexte du tweet original, où il accusait les libéraux de «mentir» en présentant leur tarification sur le carbone comme un «tarif sur la pollution». C'est aussi cohérent avec un tweet subséquent où il rétorquait aux «trolls qui disent que je ne comprends pas la science», les accusant de ne pas savoir «ce qu’est la photosynthèse [et de confondre] le dioxyde avec le monoxyde de carbone des voitures». Et c'est également dans ce sens que le chroniqueur du National Post Rex Murphy semblait avoir compris le tweet de M. Bernier, en fin de semaine : «Le CO2 n'est pas un polluant — demandez aux plantes. Demandez aux arbres. Demandez aux humains pendant qu'ils exhalent. Les égouts sont des polluants. Ils causent des maladies. Mais le CO2 fait partie de ce que la nature produit, de ce qui donne la vie et de ce qui fait grandir la vie sur notre planète.»

Différence

Passons par-dessus le fait qu'on escamote commodément, ici, la différence entre le CO2 qui fait déjà partie du cycle du carbone (pas un polluant, en effet) et celui qui en était sorti depuis des centaines de millions d'années et que l'on ajoute au cycle existant en le sortant de la terre (ce sont les combustibles fossiles) et en le faisant brûler. La question vraiment centrale que soulève M. Bernier, ici, est : en l'absence de toxicité, un produit peut-il «polluer» ?

Intuitivement, on serait porté à croire que non. Dans bien des cas, c'est justement cette toxicité que l'on reproche aux polluants — que l'on songe au débat sur les pesticides, par exemple. Ça se défend jusqu'à un certain point. Mais le hic, c'est qu'on atteint ce «certain point» assez vite, merci. Car si l'on part du principe que ce qui favorise la croissance des plantes ne peut pas, par définition, être un polluant, alors qu'est-ce qu'on fait avec les engrais qui provoquent l'eutrophisation des lacs et les éclosions de cyanobactéries, par exemple?

Phosphate

Dans les écosystèmes d'eau douce, le principal «facteur limitant» est généralement le phosphate — c'est-à-dire que de toutes les «briques» chimiques dont la vie a besoin pour croître, c'est le phosphate qui vient à manquer en premier. Alors quand, autour d'un lac, il y a trop de riverains qui épandent des engrais sur leurs pelouses ou dans leurs champs, il peut y avoir des excès de phosphate qui se retrouvent dans le lac. Les premiers organismes à en profiter sont les cyanobactéries, et leur prolifération vient avec des conséquences parfois dramatiques sur les écosystèmes : en assez grand nombre, elles bloquent la lumière du soleil, ce qui tue les algues, et quand elles meurent massivement, les microbes qui les décomposent consomment presque tout l'oxygène disponible, ce qui tue les animaux aquatiques. Et tout cela peut aussi dégrader la qualité de l'eau potable, s'il y a une prise dans ce lac.

Bref, le phosphate a beau être essentiel à la vie, il a beau «nourrir les plantes», pour reprendre les termes de M. Bernier, il n'en dégrade pas moins l'environnement dans certaines circonstances. Et c'est justement l'idée de «dégradation de l'environnement» (et non la toxicité) qui définit la pollution, du moins si l'on en croit le dictionnaire Larousse. Il peut donc être un polluant, et c'est la même chose pour le CO2 : le fait qu'il n'est pas toxique n'implique en rien qu'il n'est pas un polluant.

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