Un quatuor de ministres avait été déployé mercredi pour s’adresser aux médias de la colline parlementaire. Parmi eux se trouvait le ministre Bill Blair, grand maître d’oeuvre de la légalisation du cannabis.

Pardons pour la possession simple de cannabis: un projet de loi bientôt

Des pardons pour la possession simple de cannabis, mais dans un horizon inconnu: Ottawa déposera bientôt un projet de loi visant à pardonner les Canadiens qui ont déjà été reconnus coupables d’une telle infraction.

Le gouvernement fédéral veut que les requêtes se fassent «sans frais», et de la façon la plus simple possible, a précisé mercredi le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, en conférence de presse à Ottawa au jour un de la légalisation de la substance.

Pour réclamer un pardon, une personne inculpée devra attendre la fin de la peine qui lui avait été imposée, a-t-il précisé. Il a par ailleurs signalé ne pas avoir l’intention d’inclure dans le projet de loi une disposition visant à effacer l’infraction des dossiers pénaux.

Sa collègue à la Justice, Jody Wilson-Raybould, a dit qu’Ottawa ne donnerait pas la consigne de mettre fin aux causes qui sont toujours devant les tribunaux, car il revient au Service des poursuites pénales du Canada de déterminer s’il est dans «l’intérêt public» de le faire.

Le gouvernement libéral espère faire adopter le projet de loi sur les pardons le plus rapidement possible grâce à la collaboration des partis d’opposition. Le NPD a récemment déposé aux Communes un projet de loi prévoyant une radiation du casier judiciaire.

Jusqu’à mercredi, la possession simple de cannabis - pour consommation personnelle, sans intention de trafic - était passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 1000 $ et d’une peine d’emprisonnement de six mois.

Définitions du succès

Un quatuor de ministres avait été déployé mercredi pour s’adresser aux médias de la colline parlementaire. Parmi eux se trouvait le ministre Bill Blair, grand maître d’oeuvre de la légalisation du cannabis.

Il a plaidé que le crime organisé souffrira de la fin historique de la prohibition. Et même si on réussit à les priver de la moitié des revenus de 8 milliards $ que leur rapporte annuellement la vente de cannabis, il y aura de quoi se réjouir, a argué l’ancien chef de police de Toronto.

«Si on parvient à prendre la moitié de ce marché dans une année, est-ce que ce sera assez? Laissez-moi vous dire, j’ai combattu le crime organisé toute ma carrière (...) Enlever 4 milliards par année des poches du crime organisé est une bonne année de travail», a-t-il lancé.

À ses côtés, la ministre de la Santé Ginette Petitpas Taylor, a expliqué qu’elle crierait victoire si la loi permettait d’enregistrer «un déclin dans le taux de consommation chez les jeunes». C’est ce qui serait «une définition de succès pour moi», a-t-elle offert.

Elle a néanmoins reconnu que l’expérience dans les États qui ont légalisé le cannabis, comme le Colorado et Washington, montrait que les taux de consommation ont connu une hausse dans la foulée de la légalisation.

Le Canada devient le premier pays du G7 à leur emboîter le pas. La ministre Wilson-Raybould y a fait allusion dans son discours d’ouverture, mercredi. «Il n’y a aucun doute que le monde regarde ce qui se passe au Canada», a-t-elle commenté.

Pas de joint pour Trudeau

Pendant ce temps, de l’autre côté de la rue Wellington, le premier ministre Justin Trudeau était invité à dire combien de temps il faudrait compter, selon lui, pour que la loi entrée en vigueur à minuit porte ses fruits.

«Ce qu’on a vu avec le Colorado et d’autres juridictions, c’est qu’on commence à voir des impacts, des changements de comportements presque immédiatement. Mais c’est sûr que c’est quelque chose qui se fait sur les prochains mois, les prochaines années», a-t-il plaidé.

«On continuer de collecter des données et de mieux comprendre comment on peut continuer à mieux protéger nos communautés et nos citoyens», a-t-il ajouté. Lui-même n’a pas l’intention de griller un joint maintenant que la chose est légale.

«J’ai dit à plusieurs reprises que je ne suis pas un consommateur de drogue. Je ne bois pas beaucoup d’alcool, je ne bois pas de café... je n’ai aucune intention de consommer de la marijuana», a lancé Justin Trudeau en riant.

Conservateurs en deuil

Cette transformation majeure provoque une désapprobation généralisée dans le camp conservateur. «C’est pas une bonne journée pour le Canada», a lâché le député Gérard Deltell à son arrivée à la rencontre du caucus hebdomadaire de son parti.

Mais force est d’admettre qu’on ne pourra pas revenir en arrière, ont convenu quelques-uns de ses collègues, dont Michael Cooper. Le chef conservateur Andrew Scheer a tenu des propos similaires dans le passé.