Outils de ciblage d'électeurs: assez étanches?

DÉCODAGE / Les nouveaux outils numériques de ciblage d’électeurs dont disposent les partis politiques québécois sont-ils aussi efficaces que le prétendent leurs concepteurs?

Il existe beaucoup de «vendeurs» dans ce monde. Et ils promettent beaucoup! Et ils font du démarchage…

Par exemple, un candidat pressenti de la Coalition avenir Québec, l’économiste Youri Chassin, a reçu une offre de service de la jeune entreprise Aventa, a appris Le Soleil. M. Chassin a décidé de ne pas y donner suite.

Il est l’un des deux «clients» que les dirigeants d’Aventa se sont un peu trop rapidement targués d’avoir décrochés. Ils l’ont fait sur les ondes de Radio-Canada sans nommer qui que ce soit.

Mettons de côté cette jeune firme pour rappeler que les partis politiques québécois s’appuieront notamment sur de nouveaux outils de ciblage d’électeurs pour tenter de l’emporter le 1er octobre. Le Parti québécois et Québec solidaire ne les ont pas officiellement baptisés, mais les libéraux et les caquistes l’ont fait : les premiers ont appelé leur logiciel Lib-contact et les seconds, la Coaliste.

Des partis politiques municipaux ont aussi bénéficié d’outils du genre lors des dernières élections municipales, l’automne dernier.

Tout part de la liste d’électeurs que le Directeur général des élections du Québec fournit aux partis — liste de laquelle lui-même voudrait voir disparaître les informations relatives au sexe et à la date de naissance. C’est que cette liste n’a pas été conçue pour permettre aux partis de se constituer des banques de données, estime-t-il.

Dans les partis, désormais, de nombreux individus ont accès à des informations sur des citoyens d’une façon plus ou moins contrôlée. Le problème est là. Les logiciels utilisés offrent des fonctions permettant de téléverser le contenu des bases de données ou de faire des «extractions» selon des critères de sélection.

D’après un interlocuteur du Soleil ayant travaillé avec ces outils, le risque le plus important est une fuite d’informations causée par un ou des individus impliqués dans une campagne électorale (candidats, membres d’équipes de soutien, bénévoles sur le terrain, etc.).

Il faut savoir que dans ce domaine, le roulement de personnel est important et que ces personnes sont peu ou pas sensibilisées aux questions de sécurité de l’information; peu ou pas formées là-dessus. Elles n’ont pas le temps de l’être.

Si l’on voulait tenir pour acquis que ces informations sont bien protégées dans les logiciels de campagne, tout en haut de la pyramide, ce n’est pas le cas sur les ordinateurs des personnes qui font du téléversement, indique encore notre expert. De plus, toutes sortes de données se retrouvent sur des disques durs «non chiffrés», non codés, et surtout sur des clés USB, «non chiffrées» non plus. Le Directeur général des élections distribue lui-même la liste électorale sur des clés non chiffrées…

Même s’il ne s’agit pas d’informations ultrasensibles, nos partis politiques, du moins ceux représentés à l’Assemblée nationale, seront certainement plus soucieux que bien d’autres entités de veiller à la protection de ces données lorsque les chefs et leur entourage prendront eux-mêmes conscience de ce que leur organisation a mis sur pied pour faire face à la «concurrence»; et pour faire comme des entreprises du secteur privé. Ils le devraient, en tout cas.

L’arsenal social

Le gouvernement Couillard a déployé son arsenal social cette semaine. Que doivent faire les partis d’opposition à partir de maintenant devant les projets qu’il regroupe?

Ils seraient bien avisés de collaborer à leur adoption, car, de leurs propres avis, les propositions gouvernementales n’entraînent pas de reculs et permettent des avancées — bien qu’ils jugent certaines insuffisantes et d’autres imparfaites.

À quelques mois des élections, ils pourraient très bien eux-mêmes s’engager à modifier après le 1er octobre un élément ou deux de ce qui aurait été adopté en ces matières d’ici la fin de l’actuelle législature.

La Coalition avenir Québec pourrait, par exemple, s’engager à mettre un terme à l’ensemble des disparités de traitement existant en matière de retraite et d’assurances collectives — puisqu’elle souhaite leur élimination. Idem pour le Parti québécois, qui croit que le projet de loi bonifiant les normes minimales du travail devrait au moins prévoir le règlement de ces disparités au fur et à mesure du renouvellement des conventions collectives.

Le chef libéral, Philippe Couillard, avait parlé trop vite en évoquant une semaine de vacances supplémentaire pour les personnes n’ayant pour seule protection que la loi sur les normes minimales du travail. Finalement, elles auront droit à une troisième semaine après trois ans de service chez le même employeur, plutôt qu’après cinq. 

Le projet de loi présenté mardi par Dominique Vien contient néanmoins plusieurs bonifications. Tout comme celui présenté le surlendemain par son collègue François Blais, qui propose une plus grande flexibilité dans la prise de congés parentaux.

Si ces projets ne sont pas adoptés, les libéraux en feront de toute façon des engagements électoraux. On ne voit donc pas ce que les partis d’opposition obtiendraient en ne concourant pas à leur adoption. 

L’arsenal social gouvernemental comprend aussi le salaire minimum, qui passera à 12 $ le 1er mai, ainsi que le «revenu de base» dont bénéficieront les personnes inaptes au travail — si un autre projet de loi de M. Blais est adopté.

Mais un bilan gouvernemental n’est pas fait que de la dernière étape avant les élections. Cette colonne récemment apparue ne dit pas tout. Un bilan est constitué de nombreuses colonnes.

Sous ce gouvernement, grâce aux élections à date fixe, le petit manuel aura pu être suivi à la lettre: austérité, rigueur, «restructurations», allègement du fardeau fiscal des particuliers et mesures sociales — et dans cet ordre, évidemment.