Ottawa est devenue une région baromètre pour les élections provinciales ontariennes.

Ottawa, «une région baromètre»?

La bataille sera à n’en point douter coriace entre les libéraux et les progressistes-conservateurs dans bon nombre des circonscriptions d’Ottawa et de l’Est ontarien lors des élections provinciales du 7 juin, estime une spécialiste. À tel point que « tout à coup, la région est devenue une sorte de baromètre », dit-elle.

C’est du moins l’avis de la professeure et titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques à l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal, qui croit que ce n’est nullement un hasard si à la fois Kathleen Wynne et Doug Ford étaient dans la région dès le jour 1 de la campagne électorale, mercredi.

« Les circonscriptions francophones pourraient devenir un électorat à courtiser, car tous les sièges sont importants dans le contexte actuel, entre autres pour les libéraux. Comme les gens pensent que tout est joué d’avance pour les progressistes-conservateurs, là où des gains pourront être faits, c’est là où il y a des bassins de francophones », affirme-t-elle d’emblée, ajoutant qu’il serait fort étonnant que le NPD réussisse à faire une percée dans la région malgré sa remontée dans les sondages.

La carte de la région, présentement tapissée davantage de rouge que de bleu, pourrait bien changer, soutient Mme Cardinal, même si les dés sont encore loin d’être joués, car « bien des choses peuvent survenir d’ici un mois ».

À son avis, si le siège de Nathalie Des Rosiers en est un sûr, Ottawa-Vanier étant un château fort libéral depuis 47 ans ; la victoire est loin d’être acquise pour John Fraser (Ottawa-Sud), Bob Chiarelli (Ottawa-Ouest-Nepean) et Marie-France Lalonde (Orléans), par exemple.

« Tout devient possible. Je suis très embêtée de faire des prédictions, car d’un côté comme de l’autre, rien n’est encore coulé dans le béton. Et chez certaines catégories de population, on peut aller de la droite à la gauche ou vice-versa assez facilement. Et à chaque élection, on parle que le thème sera l’économie, mais cette fois-ci ça va se jouer sur les valeurs. On est au cœur d’une politique de polarisation, le ton dérape facilement », soutient-elle.

Les sondages ont beau accorder une avance considérable au Parti progressiste-conservateur, Linda Cardinal précise que « la prime à l’urne » est un facteur à ne pas négliger.

« Les sondages ne sont pas capables de mesurer ça, c’est un facteur avec lequel les sondeurs ont de la difficulté à jongler. Il s’agit des électeurs qui, une fois derrière l’isoloir le jour du scrutin, votent pour le parti au pouvoir, à moins d’une volonté manifeste de changement. Rappelons-nous que Tim Hudak (ex-chef du PC) était donné gagnant en 2014 et que ce n’est pas ce qui s’est passé. [...] M. Ford a un franc-parler, mais j’ai l’impression qu’autour de lui, on sait ce qui s’est passé il y a quatre ans, alors ils n’hésitent pas à revenir sur leurs positions lorsqu’il le faut afin d’éviter de faire déraper la campagne. Les deux autres partis n’attendent que ça, une pelure de banane sur laquelle M. Ford pourrait glisser », analyse la professeure.

Quant à la stratégie de brandir le spectre du gouvernement progressiste-conservateur de Mike Harris (1995-2002) et du néo-démocrate de Bob Rae (1990-1995), elle s’essouffle graduellement, selon Mme Cardinal.

« Beaucoup de jeunes électeurs n’ont même pas connu cette époque. Son efficacité est donc de moins en moins forte. C’est un peu comme sortir des squelettes du placard » conclut-elle.

Forces et faiblesses des trois leaders - analyse de Linda Cardinal


Doug Ford (PC)

Force: sa capacité de canaliser les frustrations des gens à l’égard des libéraux 

Faiblesse: son grand manque de cohérence


Andrea Horwath (NPD)

Force: sa possibilité d’être la personne au-dessus de la mêlée, la voix de la raison

Faiblesse: son manque de charisme, du moins en apparence 


Kathleen Wynne (LIB)

Force: son expérience en politique 

Faiblesse: l’usure du pouvoir, l’héritage de Dalton McGuinty dont elle veut se dissocier