Le chef libéral Justin Trudeau dit avoir besoin des Québécois pour tenir tête au premier ministre albertain Jason Kenney et lutter contre les changements climatiques.

Ne pas voter sous la peur, disent Singh et Blanchet

OTTAWA — Deux partis pour qui le pouvoir à Ottawa n’est pas accessible appellent les électeurs à ne pas succomber aux messages «de peur» des conservateurs et des libéraux.

Le néo-démocrate Jagmeet Singh et le bloquiste Yves-François Blanchet étaient sur la même longueur d’onde, mercredi, invitant leurs électeurs à faire la sourde oreille aux appels des conservateurs et des libéraux.

À cinq jours du vote, Justin Trudeau faisait campagne à Montréal pour convaincre les Québécois qu’ils n’ont pas besoin d’envoyer des bloquistes à Ottawa.

«On n’a pas besoin de Québécois à Ottawa pour lutter contre un gouvernement qui est d’accord avec les Québécois, qui représente ces valeurs québécoises (...). On a besoin de Québécois forts pour tenir tête à Jason Kenney, à Doug Ford, aux politiciens de l’Ouest qui ne comprennent pas nos valeurs, nos priorités de lutter contre les changements climatiques», a plaidé M. Trudeau.

Le chef libéral s’en est aussi pris une nouvelle fois aux conservateurs d’Andrew Scheer, leur reprochant de mener «une campagne sale» et vicieuse comme on n’en avait jamais vu auparavant.

Mardi, alors qu’il passait toute la journée au Québec, Andrew Scheer avait prédit qu’un vote pour le Bloc québécois conduirait au retour des libéraux au pouvoir et à pire encore, selon lui.

«Le Bloc n’aura jamais la balance du pouvoir, car Justin Trudeau va former une coalition avec le NPD pour garder le pouvoir», avait-il dit mardi soir.

Mercredi, il reprenait le même thème, prédisant «des demandes sans fin du NPD pour des taxes plus élevées uniquement pour que Justin Trudeau puisse rester au pouvoir».

«Le sentiment de peur, je pense qu’il ne marche plus», a répliqué M. Blanchet, mercredi matin.

«On a souvent utilisé le sentiment de peur à l’encontre de gens plus vulnérables, à l’encontre de nos retraités qui sont souvent plus vulnérables. Mais vous savez, les retraités aujourd’hui au Québec, c’est la génération qui a élu René Lévesque. C’est des gens qui ne sont plus sensibles aux arguments de la peur», a-t-il conclu.

«Ne laissez pas la peur guider votre vote», a conseillé de son côté le chef néo-démocrate, lors d’un point de presse à Hudson.

«Rien de bien dans la vie ne vient d’une décision prise à cause de la peur. (...) Votez avec votre cœur, votez avec votre espoir, votez pour ce en quoi vous croyez», a ajouté M. Singh.

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La chef du Parti vert, Elizabeth May, a dit s’attendre à l’élection d’un gouvernement minoritaire. Elle a affirmé que les verts pourraient jouer un rôle de premier plan dans un esprit de coopération pour mettre en vigueur des politiques environnementales.

Également mercredi, les verts ont affirmé vouloir accorder aux municipalités et aux Premières Nations un droit de veto sur le passage du gazoduc GNL Québec sur leur territoire.

Le parti de la chef Elizabeth May soutient être le seul à ce jour qui s’oppose au projet qui prévoit la construction d’un gazoduc de 750 kilomètres de la frontière de l’Ontario jusqu’au Saguenay et d’une usine de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay.

L’accès à l’avortement, encore

Justin Trudeau était en compagnie de plusieurs de ses candidats québécois, mercredi matin au Jardin botanique de Montréal.

«M. Scheer est lui-même anti-choix. Il a été soutenu dans sa course au leadership par le mouvement anti-choix. Et l’objectif, maintenant, de plusieurs de ses candidats, est de restreindre l’accès à l’avortement au pays», a avancé Mélanie Joly.

Son argumentaire s’est conclu cependant par un lapsus : «On ne l’arrêtera pas», a-t-elle dit. «On est là pour l’arrêter, en fait», s’est-elle empressée de corriger.

Le chef libéral, lui, a repris son attaque de la veille contre le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, sur ce même sujet. Un journaliste lui demandait pourquoi il s’ingérait dans un champ de compétence provincial en dénonçant la fermeture d’une clinique d’avortement au Nouveau-Brunswick, alors que le Québec est particulièrement jaloux de ses champs de compétence.

«Je m’excuse, mais je m’en suis pris au premier ministre du Nouveau-Brunswick parce qu’il ne défend pas le droit des femmes de choisir. Et c’est une valeur qui importe beaucoup aux Canadiens et particulièrement aux Québécois», a répondu M. Trudeau.

Pendant ce temps, à Saint-Jérôme, la candidate conservatrice Sylvie Fréchette est venue à la défense de son parti.

«On laisse tout le monde s’exprimer, mais on ne laissera pas tout le monde faire reculer le parti», a assuré Mme Fréchette qui recevait la visite de son chef tôt mercredi matin.

M. Scheer a répété à de nombreuses reprises qu’il allait voter contre tout projet de loi qui restreindrait le droit à l’avortement, même s’il se dit lui-même «pro-vie».

Des journalistes hués

On n’avait pas vu ça depuis l’époque de Stephen Harper. Mercredi, deux questions de journalistes à Andrew Scheer ont été huées.

Les quelque 400 militants réunis dans un aréna de Sussex, en Ontario, ont chahuté lorsqu’un journaliste a souligné que l’élection d’un gouvernement conservateur dépend de la division du vote progressiste.

Une de ses collègues a reçu le même accueil. Elle cherchait à savoir comment M. Scheer a pu voyager aux États-Unis sans passeport américain alors que la loi américaine oblige tout citoyen des États-Unis à entrer sur le territoire avec ce document de voyage.

On a découvert, pendant cette campagne électorale, la citoyenneté américaine du chef conservateur. Il tente depuis le mois d’août seulement de s’en défaire.

«Trudeau est à moitié cubain», a crié un des chahuteurs.

Le chef conservateur est alors intervenu.

«Restons polis. Parlons des enjeux. N’allons pas là», a-t-il dit. Il n’a toutefois pas éclairci le mystère de ses voyages aux États-Unis sans passeport américain.