Le ministre des Finances du Québec, Éric Girard et le premier ministre caquiste François Legault

Mise à jour économique: des heureux et des déçus

MONTRÉAL — Le gouvernement Legault, qui bénéficie d’une bonne marge de manoeuvre financière, a décidé de cibler principalement les familles, les aînés ainsi que les entreprises dans le cadre de sa première mise à jour économique, lundi.

Comme c’est généralement le cas lors de ce genre d’exercice, certains se réjouissent des mesures annoncées alors que d’autres demeurent plutôt sur leur faim.

Voici quelques réactions recueillies par La Presse canadienne:

Les satisfaits

  • Les associations patronales

Sans surprise, les associations patronales ont salué les décisions visant à hausser à 100 % le taux d’amortissement à l’égard du matériel informatique, du matériel de fabrication et de transformation, de l’équipement de production d’énergie propre ainsi que d’une propriété intellectuelle.

Il en va de même pour la mise en place de la déduction permanente additionnelle pour amortissement de 30 % pour ce même type de matériel.

«Ces mesures s’imposaient parce que nous avons un déficit de compétitivité de nos entreprises avec les Américains à la suite des mesures fiscales décrétées par l’administration Trump», a souligné la vice-présidente principale de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, Martine Hébert.

De son côté, le président-directeur général du Conseil du patronat du Québec, Yves-Thomas Dorval, a estimé que les orientations du gouvernement Legault constituaient un «pas dans la bonne direction». Au cours d’un entretien téléphonique, il a rappelé qu’il s’agissait «d’incitatifs à l’investissement», et pas de baisses d’impôt.

Mme Hébert et M. Dorval ont également salué la prudence du gouvernement Legault, qui prévoit un excédent budgétaire de 1,7 milliard $, étant donné que la croissance économique risque de ralentir à moyen terme, ont-ils souligné.

Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) a également salué la prolongation des programmes de rabais d’électricité pour les grands consommateurs industriels.

La réaction de la Fédération des chambres de commerce du Québec a été similaire à celle des autres associations, mais le regroupement a également incité Québec à aller encore «plus loin» pour retenir les travailleurs expérimentés sur le marché du travail dans le contexte de la rareté de la main-d’oeuvre.

  • Les municipalités

L’Union des municipalités du Québec (UMQ) a dit accueillir «positivement» les données entourant l’état des finances publiques dévoilées par Québec, et ce, même si aucune mesure ne vise directement les villes.

Néanmoins, son président et maire de Drummondville, Alexandre Cusson, a estimé que le portrait financier lui permet d’envisager l’avenir avec «optimisme» à l’approche du début des négociations d’une nouvelle entente entre Québec et les municipalités. Il a rappelé que le premier ministre François Legault s’était engagé à transférer un point pourcentage de la TVQ aux municipalités.

«Il est plus que temps de doter le Québec d’un régime fiscal municipal du 21e siècle, adapté à la transformation de l’économie, aux changements démographiques et aux responsabilités des gouvernements de proximité», a déclaré M. Cusson.

Les déçus

  • La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ)

Avec un surplus important, les contribuables étaient en droit de s’attendre à des réinvestissements dans les secteurs de la santé et de l’éducation au terme d’années marquées par «l’austérité libérale», a déploré le président de la FTQ, Daniel Boyer.

«Il ne s’agit pas de mauvaises nouvelles, mais en même temps, elles ne sont pas bonnes», a-t-il expliqué au cours d’un entretien téléphonique.

Même s’il accueille favorablement les mesures destinées aux familles ainsi qu’aux aînés, M. Boyer croit qu’il aurait été temps d’investir dans les services publics étant donné qu’il y a de l’argent dans les coffres de l’État.

Le président de la FTQ a souligné que la mise à jour économique n’était pas un budget, ajoutant que la centrale syndicale a maintenant les yeux tournés vers le mois de mars, où elle s’attend à des gestes, dans le prochain budget, du gouvernement Legault.

  • La Confédération des syndicats nationaux (CSN)

Selon la CSN, le gouvernement Legault a manqué d’audace en ne dévoilant aucune mesure entourant l’accessibilité aux services d’éducation et de santé et de services sociaux - deux de ses priorités.

«La semaine dernière, le premier ministre parlait de la nécessité de faire preuve d’audace, a rappelé le président de la centrale, Jacques Létourneau. Aujourd’hui, il mentionne l’importance de trouver le bon équilibre entre le portefeuille des (contribuables) et les services auxquels ils s’attendent.»

Néanmoins, dans la foulée d’annonces peu réjouissantes en matière économique avec les pertes d’emplois chez Bombardier, Rona et Sico, notamment, la CSN a dit accueillir favorablement les annonces concernant l’amortissement des investissements effectués par les entreprises.

  • L’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE)

Celle-ci a estimé, dans une déclaration envoyée par courriel, que le gouvernement Legault était demeuré «timide» dans son engagement de ramener le tarif unique dans les garderies subventionnées.

«L’AQCPE est déçue de constater que le gouvernement de la CAQ n’a pas profité de sa marge de manoeuvre pour éliminer complètement et dès maintenant cette «taxe famille». (Cela aurait) été 160 millions $ de plus dans les poches des parents tout en mettant l’accent sur la qualité des services offerts aux enfants plutôt que sur la fiscalité.»

  • Greenpeace

L’organisme écologique reste sur sa faim, estimant que la mise à jour économique ne propose pratiquement aucune mesure supplémentaire dans la lutte aux changements climatiques.

Son porte-parole, Patrick Bonin, a estimé que le gouvernement Legault avait raté une «occasion en or» de démontrer que son «virage vert était bien réel» en raison du manque de nouveaux investissements «significatifs» afin d’améliorer les transports collectifs, et ce, au moment où s’ouvre la Conférence des Nations unies sur le climat en Pologne.

«Cette mise à jour économique rate la cible alors que des mesures drastiques doivent être mises en place si le Québec entend respecter la science et ses engagements climatiques», a-t-il souligné.

  • Les Producteurs de grains du Québec (PGQ)

En se gardant de critiquer Québec, ceux-ci ont dit qu’ils attendaient maintenant le budget du printemps dans l’espoir que le gouvernement règle «l’écart compétitif» de 80 000 $ par producteur qui les désavantage par rapport à leurs concurrents américains.

Les quelque 11 000 producteurs représentés par les PGQ, qui disent générer des revenus annuels de 1,3 milliard $, ont cité les nouvelles restrictions environnementales québécoises, la fiscalité agricole et la différence entre le soutien aux producteurs québécois et à leurs concurrents américains parmi les points à régler.