La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland soutient que l'enquête interne d'Israël dans le dossier d'un médecin canadien bléssé à Gaza ne suffit pas.

Médecin blessé à Gaza: l’enquête interne d’Israël ne suffit pas, dit Freeland

L’enquête interne de l’armée israélienne sur la blessure par balle subie par un médecin canadien lors des violents affrontements à Gaza ne suffira pas: elle devra être menée en parallèle avec une investigation internationale indépendante, croit le gouvernement canadien.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a envoyé ce signal, mercredi. Elle a précisé en avoir discuté la veille lors d’une conversation avec l’ambassadeur de l’État hébreu au Canada, Nimrod Barkan.

«Nous avons parlé d’une investigation interne que (l’armée de défense d’Israël) va faire sur le cas du docteur Loubani», a-t-elle indiqué en marge d’une annonce à Ottawa.

La ministre a mentionné que le médecin lui avait confirmé qu’il allait collaborer à l’enquête interne israélienne, mais qu’»en même temps», une enquête internationale et indépendante demeurait «nécessaire» pour élucider les faits.

«Et le Canada va continuer à travailler avec nos partenaires internationaux pour organiser ça», a déclaré Mme Freeland.

Le docteur Tarek Loubani a été blessé par balle le 14 mai dernier dans la bande de Gaza alors qu’il tentait d’offrir des secours lors des affrontements qui ont éclaté à la frontière. Il portait des vêtements de médecin.

Lors de la période des questions en Chambre, mercredi, le premier ministre Justin Trudeau a soutenu qu’il fallait aller au fond des choses afin de déterminer comment un citoyen canadien a été atteint par un «tireur d’élite» («sniper») dans ces violences.

Il répondait à une question du chef conservateur, Andrew Scheer, qui lui reprochait d’avoir échoué à condamner le Hamas pour son rôle dans les heurts qui ont fait une soixantaine de morts chez les Palestiniens.

Les échanges entre les deux leaders ont été particulièrement corsés, le libéral accusant le conservateur de faire de la question israélo-palestinienne un enjeu «partisan» pour marquer des points politiques, et le conservateur accusant le libéral d’abandonner Israël.

Quelques heures auparavant, dans les couloirs du parlement, le porte-parole conservateur en matière d’affaires étrangères, Erin O’Toole, sermonnait le premier ministre.

Il déplorait que ce dernier ait tiré la conclusion que les balles ayant touché le médecin aux deux jambes venaient d’un tireur d’élite.

«Je n’ai entendu aucune confirmation qu’il s’agissait effectivement d’un tireur d’élite. (...) Sur quoi (Justin Trudeau) se base-t-il?», a-t-il pesté en mêlée de presse.

Le député O’Toole a ensuite suggéré que le docteur était l’artisan de son propre malheur.

«Vous savez, le docteur Loubani a été très actif. Il était en Égypte il y a quelques années de cela, et il s’était retrouvé en difficulté», a-t-il offert au micro des journalistes.

«Alors certainement, il est conscient que dans certaines des causes dans lesquelles il s’implique et qui lui tiennent à coeur, il y a certains risques», a enchaîné l’élu conservateur.

D’après Erin O’Toole, il n’est pas requis de mener une enquête sur le cas du médecin canadien. Son témoignage et celui des responsables consulaires suffiront, a-t-il fait valoir.

Le docteur Loubani se trouve maintenant au Royaume-Uni. La ministre Freeland a dit avoir remercié l’ambassadeur israélien «pour l’aide qu’Israël a fournie» afin d’organiser le départ du ressortissant canadien.

En entrevue au quotidien The Globe and Mail, le médecin a exprimé des doutes sur l’impartialité de l’enquête de Tsahal.

Il a néanmoins souligné qu’il «collaborerait pleinement» à l’investigation.