«Les estimations de réduction des émissions du Plan ne sont pas fondées sur des éléments d’information probants ou des détails suffisants», affirme la vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk.

L’Ontario ratera ses cibles climatiques

TORONTO — Il est peu probable que l’Ontario atteigne sa cible d’émissions de gaz à effet de serre pour 2030 dans le cadre de son plan actuel – et le gouvernement du premier ministre Doug Ford en est parfaitement conscient, conclut la vérificatrice générale dans son rapport annuel.

Bonnie Lysyk relève notamment que dans son Plan environnemental publié en novembre 2018, le gouvernement a sous-estimé les émissions de gaz à effet de serre en incluant plusieurs programmes verts qui ont pourtant été annulés par les progressistes-conservateurs après leur accession au pouvoir l’an dernier. Certaines réductions ont été comptées en double ou surestimées, tandis que d’autres n’ont pas été soutenues par des politiques visant à atteindre ces objectifs, conclut la vérificatrice générale.

« Notre audit a permis de conclure que les estimations de réduction des émissions du Plan ne sont pas fondées sur des éléments d’information probants ou des détails suffisants, lit-on dans le rapport. À son stade initial actuel, le Plan ne permettra vraisemblablement pas d’atteindre l’objectif de réduction des émissions qu’il propose. »

L’Ontario devrait réduire ses émissions de 17,6 mégatonnes d’ici 2030 pour s’aligner sur l’objectif du Canada, défini dans l’Accord de Paris, qui est de réduire les émissions de 30 % par rapport aux niveaux de 2005. Mais la vérificatrice générale a constaté que le plan ontarien ne réduirait les émissions que de 6,3 à 13 mégatonnes. Or, le gouvernement admet lui-même, dans sa propre analyse, que les initiatives actuelles du Plan réduiront les émissions de 10,9 mégatonnes, rappelle la vérificatrice.

Le plan de l’Ontario évalue les réductions d’émissions en fonction de trois scénarios : le statu quo sans nouvelles politiques climatiques, le plan actuel sur les changements climatiques, et enfin la mise en œuvre de politiques supplémentaires ou améliorées. Or, c’est ce troisième scénario « amélioré » qui évoque une réduction de 17,6 mégatonnes, a déclaré Mme Lysyk ; le plan actuel viserait plutôt une baisse de 10,9 mégatonnes. Mais « les réductions des émissions attendues dans le scénario du Plan sur le changement climatique et le scénario des autres politiques ont été fusionnées » pour que l’objectif de 2030 soit considéré comme réalisable, conclut la vérificatrice générale.

Au moment de la rédaction du Plan, le ministère estimait que si aucune autre mesure n’était prise, les émissions de l’Ontario s’élèveraient à 160,9 mégatonnes en 2030. Or, Mme Lysyk estime que cette évaluation était trop basse, car elle tenait compte de programmes annulés par le gouvernement Ford, comme les contrats d’énergie renouvelable, les programmes de conservation de l’électricité et la « bourse du carbone », à laquelle avait adhéré le précédent gouvernement libéral.

Le gouvernement Ford a par ailleurs estimé dans son plan que des réductions de 2,6 mégatonnes proviendraient d’une hausse de 3000 % du nombre de véhicules à faible émission de carbone en 2030. Or, le gouvernement conservateur a annulé les rabais pour l’achat de ces voitures et l’installation de bornes de recharge.

« Le ministère [de l’Environnement] n’a pas encore déterminé d’initiatives prévues qui pourraient permettre d’accroître l’adoption des véhicules électriques en Ontario pour en arriver aux réductions des gaz à effet de serre prévues dans ce secteur », indique le rapport.

Le ministre de l’Environnement, Jeff Yurek, a affirmé mercredi que les objectifs de réduction des émissions seraient atteints. « Nous avons un plan, la vérificatrice générale n’a pas dit qu’il était horrible, a-t-il fait valoir. Elle a dit qu’il devait être resserré. Nous sommes tout à fait d’accord avec cela. Nous nous sommes lancés avec un plan ambitieux. »