André Maltais a reçu l’Ordre du Canada des mains de la gouverneure générale du Canada, Julie Payette.

L’ex-député André Maltais décoré de l’Ordre du Canada

BAIE-COMEAU — André Maltais, qui a notamment œuvré de longues années à la reconnaissance et la promotion des Premières Nations du Canada, a récemment été décoré de l’Ordre du Canada. M. Maltais s’est remémoré quelques grands moments de sa carrière avec Le Soleil.

«J’ai pensé que c’était une plaisanterie, j’en ai été même très surpris», a confié le récipiendaire. «Ma première pensée est allée à la Côte-Nord. C’est à cause d’elle que j’ai reçu cet honneur, ce n’est pas une affaire personnelle.»

Né en 1948 à Sept-Îles, André Maltais fait son entrée sur la scène publique en 1979, alors qu’il est élu député fédéral de Manicouagan, sous la bannière du Parti libéral du Canada. Il occupera cette fonction jusqu’en 1984.

«Cette époque, c’était vraiment un contexte particulier avec la fermeture d’ITT à Port-Cartier, la fusion entre Baie-Comeau et Hauterive, un taux de chômage autour de 20 %. Les gens mettent tellement d’espoir en nous, il fallait prendre ça bouchée par bouchée. Personnellement, j’ai trouvé que la politique, c’est plus grand que nous», a-t-il souligné.

On se souvient de M. Maltais entre autres pour la création du parc national de l’Archipel-de-Mingan, celle de la station de Radio-Canada Côte-Nord ainsi que la modernisation des neuf aéroports du Nunavuk. Il est aussi celui qui a convaincu le premier ministre Pierre Elliott Trudeau de reconnaître les droits des autochtones dans la naissante Charte des droits et libertés.

«Quand on réussit à convaincre des gens comme Trudeau père, c’est gratifiant. Je n’étais pas de ce monde-là. J’étais dans la jeune trentaine et je ne suis pas de Brébeuf», a-t-il lancé en riant. «Quand M. Trudeau nous dit finalement oui, ça fait vraiment plaisir.»

La reconnaissance des Premières Nations a été le principal combat d’André Maltais, encore loin de la retraite à 70 ans. Il fut notamment secrétaire parlementaire au ministère des Affaires indiennes et du Nord, négociateur fédéral en chef dans le dossier Atikamekw-Montagnais et sous-ministre aux Affaires autochtones du Québec.

Dès son plus jeune âge, André Maltais fréquentait des Innus à Sept-Îles. C’est à l’âge de 20 ans qu’il a compris l’humiliation que ces derniers pouvaient vivre. «En 1968, on m’avait fermé les portes d’une taverne à Québec parce que j’étais avec un Indien, comme on m’a dit», s’est remémoré l’auteur en 2013 du bouquin Le réveil de l’aigle, qui fait un retour sur les relations entre les Premières Nations et leurs colonisateurs.

«Une fois arrivé à Ottawa, je me suis bien rendu compte que ces gens [les Premières Nations] n’existaient pas sur le plan juridique. C’est donc sur ce point que j’ai eu un rôle intéressant à jouer», se souvient le négociateur de carrière, qui indique que «ma plus grande frustration comme sous-ministre à Québec, c’est de ne pas avoir pu créer un ordre de gouvernement pour eux».

En terminant, André Maltais a tenu à se dissocier du cynisme qui entoure l’engagement politique. «Ce n’est pas vrai que la politique ne peut pas changer les choses», a-t-il conclu.